Une histoire de chantier

Repenser la stratégie économique d’un pays et construire une maison sont, à bien des égards, deux exercices comparables. Déjà, ils commencent par le même passage obligé : l’élaboration d’un plan bien pensé. Ceci fait, on passe, en abrégeant un peu, à l’étape de la fondation. Pour la maison, des tonnes de béton et de gravats viennent remplir un trou béant qui deviendra ensuite le socle du bâtiment. En économie, on pourrait dire que la fondation est constituée de toutes les lois visant à faciliter la mise en place d’entreprises, à attirer les investissements et à former les compétences.

En résumé, à proposer le cadre des affaires le plus propice pour que l’économie se développe.

Maurice en est à construire ses nouvelles fondations économiques depuis juin 2006. Après tout, le dernier budget n’était que cela – la mise en place d’un cadre propice pour les affaires. Cette fondation coulée, il faut poser les premières rangées de parpaings. Cela commence à être fait. L’investissement direct étranger en 2006 a atteint des niveaux records. La création d’entreprise à Maurice se porte plutôt bien.

Le tissu économique de Maurice se renouvelle lentement. Les murs de notre édifice, se bâtissent et se consolident, à coup de tertiarisation et de diversification industrielle.

Une maison bâtie sur la plus inébranlable des fondations a néanmoins besoin de murs solides et d’un toit inamovible pour protéger ses occupants contre les intempéries industrielles et les vents violents de la compétition internationale. C’est pourquoi le deuxième budget de Rama Sithanen est aussi important, si ce n’est davantage, que le premier exercice de 2006. Il faut que le gouvernement confirme son orientation économique. Qu’il continue à envoyer les bons signaux en prenant les bonnes décisions afin d’aider l’industrie à se diversifier et les investisseurs à s’implanter dans le pays. Il faut maintenant finir les murs et poser le toit.

Le chef de chantier Ramgoolam semble plus ou moins attaché à faire avancer les travaux. Toutefois, des signes évidents de relâchement dans l’effort de construction sont apparus. Ce qui a conduit son architecte Sithanen à vouloir claquer la porte.

Il a été retenu in extremis. Si seulement il n’y avait que cela comme problème ! Mais malheureusement, il y en a d’autres. Notamment, le très gros handicap des mauvais maçons et ouvriers qu’emploie le chef de chantier Ramgoolam.

Il y a le maçon Jeetah qui semble absolument ne pas vouloir avoir affaire à une catégorie de fournisseurs de parpaings, de fer ou de ciment. Pourtant des partenaires incontournables de la construction de la maison. Certains des fournisseurs nous avouent qu’ils croient que c’est la couleur de leur peau qui dérangerait. Il y a l’électricien Sinatambou qui semble vouloir passer des années avant de décider une fois pour toutes comment il va faire communiquer tous les espaces et chambres de la maison entre eux. Et comment il va la relier au monde. Apparemment, il plancherait sur un « National ICT Strategic Plan », dont on dit qu’il est prêt depuis des mois. Mais on attend toujours… Puis, il y a le peintre Gowressoo que le chef de chantier a chargé de peindre et décorer la maison. Pour cela, il faut du goût, de la culture. Certains cherchent toujours ces deux traits chez cet ouvrier. Il y a aussi le paysagiste Dulull qui semble vraiment perdu parfois dans ses plans d’aménagement du terrain.

Un chef de chantier doit être pragmatique. Car on peut bien avoir le meilleur plan du monde, sans les ouvriers compétents pour construire la maison, il ne vaut pas un clou. En effet, entouré de mauvais ouvriers, le chef de chantier court deux risques. Le premier, important, est de se retrouver avec une maison bancale. Et le deuxième, gravissime, de voir s’effondrer sa maison à peine terminée.

Le bon sens dicterait au chef de chantier Ramgoolam, près de deux ans après le début des travaux, d’éjecter tous les mauvais ouvriers et maçons qui l’entourent. Et dont la mauvaise performance est désormais patente. On sait que d’autres ouvriers qualifiés, et sans doute plus compétents encore, ne rêvent que de participer à la construction de la Maison Maurice. Combien de temps attendra encore le chef de chantier ?

publié le 22 avril 2007

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