Une question de volonté

Il paraît que c’est un mal nécessaire. C’est ce que disent les démissionnaires et ceux qui n’ont rien compris ou n’arrivent pas à comprendre grand-chose de la prostitution – ses causes ou les moyens de lutte contre ce phénomène universel. Mais il faut bien l’admettre, le plus vieux métier du monde a effectivement la dent dure. Il ne disparaît pas, au contraire, il mue périodiquement. Au gré de l’avancée des civilisations et de leurs technologies.

Désormais, avec la mondialisation, le commerce de la chair s’est défait des frontières. Les réseaux de prostitution démantelés quasiment chaque mois en Europe l’indiquent. Une fille « achetée » ou « louée » sous contrat en Ukraine peut désormais se retrouver à faire le trottoir à la Rue St-Denis à Paris ou sur une plage de la « Costa del Sol » Espagnole. Des Népalaises, à peine sorties de l’adolescence, enlevées à Katmandou, se retrouvent dans les « Beer Bars » de Mumbai…

La logique de « marchandisation » de la chair a été poussée à l’extrême dans des hauts lieux du tourisme sexuel. À Bali ou Pataya en Indonésie, il paraît même qu’un touriste, à la recherche de sensations tropicales particulières, peut s’arranger pour « commander » les services d’une prostituée par Internet. Pour qu’elle soit « disponible » dès sa descente d’avion. Le système tourne ! De l’argent et de l’information, c’est tout ce qu’il faut. De l’argent, les touristes qui fréquentent Maurice en ont.

La prostitution locale s’est-elle donc adaptée à une nouvelle « clientèle » étrangère ? Pour tirer partie de ces visiteurs qui ont le portefeuille gonflé d’euros fraîchement convertis en roupies ? Peut-être pas. Car il faut bien souligner que Maurice est, pour l’heure, munie d’une barrière artificielle contre le tourisme sexuel et donc, a fortiori, contre tout essor de la prostitution liée aux touristes.

Le pays est, prix du billet et image aidant, une destination pour couple. Pour ceux qui sacrifient leurs économies pour se payer un voyage en famille ou pour les nouveaux mariés qui veulent découvrir cette île si appréciée par les « honey-mooners ». Il ne reste que très peu de place pour ces bandes de touristes qui voyagent avec dans la tête l’idée d’expérimenter les couleurs locales.

Mais il serait aussi illusoire de croire que le plus vieux métier du monde n’a pas fait preuve de son formidable esprit d’adaptation à Maurice. C’est effectivement le cas. Les cyniques diront, en empruntant aux concepts économiques, que nos prostituées font dans le « niche ». C’est-à-dire qu’elles tablent sur une toute petite clientèle fidélisée. En essayant d’en tirer le plus de revenus possibles.

Parmi la grande masse de touristes visitant Maurice pour ses plages se trouvent quelques-uns qui ont aussi d’autres motivations et passe-temps. Ce sont eux que visent les charognards locaux, qui s’arrangent pour leur proposer nos jeunes qui, de gré ou de force, s’adonnent à cette activité dégradante.

Mais nous sommes à Maurice et pas en Ukraine où il faut surveiller 10 000 passeurs, 2 000 trafiquants d’humains et 100 000 prostituées potentielles. Notre enquête démontre que la région du sud-est la proie d’un petit réseau de malfrats qui vit d’activités liées à prostitution. Si les autorités font leur travail, les orchestrateurs de ce « mal nécessaire » peuvent être identifiés, Leurs victimes prises en charge, leurs clients, mis devant leurs responsabilités. C’est une question de volonté.

publié le 23 juillet 2006

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :