Le temps du dialogue

Après une semaine d’invectives, de coups bas, de répliques revanchardes et d’attaques personnelles, la guéguerre entre le gouvernement et le « Joint Economic Council » (JEC) doit cesser. Personne n’entre dans l’histoire uniquement pour ce qu’il aura dit. Ce sont les paroles et les actes qui s’ensuivent qui demeurent pour la postérité.

Le dialogue doit donc revenir et s’articuler uniquement autour de la préoccupation centrale : continuer la modernisation de notre économie. Et poursuivre sa restructuration afin de la rendre plus apte à se développer sans subir les aléas de la mondialisation. Ce sont les actions que le gouvernement et le JEC prendront conjointement – le mot est à souligner – pour atteindre ces deux objectifs qui compteront pour plus tard. Et non pas ces quelques jours de tumulte ou du blabla qui auront injustement dévié notre attention des vrais enjeux.

Cette semaine, les articles de presse consacrés aux « Article IV Consultations » du Fonds monétaire international (FMI) sur Maurice nous ramènent vers quelques questions qui demanderont, tôt ou tard, à être tranchées. Rendre en partie la scolarité secondaire et tertiaire payante. Introduire un système de retraite contributive, notamment pour les fonctionnaires. Élargir l’assiette des 15 % de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les produits alimentaires. Voici une partie de la cure que le FMI voudrait faire suivre à l’économie mauricienne convalescente.

Nos décideurs politiques n’ont certes jamais suivi aveuglément les recettes, parfois trop libérales, des institutions de Bretton Woods. Mais ils ont néanmoins, plus ou moins, embrassé l’esprit des réformes suggérées. Au ministère des Finances, plus qu’ailleurs, on sait que tout n’est pas bon à prendre du FMI. Mais plus qu’ailleurs, on y sait aussi que ne pas rassurer le FMI et la Banque mondiale sur la célérité de nos réformes équivaudrait à perdre de précieuses aides.

Ici des prêts de la Banque européenne d’investissement ou de la Banque africaine de développement. Et là des lignes de crédit que certains de nos partenaires économiques, rassurés par les bons points octroyés par le FMI, ne rechigneraient pas nécessairement à nous accorder. Rama Sithanen et d’autres encore l’ont suffisamment rappelé, ce n’est certainement pas le moment de figurer dans les mauvais cahiers de ces institutions dont le diagnostic fait autorité parmi nos bailleurs de fonds.

Il ne s’agit pas de dire si l’élargissement de l’assiette de la TVA ou l’établissement de la pension contributive des fonctionnaires sont des priorités à mettre en œuvre. Ni, non plus, d’exalter les bienfaits de la scolarité payante pour l’éducation du deuxième et troisième degré. Mais admettons, un moment, que ces politiques doivent être appliquées. Sur quel partenaire le gouvernement devra-t-il s’appuyer pour les mettre en place ?

Ce n’est pas le métier de la « Development Bank of Mauritius » de proposer des prêts étudiants compétitifs à nos enfants. Ce sont nos banques commerciales qui le feront. Ailleurs, ce seront nos compagnies d’assurances, donc celle que dirige de Navacelle, qui proposeront des solutions d’épargne retraite aux fonctionnaires. Si l’assiette de la TVA est élargie, il faudra compter sur la puissance de grosses centrales d’achat locales pour pouvoir s’approvisionner moins cher à l’étranger. Et d’atténuer quelque peu le poids de la TVA sur les achats de nos ménages. Bien évidemment, il faudra payer des intérêts aux banques quand on souscrira aux prêts étudiants. Bien entendu, les assurances décupleront leurs chiffres d’affaires si elles gèrent également des fonds de pension…

En étant un des acteurs de ce processus, le secteur privé ne sera pas perdant. Mais il faudra sans doute aussi s’assurer qu’il n’en retire pas des avantages exorbitants. Il ne fait aucun doute que les marchés ont besoin de règles. Non pas pour le contrôle des prix. Mais pour prévenir les abus de position dominante notamment. Donner un chèque en blanc aux grandes enseignes de la distribution locale pour leur processus de fusion-acquisition serait dangereux. Car, il faudra empêcher une trop grande emprise sur les parts de marché. L’exercice d’un pouvoir trop grand est toujours accompagné par la tentation d’en abuser. Oui, il faut donc une loi solide sur la compétition, inspirée, entre autres, des lois antitrusts adoptées ailleurs.

Mais le développement économique n’est pas une histoire à sens unique. Ce n’est pas un Etat qui dicte les règles et un secteur privé qui suit sans broncher. C’est un dialogue dans lequel l’Etat définit une politique, qu’il met en œuvre conjointement avec le secteur privé. Quitte parfois à réviser sa position, soit pour tenir compte d’impératifs sociaux ou, et ce n’est pas si anormal, afin de permettre à son partenaire privé de continuer à se développer. Ce n’est pas sacrilège que de penser ainsi. C’est une réalité qui prévaut dans toute économie de marché. Cela s’appelle le dialogue institutionnel.

publié le 20 mai 2007

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