Ramgoolam, ce grand fan de « Rezistans ek Alternativ »

Il y a de quoi se réjouir. La bonne nouvelle de la semaine, c’est que le mouvement « Rezistans ek Alternativ » a converti Navin Ramgoolam. Parlant après une conférence sur l’évolution de notre Constitution jeudi, le Premier ministre a affirmé que « la représentation communale est dépassée », et qu’il fallait faire « table rase » des pratiques du passé. Quelle lueur d’espoir !

Au moment des célébrations des 40 ans de l’indépendance, il faut rappeler que notre République ne considère pas tous ses enfants de la même manière.

La Constitution divise la population entre « Hindous », « Musulmans », « Sino-mauriciens », et cette sous-catégorie fourre-tout et qui ne veut rien dire appelée « Population générale ».

Mais peut-on légitimement penser que la section 31 (2) de la Constitution subira de profonds changements dans un futur proche ? Va-t-on enfin se débarrasser de cette aberration qui consiste à catégoriser les citoyens de notre République selon leur « mode de vie » ? Et cesser d’élire huit de nos députés selon cette catégorisation ?

Le mouvement « Rezistans ek Alter-nativ » avait pris les devants en contestant l’existence du « Best Loser System » (BLS) et de la classification des Mauriciens en communautés auprès de la Cour suprême en 2005. L’arrêt du 10 juin de cette année, pensaient certains, sonnait déjà le glas de notre BLS. Mais la Cour suprême a fini par revoir sa position. Le « succès » a été vite relativisé. La campagne autour de la reconnaissance de l’identité créole par notre Constitution a même relégué le noble combat de « Rezistans ek Alternativ » aux oubliettes.

Il ne s’agit pas ici de s’en prendre au père Jocelyn Grégoire, homme d’église, accessoirement président de la Fédé-ration des Créoles Mauriciens (FCM). Dont on ne sait pas, d’ailleurs, s’il est encore prêtre, ou s’il est désormais tout entier dévoué à sa carrière naissante de chef de parti politique. Voire de chef de parti ethnique !

N’empêche, on peut comprendre le début du raisonnement derrière la revendication de Grégoire et de la FCM. Si la République doit catégoriser ses enfants, qu’elle le fasse bien au moins. Qu’elle ne dise pas ce que SONT trois groupes ethniques du pays. En décrétant, au passage, que tous les rebuts de ces trois groupes font partie de la « Population générale ». Dans l’absolu, demander qu’on débaptise ce groupe pour l’appeler « Creole and other Christians » dans la Constitution est justifiable.

Mais cette revendication, loin d’unifier la population, institutionnalise davantage les clivages identitaires. C’est en cela que le positionnement de « Rezistans ek Alternativ » est de loin plus républicain que celui de Grégoire et de la FCM. Toutefois, aussi républicaine qu’elle soit, la demande de « Rezistans ek Alternativ » n’a obtenu qu’un soutien tiède des grands partis politiques.

Y compris du parti du Premier ministre. Pis, à l’occasion du dernier Festival Créole en décembre dernier, Ramgoolam a carrément affiché « toute sa sympathie » à la cause du père Grégoire. En expliquant ne pas comprendre ce que signifie Population générale et en affirmant qu’un « créole doit être reconnu en tant que tel ».

À ce moment-là, notre BLS et notre honteuse classification communautaire semblaient avoir de beaux jours devant eux. Mais trois mois plus tard, Ramgoolam semble avoir radicalement changé sa manière de penser sur la question. Comme touché par une illumi-nation ! Voila que le BLS et la section 31 (2) se retrouvent en voie d’extinction. Il faut saluer ce développement…

Toutefois, on ne peut pas s’empêcher non plus de rechercher des raisons à ce revirement. Et en cherchant bien, on remarque une séquence assez troublante. En fin de semaine dernière, Jocelyn Grégoire, coiffant sa casquette de politique, déclare, dans plusieurs titres de presse son intention de sou-lever la question de l’accession du « Deputy Commissioner of Police », Jean Bruneau, au grade de commissaire. Alors même que c’est Dhaneswar Ram-persad qui est donné pour favori à ce poste, à la suite du probable départ de Ramanooj Gopalsingh.

Ramgoolam, c’est connu, n’aime pas être mis sous pression. A-t-il donc chan-gé son positionnement sur la question de l’identité créole dans la Constitution pour envoyer un signal ? On peut être amené à la penser. Il a pu vouloir rappeler à Grégoire, à travers sa déclaration, que c’est lui qui dictera l’agenda d’un éventuel changement constitutionnel. Et qu’à ce titre, on gagnerait à témoigner un peu plus de respect par rapport à son autorité et ses choix de collaborateurs, a fortiori celui d’un futur commissaire de police.

Ce qui précède n’est qu’une interprétation de la séquence que nous avons constatée. Nous préférons encore croire que Ramgoolam a été frappé d’une illumination salutaire. Durant laquelle il s’est rendu compte que la section 31 (2) de la Constitution doit être modifiée. Si la déclaration du Premier ministre n’est pas motivée par des raisons politiciennes, celle-ci n’en a que plus de valeur. Et il faut alors, qu’avec impatience, on attende que Ramgoolam traduise ses paroles en actes. Ce serait un beau cadeau qu’il ferait au pays et à ses citoyens durant l’année des 40 ans d’indépendance de Maurice.

publié le 9 mars 2008

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