Responsabilités partagées

C’est un réflexe. L’une des parades les plus connues de tous les secteurs privés du monde. Ils blâment toujours le gouvernement quand ils n’arrivent pas d’eux-mêmes à faire prospérer leur business. Ou à mettre en place des plans de développement bénéficiant à leur voisinage ou à des causes d’intérêt national. L’enquête d’opinion de la « Mauritius Employers’ Federation » (MEF) sur la Responsa-bilité sociale des entreprises (RSE) indique que plus de huit entreprises locales sur dix pensent que le gouvernement ne fait pas assez pour les encourager dans cette voie. Elles sont bien culottées !

Toutefois, même si les entreprises in-terrogées semblent ne pas vouloir assumer pleinement la responsabilité de leurs inactions, elles ne sont pas hypocrites. Car près de neuf d’entre elles sur dix admettent volontiers qu’elles ne font pas assez dans le domaine de la RSE. Malgré ce diagnostic, nous apprenons toutefois que seules deux entreprises sur trois planifient de se lancer dans des activités de RSE durant les deux prochaines années. Pourquoi pas plus ?

Le rapport d’étude propose quelques éléments de réponse. D’abord il y a le manque de définition et de formalisation des activités de RSE au sein des entreprises. Ainsi, trois compagnies sur quatre n’ont même pas un plan de RSE bien défini. Ensuite ? on revient aux réflexes de l’assistanat – beaucoup de nos businessmen attendent un coup de pouce de l’État pour se lancer. Et par coup de pouce, on entend bien évidemment abattements fiscaux. Aujourd’hui, comme toujours, beaucoup se rangent du côté de ceux qui affirment sans vergogne : « On veut faire du social… mais pas gratuitement. Seulement si le Trésor allège notre facture fiscale. » Pas très responsable comme attitude !

Les entreprises arrivent toutefois à identifier quelques freins qui semblent réellement handicaper l’essor d’une véritable culture de RSE. Nous ne nous étonnons pas de constater que près d’une entreprise sur deux ne sait pas ou ne veut pas allouer un seul pour cent de ses profits aux activités de la RSE. Car certaines ont des raisons valables de tergiverser avant de se lancer dans un plan de RSE d’envergure.

La question n’est pas d’allouer 1 % de ses profits. Les entreprises, il nous semble, sont davantage préoccupées par l’utilisation des budgets qu’elles vont dégager. Mais aussi par la mise en place de structures dédiées et permanentes pour leur plan de RSE. Beau-coup se montrent réticentes. Et c’est à juste titre qu’elles formulent donc des attentes en matière de synergies entre entreprises, et aussi avec la société civile et les ONG afin que l’effort, les ressources, la connaissance et les équipes soient mutualisés.

Le « MEF Code of Practice » relève que « la raison d’être d’une entreprise a aussi une dimension sociale… » Nous pensons que la majorité de nos dirigeants d’entreprises partage tout à fait cette vision. Mais ces derniers, ainsi que le grand public, doivent avoir l’impression trompeuse que la RSE est l’apanage des grands groupes. Car ce sont effectivement eux et leurs « Fondations » riches en ressources qui monopolisent, notamment, l’espace médiatique. En donnant l’impression que l’essentiel est fait à travers eux. Et surtout grâce à eux.

Il est temps d’inclure les autres. Il est temps que la MEF ou le « Joint Econo-mic Council », pourquoi pas eux, prennent l’initiative. En constituant un fonds de RSE à partir des contributions de toutes les entreprises désirant participer mais n’ayant pas les ressources humaines, matérielles et financières pour mettre en place des plans et des directions de RSE.

Les dizaines de millions de roupies récoltées chaque année, à coup de Rs 10 000 ici ou Rs 200 000 par là, pourraient alimenter un fonds qui financerait en partie l’achat d’équipements spécialisés pour les enfants handi-capés du pays ou l’alphabétisation des adultes dans des poches de pauvreté de l’île.

« Inclusive », le gouvernement se targue que la croissance l’est désormais. Il serait souhaitable que le secteur privé, dans son ensemble, adopte une approche « inclusive » afin que chaque entreprise qui en a les moyens, puisse participer à la stratégie de RSE de « Mauritius Inc. » Ce serait un beau tableau !

publié le 15 juin 2008

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