Rs 145,000 , et alors ?

La meute des hurleurs s’est rassemblée. Chacun s’offusque.

« Comment diable un ministre peut-il prétendre gagner Rs 145 000 par mois ? C’est inadmissible que le Premier ministre empoche Rs 210 000 mensuellement… » sont quelques-unes des phrases qu’il est de bon ton de prononcer cette semaine. Disons-le clairement : on est en train de faire un faux procès au gouvernement ! En confondant sciemment – ou par méconnaissance – la fonction ministérielle avec les hommes qui sont appelés à en assumer la responsabilité.

Le débat autour du nouveau salaire des députés et ministres est faussé. Car entamé sur une mauvaise prémisse. Oublions les hommes, pour nous intéresser au traitement que l’on doit raisonnablement pouvoir donner à un ministre de l’État. Et à ce qu’on doit attendre de lui en retour. Pour cela, effectuons un comparatif.

Un chef d’entreprise dirige une boîte qui emploie 500 collaborateurs. Il gère annuellement un budget qui frise le milliard de roupies. Ce « Chief Executive Officer » (CEO) est appelé à prendre des décisions stratégiques qui peuvent soit faire prospérer son entreprise ou la faire péricliter sur le moyen à long terme. Faisant, selon l’intelligence de ses choix, le bonheur ou le malheur de ses salariés et de leur famille. Ce même chef d’entreprise préside une « management team » constituée de cadres expérimentés auquel il doit donner des directives régulièrement. Ce profil existe en dizaines d’exemplaires à Maurice. Et ces CEO gagnent tous un minimum de Rs 200 000 par mois.

Transposons. Nos ministres sont les CEO de puissantes administrations dont ils sont chargés d’assurer les grandes orientations stratégiques. À ce titre, chaque ministre mérite le salaire du chef d’une grande entreprise.

Et nous pensons justement que Rs 145 000 par mois ne constituent pas un traitement mirobolant pour eux. Au contraire, pour la somme des responsabilités et des décisions importantes dont chaque détenteur d’un maroquin a la charge, nous pourrions même dire qu’il est mal payé !

Il faut néanmoins nuancer les choses. Dépenser Rs 145 000 pour rémunérer un ministre médiocre qui ne doit sa présence au Cabinet qu’à son ethnie ou sa proximité avec le Premier ministre, cela choque ! Selon nous, plus de la moitié du Conseil des ministres que Navin Ramgoolam préside ne mérite pas son salaire à chaque fin de mois. Beaucoup de ministres sont incompétents. Ou incapables de produire des résultats, alors qu’ils sont, par ailleurs, des professionnels reconnus dans leurs précédents métiers. Toutefois, payer grassement tout un cabinet constitué de ministres les uns plus compétents que les autres ne devrait pas choquer outre-mesure le grand public.

Mais qu’importe, on va continuer à trouver cette augmentation injuste. En invoquant cette fois-ci des raisons éthiques et/ou politiques. L’attaque la plus démagogique consiste à reprocher aux parlementaires et au gouvernement de s’auto-décerner une augmentation. Il faut là rappeler que cette révision salariale intervient après chaque rapport du « Pay Research Bureau » (PRB). Chaque gouvernement se l’octroie donc. En 2003, le salaire des ministres, parlementaires et du président de la République avaient également été revalorisés.

Il y aura ensuite ceux qui trouveront que la rallonge salariale est indécente cette fois-ci. Le salaire d’un ministre ayant, par exemple, été augmenté de 70 %. Alors qu’à la suite du précédent rapport du PRB, un ministre n’avait reçu qu’une augmentation de 42 %. Certes, on peut tenir ce raisonnement. Mais encore une fois, quand on tient compte de la fonction et des responsabilités qui y sont attachées. Et lorsqu’on le compare avec celui d’un important chef d’entreprise, le salaire d’un ministre reste largement raisonnable.

Les grands esprits éclairés et imbibés d’idéalisme ne sauront sans doute pas se contenter du raisonnement que nous tenons. Ils rétorqueront que l’on n’entre pas en politique pour se faire de l’argent. Que c’est un sacerdoce. Si on veut servir son pays, on n’a pas à le faire en pensant à ce que l’on recevra à la fin du mois. Soit. L’argument est tout à fait valable. Mais si ces réflexions proviennent des bancs de l’opposition, nous suggérons à leurs auteurs de montrer eux-mêmes l’exemple. En contribuant tous, députés et leader de l’opposition compris, le différentiel entre leurs anciens et nouveaux salaires à des œuvres caritatives ou à un fonds de solidarité qui sera ensuite utilisé pour venir en aide à des personnes vulnérables. Ceux-là, s’ils le font, pourront ensuite s’enorgueillir, à raison de penser à la population, plus qu’à leurs poches !

publié le 29 juin 2008

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