QUIPROQUO JOURNALISTIQUE : Un portrait de deux Ramgoolam

C’est l’histoire d’un quiproquo journalistique. Qui révèle deux Ramgoolam. Elle commence le vendredi 14 septembre. J’avais demandé au Premier ministre de m’accorder un entretien. En lui expliquant qu’il serait utile qu’il dise pourquoi il a effectué une sortie qualifiée de « très virulente », à Union Park, contre les « dominer », « racistes » et « accapareurs » de tout poil. Un discours qui a été perçu comme une diatribe « anti-Blanc. »

Durant l’entretien, je lui explique que j’ai remarqué que c’est surtout durant des cérémonies religieuses et des fonctions culturelles qu’il effectue ses sorties les plus dures contre la presse et le secteur privé.

Je lui pose alors cette question : « Eski ou prezans dans sa bann fonksion la galvaniz ou ? Eski ou santi ou konforte pour fer sa bann sorti la kan ou parmi bann dimoun de ki ou senti ou proche ? »

La réponse est spontanée. « Non. Au contraire, mo pou dir ou, sa dernie fonksion la, ler mo ti ale, pas avek lide, pa finn prepare pou koz sa moi ! Me letan le president finn koze, linn rakonte kouma cent ans de sela ti ena enn pie badamie. Kouma ti pe zouenn anba sa pie badamie la. Ki manier ti pe gaign bann difikilte, etc. Mo finn panse : be gett sa, 100 ans de sela zot ti pe gaign difikilte, zot ti pe gaign otan problem. Be ena ankor dimounn ki pe fer difikilte et ankor ena dimounn ki pa pe… Mo dir ki ankor ena dimounn qui ena sa mantalite cent ans de sela la… »

Une réponse qui paraît explicite

La réponse du Premier ministre paraît explicite. Ce sont les paroles prononcées par le « président » qui l’ont inspiré. C’est donc ainsi que je traduis le Premier minis-tre dans l’article qui paraît dimanche dernier. « Quand le président de la République, sir Anerood Jugnauth, a fait un discours sur les difficultés de la vie il y a 100 ans, je me suis dit que certaines de ces difficultés demeurent, et qu’aujourd’hui encore, il existe des brimades. C’est alors que j’ai décidé d’axer mon discours comme je l’ai fait en dénonçant certaines injustices qui me révoltent. »

Que le président Jugnauth ait pu inspirer le Premier ministre Ramgoolam me paraît évident, au vu de ce qu’il me dira quelques minutes plus tard. Il déclare en effet entretenir « une relation très cordiale » avec le président de la République. Et d’ajouter « qu’il y a une fraternité qui est difficile à expliquer entre un ancien Premier ministre et un Premier ministre en exercice ».

Mais un détail aurait dû attirer mon attention. L’ordre protocolaire dans les cérémonies officielles veut que ce soit le président de la République qui parle en dernier, donc forcément après le Premier ministre. Je ne prends pas soin de relever cette information. Et de clarifier cette apparente contradiction avec le Premier ministre. C’est une erreur.

Suite à la parution de l’article, on m’informe que le Premier ministre cherche à me joindre. On m’explique qu’il dément formellement avoir dit que c’est le « président » qui lui a inspiré sa sortie d’Union Park. Je consulte l’enregistrement de l’entretien. Et je retrouve le passage en question. Ramgoolam parle bien du « président ».

Le Premier ministre réussit finalement par m’avoir au téléphone. Il me parle calmement. « Vous avez fait une erreur. Je cherche à vous joindre depuis ce matin. » Je lui réponds que je sais à quoi il fait allusion, et que j’admets avoir été induit en erreur par sa propre référence au « président ». Je poursuis en lui expliquant que j’ai compris qu’il s’était inspiré du discours de Jugnauth quand, en fait, il devait sans doute faire référence à une conversation en aparté qu’il avait eue avec celui-ci. Ramgoolam ne me reprend pas et écoute. Pour lui démontrer que l’erreur a été commise de bonne foi, je lui propose de lui faire écouter l’enregistrement de ses propos. Il se prête à l’exercice.

Le ton du Premier ministre est posé. Il admet que l’erreur n’était pas intentionnelle. « Ou finn mal interpret seki qui mo finn dir. Mo kone ou pa finn faire par ekspre », ad-met-il. Avant de s’enquérir, interrogatif, « ou titre la inpe for. Mo pa panse mo finn derape ». Je lui explique le choix de ce mot.

L’échange se conclut sur un ton apaisé. Le Premier ministre n’aura pas élevé une seule fois la voix durant la conversation.

« Nous allons rectifier l’information », lui dis-je en raccrochant. Il m’informe laconiquement : « Mo finn fini fer enn deklarasion la presse ek MBC lor la. »

Le propos est insultant

Quelle déclaration ! Elle est virulente. Ramgoolam reprend tous les points de sa conversation avec moi. Mais le ton est cette fois agressif et vindicatif. Il se demande si ce n’est pas volontairement que l’erreur a été commise. Et se désole : « Le niveau doit être plus élevé dans le journalisme. N’importe qui peut devenir journaliste dans ce pays. Je suis bien triste de le dire. »

Le propos est insultant. Mais je me dis qu’il l’a tenu avant notre conversation.

Et que donc, il a sans doute révisé son point de vue depuis celle-ci. Ne s’est-on pas quittés ce jour-là, en concluant qu’une erreur avait été commise de bonne foi ? J’ai encore une fois tort !

Mardi, lors d’une cérémonie célébrant le 107e anniversaire de sir Seewoosagur Ramgoolam à Belle-Rive, le Premier ministre redouble de hargne. Navin Ramgoolam consacre quelques minutes de son discours à l’article de l’express- dimanche. « Je n’ai pas dérapé », tonne-t-il et il poursuit en montrant du doigt les « inexactitudes » du texte. Il fait mention de notre conversation et révèle que je lui ai fait écouter l’enregistrement. Mais il se contente de dire qu’il m’a assuré que ma version était fausse. Sans préciser que le malentendu avait été clairement dissipé à la fin de notre conversation.

Le mot « manipulation » revient. Le Premier ministre accuse également l’express d’avoir « manipulé » l’information au sujet de la dame qui a trompé la vigilance de son service de sécurité pour venir lui dire quelques mots à Mare-d’Albert, la veille. La MBC, mercredi soir, transmet l’intégralité de la sortie du Premier ministre durant le journal télévisé. L’express rétablit les faits dans un éditorial le lendemain. Et reproduit le verbatim de la déclaration de Ramgoolam. L’écheveau se démêle. On peut désormais mieux apprécier la bonne foi de chacun.

« Il n’y a pas eu manipulation »

Jeudi, il m’appelle à nouveau. Et j’en profite pour lui livrer mon sentiment : « Je constate que vous êtes allé très loin. Tout ceci a pris une ampleur démesurée, alors même qu’on s’était expliqué à ce sujet dimanche », lui dis-je. Le Premier ministre écoute, comme lors de notre première conversation, il est calme.

« Je pense que nous nous sommes mal compris au sujet de cette déclaration. Quand vous m’avez fait écouter l’enregistrement, j’étais en voiture, je n’ai pas bien entendu et pu prêter attention. Vous avez compris que je vous parlais du discours du président de la République quand, en fait, je faisais allusion à celui du président de l’Union Park Hindu Samelan Sabha », précise le Premier ministre. L’explication tient la route. Jaideho Fowdur, le président en question, que j’interroge par la suite, me confirme qu’il avait parlé du « pie badamier » et des luttes d’il y a 100 ans.

Le quiproquo se dissipe. Mais tardivement. Le Premier ministre s’explique.

« Vous savez, des choses ont été dites sur cette dame à Mare-d’Albert. Je pense que c’est de la manipulation. Cela m’a mis en colère. J’ai réagi… mais je sais que vous avez commis cette erreur de bonne foi. Il n’y a pas eu de manipulation », m’avoue-t-il.

Cette conversation se termine comme la première. Sur un ton courtois. Nous nous accordons à dire, une fois de plus, qu’une erreur a été commise de bonne foi et qu’il n’y a certainement pas eu de manipulation. Le Premier ministre viendra-t-il, lors d’une prochaine sortie, redire le contraire ? Peut-être.
publié le 23 septembre 2007

Publicités

3 responses to “QUIPROQUO JOURNALISTIQUE : Un portrait de deux Ramgoolam

  • Twitted by rabinbhujun

    […] This post was Twitted by rabinbhujun […]

  • Twitted by blebon

    […] This post was Twitted by blebon […]

  • Bruno

     » … Quand vous m’avez fait écouter l’enregistrement, j’étais en voiture, je n’ai pas bien entendu et pu prêter attention. Vous avez compris que je vous parlais du discours du président de la République quand, en fait, je faisais allusion à celui du président de l’Union Park Hindu Samelan Sabha …  »

    Hahahahaha 😀 lol vrai quiproquo quoi le premier ministre semble avoir des problèmes a se faire comprendre clairement :S lol

    Quand même, en lisant le texte, on remarque qu’il y a 2 Ramgoolams, un qui parle calmement en prive a la presse, et l’autre qui est agressif en face d’une audience socioculturelle.

    Maintenant quel sera le « malentendu » dans l’affaire de la photo avec Mugabe 😛

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :