Un choix de ministre

«Alors, parce que je t’aime bien, je vais t’apprendre la politesse… p’tit con. » C’est par cette phrase culte que la comédienne française Catherine Frot commençait sa leçon de savoir-vivre et de bonnes manières dans la mini-série éponyme il y a une dizaine d’années. A Maurice, c’est à plusieurs ministres qu’il faudrait apprendre les rudiments du savoir-vivre et plus généralement, le b a–ba de la communication. Et enterrer au passage, dans leurs têtes, qui grossissent parfois un peu trop, que la communication n’est pas un gadget. Mais plutôt un impératif pour tout responsable politique qui cherche à vulgariser et expliquer sa politique.

Pour y arriver, le canal par excellence demeure la presse. Certes, on dira aussi qu’il y a la télé nationale. A qui on peut tout faire faire… et dire. Mais ceci est un autre débat. Reste donc la presse. Celle qui explique, analyse, commente, soupèse et qui présente le point de vue des contradicteurs de telle ou telle politique gouvernementale. C’est sur elle que tout ministre doit s’appuyer s’il veut que sa politique soit comprise par ceux qu’elle est censée servir.

Bien évidemment, la nécessité d’avoir recours au média presse ne doit aucunement créer, au passage, une quelconque relation asymétrique de dépendance. Non, le journaliste ne gobe pas et ne régurgite pas ensuite tout ce que lui balance le ministre. Tout comme le ministre n’est pas tenu de répondre à toute injonction du journaliste l’intimant de répondre à ses questions ou à lui fournir des éclaircissements. L’un n’obéit pas aux ordres de l’autre.

Mais s’expliquer devient une obligation quand le sujet auquel s’intéresse le journaliste – comme celui de la réforme des lois du travail – engendre des effets socio-économiques profonds dans le pays. Vasant Bunwaree, le ministre du Travail, semble vouloir minimiser cette obligation. Voilà six mois que nous lui avons demandé un entretien. Depuis, nous l’avons relancé régulièrement. Au moins une fois par mois.

En début de semaine, le ministre nous a même fait savoir qu’il allait enfin nous l’accorder. Pour qu’il sache bien sur quoi il allait devoir répondre, nous lui avons envoyé les thèmes de l’entretien : essentiellement la réforme de la loi du travail et ses conséquences. Mais voilà, arrivé vendredi, le ministre a semblé avoir oublié l’engagement pris quelques jours plus tôt. Son attaché de presse s’est contenté de nous expliquer que les thèmes n’ont pas été communiqués au ministre. Tandis que la secrétaire du ministre ajoutait que celui-ci ne dispose pas d’un créneau horaire libre !

Cet incident trahit, à vrai dire, toute l’attitude de plusieurs ministres vis-à-vis de la presse. La communication du gouvernement est désorganisée, fade, terne et sans substance. Comme ces insipides bulletins du « Government Information Service » qui expliquent quel dignitaire étranger a rendu quelle visite de courtoisie à quel ministre en ce jour. Que du vide !

Mais il y a les attachés de presse direz-vous. Mieux encore, les plus gradés « advisors on communication matters ». Il parait que leur « qualité », pour beaucoup d’entre eux, est d’avoir été journalistes. L’adage dit que le meilleur vendeur peut se révéler le pire directeur des ventes. Malheureusement, il est aussi vrai qu’un bon journaliste peut, cela arrive d’ailleurs souvent, se révéler être un piètre communicant. Car le journaliste n’a pas vocation et n’est d’ailleurs pas formé à jouer au propagandiste.

A ce chapitre, nous sommes servis. Il y a ceux qui, faute de compétences, n’arrivent pas à travailler sur les « briefs » que leurs ministres leur demandent afin de répondre aux questions des journalistes. Et qui pour se dédouaner et éviter de faire un travail de réflexion et d’analyse dont ils sont sans doute incapables se contentent d’expliquer aux journalistes que le ministre ne souhaite pas s’exprimer ! Il y a ensuite les abrutis qui arrivent dans un ministère seulement parce qu’ils ont démontré au préalable leur allégeance à leur ministre tandis qu’il était dans l’opposition. Puis, il y a aussi ces attachés de presse qui ont toujours une longueur d’avance… et qui finalement en savent toujours moins sur leur ministère que le journaliste qui les interroge. Et dire que nos impôts servent à payer leurs salaires !

Entourés de cette bande de fainéants et minimisant la nécessité de communiquer, plusieurs ministres croient qu’il suffit de fermer les vannes de la communication pour tarir la source d’information des journalistes. Et obtenir, par conséquent, la paix. Rien de plus faux. Des ministres se sont essayés à cette méthode. Et se sont douloureusement plantés à ce jeu. Comme cet ancien ministre des Finances qui avait décidé du boycott de « l’express-dimanche ». Il a sans doute rapidement appris qu’il ne fallait pas son aval pour que nous apprenions plusieurs mesures phare et la philosophie des deux budgets qu’il allait présenter…

Le choix est simple et il appartient au ministre. Soit il décide de jouer le jeu. Et d’expliquer sa politique dès et quand il le peut. Soit il s’enferme dans son mutisme et s’expose ensuite à voir sa politique commentée, disséquée, voire entièrement remise en question par des interlocuteurs autres que lui. En sachant que nous respecterons toujours les principes de notre Code de déontologie. Nous demanderons toujours au ministre de s’exprimer sur la politique de son ministère. Si toutefois il ne juge pas utile de le faire, c’est son affaire…
publié le 22 juillet 2007

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