Quel cast(e)ing ?

Appelons un chat un chat. Et ad-mettons qu’il existe une règle non écrite à laquelle tient une bonne partie des Mauriciens. Cette règle veut que ce soit un « Vaish », une des cinq castes hindoues du pays, qui puisse prétendre au fauteuil de Premier ministre. Si l’on suit cette règle, seuls deux grands partis, le Parti travailliste (PTr) et le MSM peuvent ambitionner de porter leurs leaders respectifs, Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth, à la tête du prochain gouvernement. Mais tout « Blanc », donc « non-premierministrable » qu’il est, le poids politique de Paul Bérenger et de son MMM est largement supérieur à celui du MSM.

Est-ce une raison suffisante pour que le MMM contourne la règle en présentant Bérenger comme futur Premier ministre pour un mandat de cinq ans ? Paul Bérenger a déjà répondu. Non !

Nous pensons qu’il n’a pas tort. Mais pas pour les mêmes raisons que lui. Il faut l’admettre, la parenthèse enchantée septembre 2003 – juillet 2005 est refermée. Peut-être à jamais. Bérenger est venu, il a vu, mais il a été vaincu. Par lui-même. Et par sa manie agaçante de pratiquer une politique de séduction permanente vis-à-vis de chaque groupe ethnique du pays. À vouloir plaire à tout le monde, il a fini par déplaire à beaucoup d’autres.

À commencer par les hindous qui ont soupesé chaque décision de Bérenger pendant deux ans. Et inspecté chaque « kurta » et « pagri » qu’il s’est employé à porter régulièrement. Pour arriver à la conclusion, début 2005, qu’il n’avait pas travaillé dans leur intérêt. Une bonne partie de la population a donc fait une croix sur Bérenger comme PM. Mais pas nécessairement sur un gouvernement constitué majoritairement par les mauves.

Par conséquent, à un moment où la cote de popularité du gouvernement est loin de son zénith, on pourrait penser que Bérenger songerait à descendre dans l’arène. Et en chef de tribu politique, de mener lui-même ses troupes au combat en essayant d’engranger des points politiques sur son propre nom. Mais non, Bérenger s’attelle à deux autres priorités : souffler sur les braises de la dissension au sein du gouvernement, et poursuivre sa quête du « Vaish » qu’il pourra présenter comme futur Premier ministre.

Sauf dans le cas de Reza Issack, Paul Bérenger pêche exclusivement dans un bassin « Vaish ». Raj Dayal, Anil Bachoo, Dinesh Ramjuttun, Madun Dulloo et Ashock Jugnauth sont tous des « bien nés » que Bérenger courtise. Le leader mauve doit en être persuadé. Sans caution « Vaish » – ou plutôt paravent – point de salut électoral. Et c’est justement là que les choses se gâtent. Parce que Bérenger contribue à pérenniser cette absurde règle non écrite.

Il ne permet pas à la population de démontrer sa maturité. Mais de quelle maturité parle-t-on ?

Il faut être réaliste. Dans une démocratie, c’est la voix de la majorité qui l’emporte. Celle-ci voudra donc être représentée par un chef dont elle se sent proche. Dans le cas de Maurice, il est prévisible que la population, majoritairement hindoue, tende à privilégier l’installation d’un PM de cette communauté. Toutefois, comment donc en est-on venu à devoir précisément choisir un « Vaish » pour PM ?

Sir Satcam Boolell, dans un entretien en 2003 affirme que le « mythe du seul « Vaish » qui peut devenir Premier ministre est faux ». En expliquant que c’est le « hasard » qui explique que tous les PM depuis l’indépendance, à l’exception de Paul Bérenger, ont été des « Vaish ».

Il est temps de vérifier si sir Satcam a raison. Il faudrait même qu’on lui donne raison ! Et nous pensons que celui qui peut le faire n’est nul autre que… Paul Bérenger. Il est en mesure d’effectuer un choix historique. En sortant du carcan des castes. Qu’il admette que ni Bachoo, ni Dayal, et encore moins Dulloo, ne sont aptes à présider à la destinée de notre République. Que Bérenger révise le profil du premierministrable qu’il recherche pour le MMM. En concentrant dorénavant ses efforts à trouver cet hindou, homme de vision, bon gestionnaire et excellent stratège. Qu’importe qu’il soit « Ravived », « Rajput », « Baboojee » ou « Maraz ». Que ce premierministrable-là inspire le respect à cette moitié de la population qui n’a pas les mêmes origines que lui. Tout en faisant la fierté et en suscitant l’admiration de l’autre moitié de la population.

Oui, le raisonnement que nous venons de tenir est toujours ethnique. Mais on ne peut plus se contenter de formules incantatoires. Il faut d’abord faire ce qui est réalisable politiquement. En tenant compte des réticences et appréhensions parfois irrationnelles de la population. Passer du « Vaish PM » au « Hindu PM » est une étape. Une petite barrière franchie.

On ne peut que souhaiter que, le moment venu, Pravind Jugnauth et Navin Ram-goolam décident également de nommer leurs successeurs respectifs non pasen se basant d’abord sur son identité de « Vaish », mais plutôt en se demandant s’il est susceptible d’inspirer respect et loyauté de la part de leurs électorats et de la population en général.

Dans 20 ans ou 30 ans, quand on sera passé de l’ère du « Vaish PM » à celle du « Hindu PM ». Quand les peurs et insécurités identitaires auront disparu, un autre horizon s’ouvrira sans doute.

Le MMM, le MSM, le PTr, ou les autres grands partis qui seront nés alors n’hésiteront plus à nommer Aslam, Vidya, Koomaren ou Jean-Jacques à leur tête et décréter, dans le même élan, que leur leader sera le PM désigné en cas d’une prochaine victoire électorale.

Ce n’est pas demain que cela se produira. Mais pour que cette perspective devienne réalité, il faut que des hommes politiques d’envergure, comme Paul Bérenger, donnent l’exemple dès maintenant. Nous souhaitons ardemment qu’il en soit capable !

publié le 23 mars 2008

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