Râleurs, réfractaires et compagnie

Le voile est presque levé. Rama Sithanen place enfin chacun en face de ses responsabilités. Dans l’interview qu’il nous accorde, il dénonce le manque de témérité du secteur privé. Le ministre des Finances annonce également, par exemple, que nous allons devoir contribuer davantage afin d’assurer nos retraites.

On en sait un peu plus sur les painful economic tradeoffs dont il parle depuis des mois. On comprend mieux, aussi, comment Sithanen compte remettre le pays sur le chemin de la croissance économique soutenue. Les nouveaux pôles économiques ont désormais des noms. On parle un peu moins dans le vide. Mais remettre le pays sur les rails du développement ne signifie pas non plus redresser les finances de l’État. Voici l’autre pressant problème que doit régler le grand argentier.

Certes, quand notre future « Land Based Oceanic Industry » ou nos « Villages Pharmaceutiques » tourneront à plein régime, les impôts qu’ils paieront aideront à assainir les finances de l’État. Mais ces contributions n’arriveront qu’après demain. Or, c’est dès aujourd’hui que Sithanen doit trouver les roupies qui empêcheront le pays de sombrer définitivement dans l’abysse de la dette publique.

Encore une fois, le ministre des Finances semble savoir où aller. Il préconise la réorganisation en profondeur des services de l’État: synonyme de ressources mieux utilisées, mais aussi de quelques précieuses économies. L’autre terrain d’action est la récupération des sommes que l’État n’encaisse pas, faute d’un système performant de récupération de taxes et contributions diverses.

C’est ici qu’on se doit d’émettre quelques sérieux doutes. La Mauritius Revenue Authority (MRA), maillon essentiel dans la mobilisation des recettes de l’État, ne fonctionne toujours pas. Aux dernières nouvelles, c’est en avril ou début juillet qu’elle commencera réellement ses opérations. Il revient à Rama Sithanen d’accélérer la cadence. Pour enfin récupérer les précieux milliards qui passent sous le nez du Trésor chaque année.

Mais si seulement le problème s’arrêtait là. Le défi de faire fonctionner la MRA est un amuse-gueule comparé au plat de résistance qu’est la réforme de certains services de l’État. Malgré toute sa bonne volonté, Sithanen doit admettre une chose. Il est très difficile d’amener le Léviathan que constituent l’État et ses corps para-publics à accepter des réformes en profondeur.

Nous avons eu un aperçu de ce dont des fonctionnaires réfractaires sont capables lors des réformes à la douane. Pouvons-nous donc être sûrs qu’on ne se dirige pas vers d’interminables bras de fer? Allez faire comprendre aux employés du CEB, de la CWA ou de la DWC que certaines suppressions de postes et des rationalisations des ressources sont impératives!

Que répondront les fonctionnaires quand on leur fera comprendre qu’ils devront, dès l’année prochaine, contribuer davantage dans nos fonds de pension afin de mieux assurer leurs retraites? Nous n’entrevoyons que des blocages à l’horizon. Le Mauricien, râleur, va se rouler en boulle et faire la sourde oreille.

Et ce sera gravissime. Car toutes les réformes dont on parle doivent commencer dès cette année. Si Sithanen compte piloter seul ces changements, il échouera. C’est de l’aide du cabinet entier dont il a besoin mais cette solidarité ne lui est toujours pas acquise. De plus, Navin Ramgoolam devra oublier son obsession de plaire pour enfin placer chacun devant ses responsabilités. Et éventuellement forcer son chemin si les blocages perdurent. Tant que Maurice sera peuplé de râleurs réfractaires et compagnie, c’est par la force que le gouvernement devra faire avaler la pilule de cette réforme salutaire. Vivement qu’il commence…

publié le 8 janvier 2006

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :