Voice of crétins

La nature humaine est parfois prévisible. Tout comme la petitesse d’esprit qui caractérise certains de nos compatriotes. Nos hommes politiques – dont le premier d’entre eux, Navin Ramgoolam, le Premier ministre – ne sont pas des devins. Mais cela ne doit nullement les empêcher de savoir que certains types de comportements engendrent des dérapages. Et que les incartades répétées d’un groupe sectaire finissent irrémédiablement par mener à la naissance ou à l’intensification des activités d’autres groupes similaires. Mais il n’est jamais trop tard pour réagir. Nos politiques doivent apprendre de ce qui se passe actuellement avec la « Voice of Hindu » (VOH). Et en tirer les conclusions qui s’imposent.

Oui, nous sommes cyniques, en pensant que le fait que la VOH arrête la distribution de méthadone dans un hôpital ne doit être qu’une considération secondaire du débat. Cet incident doit servir de prétexte pour examiner l’état de santé des mouvements sectaires dans le pays. Et la manière dont le pouvoir et les partis politiques continuent ou pas à leur accorder une légitimité plus ou moins grande.

D’abord, examinons la dynamique actuelle du mouvement sectaire dans le pays. Cette semaine, nous avons appris que le groupuscule « Zamzam » s’est ragaillardi en prévenant que si VOH et La Voix Kreol défendent ardemment les intérêts de leurs communautés respectives, Zamzam se ferait désormais un devoir de défendre « par tous les moyens » les intérêts de la communauté musulmane. Si cela ne ressemble pas à une escalade, il faudrait qu’on nous explique ce que c’est !

Nous l’avons rappelé ici, d’autres commentateurs l’ont fait ailleurs : c’est le pouvoir – et notamment l’actuel Premier ministre et son prédécesseur, Paul Bérenger – qui a permis d’asseoir la fausse légitimité des groupes sectaires comme la VOH. Bérenger s’est fait un devoir de répondre à leurs invitations durant son « priministership ». Ramgoolam s’est montré tout aussi bienveillant. En remarquant, lors d’un entretien accordé à « l’express » en avril, que « le système est ainsi ». Qu’il n’allait pas « se mettre à dos ces gens-là » en n’assistant pas à leurs fonctions. Le Premier ministre conclut en espérant que « les choses vont changer avec le temps ». Il a tort. Nous attendons justement qu’il fasse changer les choses. Par son action et son attitude. Vite.

« Je ne vais pas tolérer quiconque voulant prendre la loi entre ses mains. » Voici donc l’insipide réponse du Premier ministre suite aux agissements de la VOH ! Belle déclaration passe-partout ! Selon nous, le PM devrait la garder au chaud. Car il ne devrait avoir aucune difficulté à la ressortir si jamais un habitant de Rivière-des-Anguilles ou de n’importe où dans le pays passe deux flics à tabac en protestant de l’arrestation – qu’il considère injuste – de son voisin. Non, nous attendons plus du Premier ministre !

Nous attendons que Ramgoolam dise qu’il n’accorde plus aucune crédibilité à tout groupement de défense d’intérêts sectaires. Et qu’il ne compte donc pas en faire des interlocuteurs privilégiés dans son action politique. Nous attendons qu’il annonce que la police sévira durement contre toute incartade ou manifestation illégale de mouvements de ce type. Nous nous attentons à ce qu’il annonce qu’il ne participera plus à aucune activité organisée par des mouvements sectaires et que de surcroît, ceux-ci seront désormais « persona non grata » au bâtiment du Trésor. Bref, nous nous attendons qu’un véritable cordon sanitaire soit installé entre l’hôtel du gouvernement et les esprits rétrogrades qui animent les mouvements sectaires.

Toutefois, plus que jamais, Ramgoolam gagnerait à se montrer soupçonneux. Etonnamment, il faudrait qu’il se méfie en premier lieu de ces organisations socioculturelles « légitimes » qui condamnent avec véhémence l’action de la VOH. En se lançant au passage dans de grandes envolées pour démontrer à quel point elles sont adeptes de l’« ahimsa » et œuvrent pour le bien-être de tous les citoyens de la République.

Mais nous connaissons la réalité. Toutes les associations socioculturelles vivent et développent leur puissance et leur influence en s’appuyant sur leur proximité avérée ou prétendue avec le pouvoir. Irrémédiablement, une fois adoubées par le pouvoir en place, elles se transforment en groupes de pression qui croient pouvoir décider de ce qui peut être affiché sur un « billboard », lu dans des bouquins ou fait dans nos chambres à coucher.

Non, si Ramgoolam veut se défaire du sectaire, du socioculturel ou socioreligieux, il gagnerait à transformer les organisations non extrémistes en simples partenaires culturels. Dont les interactions avec le gouvernement se limiteraient à l’organisation de telle fête culturelle ou religieuse. Cela devrait leur convenir comme boulot !

publié le 6 juillet 2008

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