l’Etat de la transparence

«Batchiara, lichien ! » Dès mardi, noms d’oiseaux et épithètes en tous genres vont recommencer à fuser. Quand certains de nos honorables députés auront repris leurs « bonnes habitudes » à l’Assemblé nationale. Mais on aurait tort de s’attarder sur leurs travers langagiers. Beaucoup d’entre eux demeurent d’incorrigibles gamins qui confondent l’auguste assemblée avec une cour de recréation. Mais d’autres sujets plus dignes d’attention seront abordés lors des travaux parlementaires à venir. Ils influeront tous sur l’état de notre démocratie. Ou du moins sur quelques-uns de ses éléments fondamentaux : la transparence et la libre circulation de l’information.

Trois lois cruciales vont être débattues. La future « Procurement Act » changera profondément la manière dont l’État et les corps parapublics attribueront les marchés publics. Une transparence imposée par nos bailleurs de fonds – l’Union européenne en tête. Sur ce sujet, on attend de Maurice qu’elle transpose dans ses lois nationales les « Best Practices » connues et utilisées dans les économies les plus performantes. Ni plus ni moins. C’est du copier, adapter et coller.

Une promenade de santé, quand on compare cette tâche avec le travail que devront abattre les députés durant l’élaboration et les débats sur l’« Equal Opportunities Bill ». Dire que toute République est bâtie sur le socle de l’égalité entre ses citoyens est une chose. Traduire dans la réalité ce vœu, encore pieux à Maurice, en est une autre. Notre dossier (voir en pages 10-11) l’illustre.

Dans ce genre de configuration, et cela ne doit pas étonner, l’oppo-sition a un rôle déterminant à jouer. Car une loi aussi complexe et délicate exige le consensus. Si les objectifs ou l’orientation du gouvernement sont flous, il appartiendra à l’opposition de le réorienter à travers des débats et des amendements constructifs.

Et surtout d’éviter de réagir comme cet ancien ministre, maintenant député de l’opposition, dont les propos rétrogrades choquent. Il estime qu’il n’appartient pas à l’opposition « d’aider » le gouvernement. Si ce parlementaire croit qu’il n’a pas l’obligation d’aider le pays à avoir la meilleure loi possible en matière d’égalité des chances, il se trompe lourdement sur sa mission ! Mais, oublions donc les rétrogrades, en espérant qu’ils ne seront pas nombreux à l’Assemblée.

Toutefois, il faut dire que la tentation d’être rétrograde n’est pas l’apanage de certains membres de l’opposition. Ainsi, convaincu qu’un « complot » avait été orchestré dans la presse pour ternir son image et la crédibilité du gouvernement, le Premier ministre a dégainé sa menace. C’est-à-dire durcir une bonne partie des lois sur la presse. Rendant, au passage, le délit de « Publishing false news » directement passible d’emprisonnement. Et confier le respect de la déontologie par la presse à une « Media Commission » constituée par les bons soins de l’Hôtel du gouvernement. On peut souscrire à une volonté affichée de responsabiliser la presse. Mais dans son approche, le Premier ministre a aussi pu donner l’impression de vouloir la brider.

Mais avec le temps, les avis changent, et désormais, Navin Ramgoolam avoue volontiers, en aparté, que le « Media Commission Bill » ne verra probablement pas le jour. La presse sera probablement responsabilisée à travers une loi protégeant plus efficacement la vie privée des individus. Adossée à un futur « Freedom of Information Act » (FIA). Voici donc une occasion rêvée pour le gouvernement de prouver son attachement à la transparence. Car un FIA permettra enfin à la presse et au grand public d’avoir accès à des informations qui, jusqu’ici, se perdaient dans les méandres des administrations publiques. En guise de fin de non-recevoir, nous avons tous entendu d’un fonctionnaire un jour : « Je ne peux rien vous dire, c’est confidentiel ! »

Toutefois, pour que le FIA soit une loi utile pour tous, il est impératif que sa mise en œuvre soit la plus « user-friendly » possible. Que ce soit pour le chef d’entreprise qui souhaite avoir accès à la liste des demandeurs d’emplois de sa région. Ou le journaliste qui veut connaître la somme d’argent dépensée par un ministère pour l’achat de véhicules durant les six derniers mois. Des sites Internet, des comptoirs avec des fonctionnaires acquis au principe du « customer care » ne seront pas de trop.

Les rares fonctionnaires qui parlent actuellement à la presse, seront enfin soulagés, on s’en doute. L’administration se mettra enfin à parler et ils ne se sentiront donc plus hors-la-loi après nous avoir « avoué » qu’il existe bien tel ou tel comité au sein de leur ministère. On peut toutefois réver encore un peu, en espérant qu’un jour le « Police Press Office » ne jugera plus utile de demander l’avis du commissaire avant de confirmer que le mur d’enceinte des Casernes centrales est fait de pierres !

C’est au Parlement de faire sa profession de foi, en affirmant son attachement à la transparence. Mais peut-être que nos députés préféreront se livrer à des activités plus joyeuses. Il est, en effet, plus facile de s’injurier mutuellement que de réfléchir sérieusement à l’état de la démocratie et de la transparence dans ce pays !

publié le 29 octobre 2006

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