Les fonctionnaires du privé

Il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin. Les propos de Percy Mistry aidant, chacun s’est mis à gloser sur les faiblesses du gouvernement et les lacunes dans sa gestion des affaires de l’État. Dénonciation collective, également, du peu d’égard qu’il accorderait aux vrais besoins du secteur privé, victime permanente d’un système bureaucratique d’un autre temps. Mais la victime est-elle aussi innocente que ça ?

Il faut déjà distinguer les victimes. Il y a d’abord ces jeunes entrepreneurs, fonceurs, visionnaires pour certains, qui prennent des risques, pour finalement se retrouver handicapés par des procédures d’un autre âge. Ceux-là sont les victimes de bonne foi. Puis il y a la victime en puissance, notre bon vieux secteur privé traditionnel ! C’est lui dont parle Percy Mistry. C’est ce secteur privé qui n’a « ni les capacités ni les ressources » pour doper la croissance. Cette victime est menée par une classe de dirigeants de plus en plus déphasée, et réfractaire aux changements.

Les œillères qu’ils portent leur font parfois regarder l’avenir en utilisant les recettes du passé. C’est pourtant ce secteur privé qui jouit de la plus grande écoute auprès des décideurs politiques. Organisé autour d’une puissante organisation, il dialogue avec constance avec tous les gouvernements. Et comme le fait remarquer un observateur, il confirme systématiquement tous leurs diagnostics.

Si l’hôtel du gouvernement dit que le pays est en état d’urgence économique, ce secteur privé-là confirmera ET dès que Sithanen affirme que son plan d’action va remettre l’économie sur les rails, il applaudit en pensant que les lendemains seront meilleurs ; tout cela en moins d’un an. Faut le faire !

Manque de courage ou volonté assumée de maintenir une trêve permanente avec le gouvernement ?

Quitte à ne jamais vraiment acculer ce dernier et lui dire toutes les vérités en face ? Ce secteur privé-là a choisi sa voie. Étrangement, elle ressemble à celle que suivent les gouvernements successifs. Celle des comités et groupes de travail multiples. Mené par quelques gourous inamovibles, ce secteur privé se complaît dans l’obéissance aux mêmes réflexes. Le sang neuf et les empêcheurs de stagner en rond sont admis dans ses brainstormings sessions interminables. Leurs idées seront écoutées mais souvent oubliées. À la sortie du brainstorming, on parlera de « paradigm shift » ou de « nouvelle approche ».

C’est le règne des grands concepts. Le tout orchestré par quelques fonctionnaires du privé. Et on ne peut s’empêcher de rire (jaune) quand on pense qu’ils ont participé à l’élaboration du document Competitiveness Foresight ! Ainsi va le secteur privé, qui voit les tas de paille dans les yeux de tout le monde. Mais n’a pas encore vu la poutre dans son œil. Rajeunir ses dirigeants et ses idées semble être un impératif. Mais en a-t-il conscience ?

publié le 2 octobre 2005

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