L’hémophile et ses donneurs

C’est une vérité d’évangile (économique). Pas de croissance sans investissement. Car c’est ce sang-là qui fait prospérer l’économie. Et comme le nôtre, il est constitué de quatre éléments. Il y a les globules blancs des investissements publics, fournis par le gouvernement, qui protègent et revigorent l’économie quand les autres indicateurs faiblissent.

Les globules rouges de l’investissement privé, transportent, quant à eux, l’oxygène de l’économie, ce précieux capital que le secteur privé consent à investir dans des projets plus ou moins novateurs. Les globules cohabitent et collaborent avec les plaquettes.

Enfin, les investissements directs étrangers (IDE) permettent à l’économie de cicatriser des blessures laissées par des secteurs en déclin. Toutes ces composantes baignent dans le plasma du climat d’investissement. Plus celui-ci est sain, plus le flux des globules et des plaquettes s’accélère.

Mais notre économie est devenue hémophile et souffre d’une grave hémorragie. Le lent déclin du textile et les lendemains incertains du sucre sont autant de blessures qui saignent. Inutile de compter sur les globules blancs, à savoir le gouvernement, car ce dernier est au bord de la syncope, il ne peut plus aider. Les donneurs de globules rouges se montrent de plus en plus radins avec les années qui passent. Restent les donneurs de plaquettes qui nous boudent un peu, il faut bien l’admettre.

Pourtant, ailleurs, ils se déchaînent. Un rapport de la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), paru cette semaine, nous apprend que l’investissement étranger a connu un bond de 29 % dans le monde en 2005. L’IDE pour les pays en développement a même crû de 13 % et certains de ces États réalisent des performances hallucinantes, à l’exemple de l’Indonésie et de l’Afrique du Sud qui ont respectivement connu des hausses de 242 % et 803 %. Alors pourquoi, selon les indications de décembre de la Banque de Maurice, l’IDE n’aura-t-il connu, ici, qu’une hausse d’environ 10 % en 2005 ?

On dira que le plasma à Maurice n’est pas suffisamment sain. C’est effectivement une partie de l’explication car notre climat d’investissement nécessite encore de sérieuses améliorations et nos procédures administratives minent toujours la vie des investisseurs.

Mais il faut aussi chercher les causes plus profondes. L’une des explications réside dans notre syndrome Greenfield. L’approche majoritairement privilégiée jusqu’ici consiste, en effet, à privilégier les investissements dits Greenfield pour aider de nouveaux secteurs d’activités à démarrer. L’État offre aux investisseurs étrangers des infrastructures adaptées sur un plateau pour les inciter à venir s’implanter sur notre sol. Le dernier exemple en date est l’industrie des technologies de l’information et de la communication. C’est le gouvernement qui a fait construire et financé, en partie, la cybercité et ses cybertours. Le hic, c’est que la démarche Greenfield est à double tranchant. Bien menée, elle permet de faire naître des industries, mal calculée, les infrastructures mises en place peuvent s’avérer coûteuses à entretenir. Les Rs 1,3 milliard de dettes à éponger pour BPML nous le rappellent assez.

À l’avenir, l’Etat va-t-il devoir trouver Rs 1 milliard ou plus pour financer les infrastructures de base de la Land Based Oceanic Industry (LBOI) qu’on souhaite voir naître afin d’attirer des opérateurs japonais ou américains du secteur ? On ne peut pas le souhaiter. Car une chose est sûre, il n’en a pas les moyens.

Il va donc valoir mieux vendre ce projet à l’étranger. Réussir là où on n’a pas été assez performant dans le passé. Le Board of Investment doit fournir des résultats : identifier des investisseurs fermement intéressés par nos projets de LBOI ou de production de médicaments.

Le sursaut doit avoir lieu maintenant. Car c’est maintenant que le pays a besoin de sang.

publié le 29 janvier 2006

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :