Le tourisme est-il immunisé ?

Cela s’est passé il y a trois semaines. Lors d’une rencontre entre les responsables de l’industrie du tourisme et de leur ministère de tutelle. Et l’une des conclusions à laquelle on est arrivé lors de cette réunion a fait vaciller plus d’un. La croissance touristique pour 2008 sera tout au plus de 4 %. Peut-être même de 2 % ! On est bien loin des 15,1 % de 2007 qui faisaient bomber le torse au gouvernement en début d’année. Une croissance qui tombe à 2 %, c’est du jamais vu depuis près d’une vingtaine d’années. Mise à part 2001, l’année noire durant laquelle les attentats du 11 Septembre avaient tétanisé le marché touristique mondial pendant des mois.
Pourquoi une croissance aussi faible ? On pourrait croire que les effets de la crise financière américano-européenne se font déjà ressentir sur notre tourisme. Pas vraiment. Car la haute saison de novembre-décembre prochain s’annonce faste pour nos hôtels, qui vont encore une fois afficher des taux d’occupation confortables.
Deux raisons expliquent la performance plus modeste de cette année. D’abord, la croissance de 2007 était quelque part « faussée ». Car après l’année marquée par la crise du Chikungunya, le tourisme local ne pouvait que rebondir. Passer de seulement 3,6 % à 15,1 % de croissance en un an était une performance finalement prévisible. D’une part nos marchés traditionnels – initialement paniqués ont eu la perception que l’épidémie du « Chik » a été maîtrisée et même éradiquée ici. L’énorme effort marketing du tourisme mauricien a fait le reste du boulot.On ne peut prétendre profiter de la même conjoncture en 2008.
Les efforts marketing combinés de l’industrie, du transporteur national et de la « Mauritius Tourism Promotion Authority » (MTPA) n’ont eu finalement qu’une efficacité moyenne sur nos marchés traditionnels européens. Et un succès un peu plus encourageant sur les nouveaux marchés porteurs. Dont ceux de l’ancien bloc de l’Est et des pays émergents d’Asie.

Cette conjoncture mondiale de 2008 – qui n’est ni vraiment défavorable et non plus spécialement propice à notre tourisme – nous donne finalement une unité de mesure de la performance de notre industrie. Voyons les chiffres. Depuis dix ans, le tourisme a enregistré des taux de croissance en deçà de 6 %. Seule exception, l’année 2000 durant laquelle de gros moyens déployés sur la promotion de la destination – par tous les acteurs – avaient produit une croissance de 13,6 %.
Que peut-on retirer de ces chiffres ? D’abord que le rythme de croissance normal de notre tourisme est en fait de 3-4 % depuis dix ans. Ceci dit, il faut maintenant s’inquiéter des effets de la crise financière et de la récession en Amérique et en Europe, notre principal marché touristique. Les consommateurs européens vont dépenser moins en 2009. Donc moins voyager. L’impact de cette mutation n’est pas clairement quantifiable pour l’heure. Mais nous pouvons penser que si l’industrie locale et la MTPA ne réagissent pas vigoureusement, nous avons toutes les chances de connaître une croissance touristique proche du zéro en 2009. Qui sait…peut-être même négative !
Que faire ? Les réponses sont déjà connues. Les assises du tourisme organisées en février 2006 avaient déjà balisé le terrain. Marketing tous azimut sur nos marchés traditionnels et émergents. Diversification de l’offre notamment à travers le tourisme vert et culturel. Recours aux petits hôteliers et tables d’hôtes pour un tourisme moins « industriel », ainsi qu’une meilleure synergie entre les différents acteurs du secteur. Il faut pouvoir faire tout cela et bien durant l’année à venir.
Il ne suffit pas de dire que Maurice « est un monde loin du monde » où l’on vient vivre une « expérience inoubliable ». Quand le prix du billet d’avion explose, quand le moral des ménages européens est chaque jour un peu plus en berne, il faut redoubler d’effort et de moyens financiers pour convaincre ceux qui pourraient être tentés par le Maroc ou les Baléares, pour une centaine d’euros de moins. C’est en 2009 que nous saurons si notre industrie du tourisme est aussi résiliente et dynamique qu’on le prétend depuis quelques années…

publié le 5 octobre 2008

note: pour ceux qui s’intéressent aux statistiques

http://www.gov.mu/portal/goc/cso/indicate_1.htm
http://www.gov.mu/portal/goc/cso/ei729/natacc.pdf

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :