Transparences

La lecture du rapport annuel d’une grande entreprise est un exercice fastidieux. Les chiffres donnent le tournis. Les informations comptables sont parfois tellement mal présentées, qu’on se demande s’il n’y a pas une volonté de perdre le lecteur en chemin. Certaines sociétés sauvent toutefois la mise en démontrant qu’elles ont saisi l’importance de la transparence dans leurs bilans financiers. C’est le cas de la holding Rogers qui publie cette semaine son rapport annuel.

Fait suffisamment rare pour être souligné, des informations qui demeurent d’habitude assez obscures, sont révélées. Le rapport détaille la structure de l’actionnariat du groupe. On apprend le nombre d’actions que chaque directeur de Rogers possède dans l’entreprise. Leurs rémunérations ainsi que leur assiduité dans les divers comités de direction sont répertoriées. On retient aussi que l’année dernière, les partis politiques du pays ont reçu Rs 4 millions de Rogers.

Mais on ne devrait pas donner l’impression de féliciter Rogers. La transparence, on l’attend d’elle. Il serait effectivement choquant que l’entreprise dirigée par le chantre de la bonne gouvernance, Tim Taylor, se montre avare sur les informations que les actionnaires, le grand public et de potentiels partenaires d’affaires demandent à connaître.

La transparence n’est pas facultative mais de rigueur. Le National Code on Corporate Governance (NCCG), le Financial Reporting Act (FRA) ou encore la circulaire du Joint Economic Council sur le financement des partis politiques sont autant de textes qui obligent ou recommandent fortement à nos entreprises de maintenir une certaine transparence dans leurs activités, et a fortiori dans leurs comptes. Lors des derniers « Best Published Accounts Awards », le jury du concours avait d’ailleurs souligné la relative opacité qui caractérise les bilans financiers de nos entreprises.

Il reste maintenant à espérer que le virus de la transparence contamine toutes les entreprises du pays. Ce sera fait bientôt. Car avec l’application complète du FRA à partir de juillet, la donne changera radicalement. Les normes comptables et de divulgation d’informations qui étaient recommandées devront être obligatoirement suivies. Et gare aux contrevenants et aux récalcitrants !

Ils auront affaire au Financial Reporting Council et pourront même faire l’objet d’éventuelles sanctions.

Mais, à l’avenir, on ne regardera pas uniquement en direction des entreprises, mais aussi du côté des organismes parapublics et corporations en tout genre. Car ces administrations bâtardes sont tout aussi concernées par les Interna-tional Accounting Standards ou les normes de la bonne gouvernance que les entreprises ont l’obligation de suivre.

Les comptables des organismes parapublics avouent ouvertement ne pas suivre, ou pire, ne pas connaître les nouvelles règles comptables et de transparence que leur impose le FRA ou le NCCG ! Nous ne sommes peut-être pas tous actionnaires de New Mauritius Hotels Limited ou de Rogers mais chaque Mauricien est actionnaire du CEB ou de la State Trading Corporation. Nous sommes donc en droit d’attendre plus de transparence dans les rapports et bilans financiers de ce type d’institutions.

Dans l’inconscient collectif, les organismes parapublics sont de hauts lieux de laisser-aller et de passe-droit. Le règne des normes comptables plus contraignantes et de la transparence ne pourra donc qu’améliorer leur gestion. Peut-être qu’ils répondront désormais plus clairement à la question qu’on se pose souvent. Où va notre argent ?

publié le 26 février 2006

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