solidarité de coeur

Nous ne pensons qu’à ça. Le commerce nous obsède. La mondialisation et ses effets nous ont convaincus que le développement d’un pays comme le nôtre passe par sa capacité à commercer et à promouvoir le libre-échange. Mais depuis environ 5 ans, nos décideurs économiques et politiques se rendent compte qu’il ne suffit pas d’être obsédé par la chose.

En effet, il faut avoir en face des marchés perméables, susceptibles d’être pris d’assaut, et surtout des prix compétitifs et les volumes d’exportation adéquats pour pouvoir le faire. Mais quand Maurice réussit à réunir la première série de conditions, la deuxième lui fait défaut – et vice-versa. Quand ce ne sont pas les deux qui manquent… Dès lors, armés de la plus grande patience et d’un inaltérable espoir, nous nous tournons vers nos deux plus grands marchés : l’Europe et les États-Unis… pour qu’ils nous aident à commercer avec eux !

À ce sujet, nos deux partenaires ont une approche qu’on pourrait qualifier de divergente. Au dogme Trade, Not Aid, des États-Unis s’oppose l’approche plus souple et tiers-mondiste d’Aid for Trade européen, dont les pays en développement et les moins avancés bénéficient. En juillet 2005, l’Union européenne a ainsi pris l’engagement d’allouer la somme d’un milliard d’euros pour l’aide au commerce entre 2007 et 2013. Cela tranche singulièrement avec l’approche américaine, qui consiste à laisser entrer des produits en régi-me hors taxes moyennant le respect de quelques règles d’origine. Il ne faut rien attendre de plus !

Le bon sens voudrait donc que le pays se tourne vers l’interlocuteur qui est le plus à même de nous aider. Il n ‘y a pas trop de possibilités, c’est l’Europe ou personne. Et au sein de ce bloc, c’est la France qui apparaît comme l’avocat de la cause mauricienne. Voila un pays avec lequel nous partageons des « liens d’amitiés » et de « cœur » indéniables, et qui, soulignent nos dirigeants, ne manque jamais de « soutenir » Maurice dans les moments durs.

C’est exactement le discours qu’a tenu le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à l’issue de son entretien avec le président français, Jacques Chirac, cette semaine. Face à la caméra de la MBC, Ramgoolam réitère l’amitié de la France pour Maurice et se félicite de la compréhension du président Chirac tout en le remerciant « de son soutien ». Chirac l’interrompt, en lui tenant le bras. Il précise : « C’est un soutien de cœur, M. le Premier ministre. » C’est un geste à décrypter. Une intervention qui en dit long sur l’attitude de la France vis-à-vis de Maurice.

Quand on lit attentivement le communiqué de l’Élysée sur la rencontre Ramgoolam/Chirac, on se rend compte que la France n’a pris aucun engagement envers nous. Chirac s’est en fait contenté d’assurer son soutien « moral » à Ramgoolam quand il s’agira de défendre la cause mauricienne devant les instances européennes et internationales. Si nous voulons être optimistes dans la formulation, nous dirons que la France a souscrit à une obligation de moyens envers Maurice, certainement pas de résultat !

Il ne pouvait en être autrement. Le plan de financement de 500 millions d’euros que le ministre des Finances, Rama Sithanen, a mis sur la table à Paris est ambitieux. Trop peut-être, pour que le président Chirac donne l’impression de le soutenir.

De même, l’appui que nous accorde la France au niveau européen ne peut être que moral. Car plus que jamais, les partenaires majeurs de la France que sont l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Espagne penchent pour un budget européen 2007-2013 plus austère en matière d’aides diverses aux pays en développement. Cela, afin de dégager des économies visant à financer des projets de restructuration et des soutiens intra-européens. Ainsi va la diplomatie économique. Durant les temps durs, à défaut d’avoir un véritable soutien, on se contente d’un soutien de cœur. C’est toujours bon à prendre…

publié le 2 avril 2006

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