Le récidiviste

De toute évidence, le Premier ministre (PM) n’en démord pas. Nous le rappelons souvent ici – d’autres confrères ailleurs : Navin Ramgoolam est un fervent de la théorie du complot. Il pense que les titres de presse et les radios fomentent des coups pour miner sa crédibilité personnelle et l’action de son gouvernement. Il a tort. Et gagnerait à garder son sang-froid face à ses conseillers qui sont encore plus convaincus que lui de l’existence d’un complot. Comme ce rescapé de la « bande des quatre ». Qui semble vouloir régler de vieux comptes personnels avec la presse en s’appuyant sur l’autorité du Premier ministre.

En écoutant ces esprits malfaisants qui l’entourent, Ramgoolam se décrédibilise. D’abord lui-même, comme un démocrate, mais aussi le pays par la même occasion. Il ne fait aucun doute qu’après l’arrestation ou l’interrogatoire de cinq journalistes en cinq mois, Maurice ne figurera pas à la même honorable place (25e) dans le prochain classement mondial de Reporters sans Frontières. De même, le rapport 2008 du département d’État américain sur les Droits humains à Maurice reviendra sans doute sur cette nouvelle détérioration de la relation pouvoir-presse dans le pays.

Dans ces circonstances, il convient de faire l’éducation du Premier ministre. Tout juriste qu’il est, il faut lui rappeler certaines dispositions de nos lois. Et tous experts en médias qu’ils sont, certains de ses conseillers doivent urgemment feuilleter nos lois sur la presse. Que dit notamment l’article 299 de notre « Criminal Code » ? Ce texte précise que la diffusion et la publication de fausses nouvelles deviennent punissables que lorsqu’elles « sont de nature à troubler l’ordre ou la paix publique ».

Donnons un exemple clair de publication-diffusion de fausse nouvelle qui mériterait d’être punie. Admettons que l’« express-dimanche » annonce aujourd’hui que Navin Ramgoolam, en proie à un délire paranoïaque, a ordonné l’arrestation des leaders du MMM et du MSM, ainsi que de leurs plus proches collaborateurs dans les plus brefs délais. La nouvelle s’avère fausse. Elle est démentie dans la matinée même. Mais entre-temps, 500 partisans des deux formations ont improvisé une manifestation devant les Casernes Centrales. Tandis que 2 000 personnes hostiles se sont massées devant la « Clarisse House ». Bilan de la journée : 30 blessés et 60 arrestations !

Selon ce cas de figure, le rédacteur en chef qui a approuvé la publication de l’article, ainsi que le journaliste qui l’a écrit, méritent d’être arrêtés et inculpés, dans les plus brefs délais en vertu de l’article 299 du « Criminal Code ». Maintenant, comparons ce cas de figure à ce qui s’est passé vendredi à Radio One. La journaliste Humaira Ali annonce à l’antenne que la réunion du Conseil des ministres ainsi que le bureau politique du Parti travailliste ont été annulés pour cause de « problèmes de santé » de Ramgoolam. Le bureau du Premier ministre dément l’information sur son état de santé. Radio One rectifie sa nouvelle. Dan Callikan, le conseiller du Premier ministre revient à la charge en exigeant des excuses à l’antenne. Radio One obtempère encore une fois.

Durant toute la journée de vendredi aucun trouble à l’ordre public n’est constaté.

La terreur n’a pas gagné les rues de Port-Louis ! Le cours du Semdex n’a pas chuté brutalement ! Les partisans rouges ne se sont pas massés devant les grilles de la « Clarisse House » pour souhaiter prompt rétablissement au PM ! Pourtant, malgré aucun désordre, Ali et sa rédactrice en chef, Karishma Beeharee sont interpellées et longuement interrogées dans les locaux de Radio One dans la soirée. La disproportion entre les faits qui sont reprochés à Radio One et la réponse qu’a choisi d’y donner la police, sur ordre du PMO, est flagrante.

À quoi rime donc tout ce cinéma. Une énième manœuvre d’intimidation ? Un Premier ministre qui tente d’instaurer une relation conflictuelle durable avec la presse. Parce que ça l’arrange ? Nous ne le croyons pas. Nous pensons plutôt, au contraire, que Ramgoolam est victime de son manque de vigilance. En laissant son conseiller agir avec autant de zèle, il va finir par perdre son image – à laquelle il tient beaucoup de rassembleur et de démocrate. C’est paradoxal. Ceux-là mêmes qui sont censés construire et maintenir l’image en or du PM vont peut-être, au final, réussir à le faire passer pour une brute épaisse intolérante. À moins que le Premier ministre ne se décide à réagir. En se rappelant que l’institution – la Presse que son conseiller veut diaboliser est quand même respectée par 93 % des Mauriciens !

publié le 16 mars 2008

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