Pa pe vann rev

Il y a le message et la manière de le transmettre. Mercredi dernier en annonçant son Roadmap for the Mauritius Sugarcane Industry for the 21st Century, Arvin Boolell, le ministre de l’Agro-industrie, a parlé avec mesure. Son « pas pé vanne rev » prononcé à plusieurs reprises, sonnait très juste. Mais le ministre est un politique, et les politiques ne livrent pas toujours la cruelle réalité à ceux qui les écoutent. Boolell a prévenu que 2006 pourrait être l’an I de l’ère difficile de l’industrie de la canne.

Maurice se montre très combative vis-à-vis de la proposition de réduire de 39 % le prix garanti de son sucre sur le marché européen. Le gouvernement semble vouloir croire qu’une réduction de 20 % pourrait être négociée avec la Commission européenne. Soit. Mais dans ce cas, qu’est-ce qui nous permet de dire que l’Australie et le Brésil se satisferont de cette baisse alternative ? Ils sont déjà en litige avec l’Union européenne (UE) sur le dossier sucre. Demain, mécontents, ils pourront demander à l’OMC de « forcer » l’UE à respecter son engagement de baisser ses prix d’achats de 39 %. Retour à la case départ…

Autre espoir qu’il convient de mitiger : la filière éthanol. Loin de nous l’idée de dire qu’elle n’a pas d’avenir. Chandni Oil Company a annoncé hier son projet de Rs 600 millions pour produire ce carburant vert. La production à grande échelle de l’éthanol suscite de vifs intérêts. Mais elle a ses limites.

Pour fabriquer une grande quantité d’éthanol il va falloir utiliser toute la canne, et non pas seulement la mélasse que l’on pourra récupérer. Mais quel mélange canne à sucre/canne à éthanol choisirons-nous ? Faudra-t-il alors accélérer davantage le processus de fermetures des usines sucrières ?

Sa fabrication pose également quelques sérieux problèmes environnementaux. Les unités de production d’éthanol propres sont encore rares aujourd’hui. Sommes-nous prêts et préparés à prendre ces risques ? Le tableau semble sombre, sans issue…

Alors la canne aura-t-elle disparu en 2020 ? Certainement pas ! Nous sommes bien d’accord avec Arvin Boolell à ce sujet. Multifonctionnalité de la canne oblige, elle servira toujours, mais à d’autres intérêts : comme toile de fond de la destination de rêve pour touristes, barrière contre l’érosion et usine de règlement micro-climatique pour l’environnement. On ne peut se permettre de raser des hectares de cannes pour y mettre à la place des logements sociaux ou des zones industrielles.

Ce qu’il faut faire comprendre aux planteurs et à la population, Arvin Boolell commence à le faire timidement. C’est que le choc sera plus brutal qu’on ne le pense. Une partie des planteurs ne sera ni plus ni moins que des jardiniers paysagistes chargés de conserver le cachet touristique et l’intégrité environnementale de l’île.

Et c’est à ce titre, et non plus en tant que producteurs de cannes, qu’ils seront rémunérés. Compensés, semble plus juste.

En attendant que la technologie et les moyens alternatifs d’utiliser la canne atteignent un degré de rentabilité, les 60 000 familles qui en vivent ne peuvent prétendre à des lendemains meilleurs.

Il faut le dire. Pa pe vann reve…

publié le 18 septembre 2005

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :