Petits métiers d’avenir

Anahita et d’autres promoteurs d’« Integrated Resorts Schemes » bien intentionnés auront beau lancer des « Centres d’excellence » à travers l’île. L’« Empower-ment Programme » aura beau s’ingénier à trouver les meilleures formules de reconversion possibles pour des ouvriers peu qualifiés. Mille caravanes de l’entrepreneuriat pourront sillonner l’île. Mais les résultats escomptés ne seront pas au rendez-vous. Ils resteront mitigés. À moins que l’on ne se décide à travailler collectivement pour corriger nos faiblesses.

Le premier handicap à surmonter est le manque d’inventivité et de flair du Mauricien. Quand il est salarié, il rechi-gne à changer radicalement de secteur. Ou à se former pour gagner davantage. Quand il se rêve entrepreneur, le Mau-ricien joue avant tout aux opportunistes. Ne saisissant alors sa chance que si elle lui est mise sous le nez. Sinon, il se contente de copier la recette du voisin. Qui lui-même a été vaguement inspiré par une autre personne qui lui a juré qu’il y a de l’avenir dans la culture hydroponique, les confitures, la confection d’objets artisanaux basiques ou « enn ti baz minn ».

Malheureusement, presque tout le monde s’évertue à passer à côté d’une manne méconnue – donc forcément encore largement inexploitée à Maurice. Celle des métiers de services aux personnes. Qui n’obligent pas les potentiels entrepreneurs à être titulaires de diplômes universitaires de haut vol en finance ou en informatique. Mais qui nécessitent, en revanche, qu’ils aient une vision claire de services qui seront demandés dans le pays.

Les conclusions d’un récent rapport du Centre d’analyse stratégique du ministère du Travail français sont, à bien des égards, très instructives et transposables au contexte local. Ce document de prospective sur « Les métiers en 2015 » établit que les emplois du secteur des services à la personne vont connaître une croissance exponentielle.

À Maurice, deux facteurs concomitants aideront à stimuler la demande dans ce secteur. Le phénomène du vieillissement de la population est bien réel. Selon les statistiques officielles, 20 % des Maur-iciens étaient âgés de plus de 50 ans en juillet 2006. Ce pourcentage croîtra d’année en année. Ce qui laisse présager une plus forte demande pour les métiers liés au bien-être et à l’encadrement des seniors de notre pays.

Certes, avec de faibles revenus mensuels, peu de retraités vivant seuls pourront se permettre d’avoir recours aux services de personnes qui les aideront dans certaines tâches quotidiennes, ou qui viendront, par exemple, contrôler leur prise de médicaments ou faire des relevés basiques de température ou de tension artérielle. Mais une classe de retraités « can spend » existe et croîtra. C’est un marché niche de quelques milliers de personnes. Qui demanderont néanmoins à bénéficier de services personnalisés, et qui paieront pour…

Avec l’implantation des IRS et des arrivées touristiques qui flirteront avec les deux millions d’ici dix ans, une nouvelle catégorie de clients intéressera le secteur de services aux personnes. Les nouveaux résidents permanents du pays, ces « High Networth Individuals », seront de gros demandeurs de services à domicile.

Et pourvu qu’on satisfasse leurs exigences et autres critères de qualité, ils seront également prêts à débourser ce qu’il faut pour rémunérer leurs prestataires de services. La palette de métiers et de micro créneaux envisageables est infinie. On peut penser aux coupes et soins esthétiques et corporels à domicile. Aux coachs personnels de yoga, taï chi, « reiki », méditation ou de fitness. À une activité de jardinier paysagiste, de toiletteur pour chiens, ou encore de nettoyeur de piscine. Il suffit de réfléchir et d’imaginer à tout ce dont un couple avec ou sans enfants, un homme d’affaires vivant seul, ou une personne âgée peuvent avoir comme besoins pour trouver des possibilités de métiers ou de création d’entreprise spécialisée dans la prestation d’un service.

Les opportunités sont là. Il s’agit de les identifier. Et de bien s’organiser pour les exploiter. Chacun a le choix. Soit on ne se sent pas l’âme d’un entrepreneur, et dans ce cas, moyennant une formation ou un perfectionnement dans le domaine choisi, on peut espérer devenir salarié d’une entreprise prestataire de service. On peut aussi avoir l’âme d’un fonceur. Concevoir un projet, lancer son entreprise, seul ou avec des associés. Puis acheter le matériel nécessaire, de coupe, de taille, de soins pour exercer son nouveau métier. Au besoin, recruter des salariés. Le cercle vertueux est enclenché.

Mais il ne faut pas néanmoins perdre de vue certains impératifs. Fournir un mauvais service ou à un mauvais rapport qualité prix, c’est déjà garantir en partie l’échec de son entreprise. C’est pourquoi le secteur demandera à être réglementé efficacement. Avec l’exigence d’un haut niveau de qualité et de sérieux de ses prestataires.

Pour cela, la mise en place de certaines structures est cruciale. Le gouvernement doit cesser de repousser la création des Chambres des métiers sine die. Un secteur peu réglementé attirera sans doute une flopée de « braconniers » qui ne chercheront qu’à plumer des clients crédules. Il faut que des Guildes se mettent en place rapidement pour assurer une formation et un niveau de qualité adéquats pour les prestataires de services. Les Chambres des métiers devront également participer à une politique de validation des acquis et d’accréditation qui permettra aux prestataires et à leurs salariés de bénéficier de labels de qualité ou de diplômes garants de leur sérieux et de leur professionnalisme.

Aujourd’hui, comme hier, ce ne sont pas les opportunités qui font défaut. Il nous manque seulement des entrepreneurs innovants…

publié le 10 juin 2007

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