Le « mindset » des bornés

On nous sert le célèbre « Bizin Sanzman » depuis plus d’un an. Cette semaine, le Premier ministre a choisi d’appliquer ce mantra au « mindset » de la douane. Dire que les choses doivent y changer est une évidence. Surtout quand on sait qu’il symbolise, pour le grand public et le milieu des affaires, tout ce que l’administration publique peut avoir de décadent et de médiocre.

Mais le « mindset » ne doit pas changer qu’à la douane. C’est toute l’administration qui doit revoir sa manière de penser et de réagir. Mais a fortiori, on ne peut pas demander aux fonctionnaires de changer si ceux qui les dirigent demeurent désespérément statiques dans leur manière de penser.

L’interview que Jacques de Navacelle, le président du Joint Economic Council (JEC) nous a accordée la semaine dernière a révélé quelques graves bouleversements dans le couple gouvernement-secteur privé. Nous le constatons à travers les nombreux échos que les propos de Navacelle ont suscités !

Première conclusion, le divorce est consommé. L’un des plus importants personnages de Mauritius Inc. nous explique cette semaine qu’il n’y a désormais qu’une manière de parler au gouvernement. Celle de Navacelle. Il n’est pas le seul à penser ainsi. Il a dit tout haut ce que le secteur privé ne disait que tout bas jusqu’ici.

Deuxième conclusion, le gouvernement a développé une intolérance aiguë face au secteur privé. Un bon secteur privé pour l’hôtel du gouvernement, c’est désormais un secteur privé-tapis. Qui la ferme. C’est presque ce qu’un « Senior minister » nous a fait comprendre cette semaine en prévenant que si le JEC s’amusait à se montrer aussi belliqueux face au gouvernement… « pas pour recevoir zot » !

Le secteur privé et ses représentants ont eu très peur de ce genre de menaces jusqu’ici. Un ancien président du JEC précise ainsi à quel point il est utile d’avoir un président qui ne soit pas susceptible d’être victime d’un « arm-twisting » du gouvernement. Navacelle dirige un groupe d’assurances qui est dans une phase de consolidation mais qui ne nécessite ni attribution de nouveaux permis d’opération ou de construction pour un quartier général, par exemple. On ne peut glisser de peau de banane administrative sur son chemin. Cela rend le personnage très libre dans sa parole et peu vulnérable.

Les propos de Navacelle ont constitué un véritable casus belli pour le gouvernement. Le « Prime minister’s office » s’est ainsi empressé de nous proposer la réplique d’un « free thinker » qui rendrait au président du JEC la monnaie de sa pièce. Quel courage ! Envoyer un fantassin se salir les mains tandis que les Sithanen et Ramgoolam regardent Navacelle se faire rabrouer des coulisses. Nous avons choisi de ne pas jouer ce jeu.

Car il faut se souvenir, qu’il n’y a pas si longtemps, alors que Ramgoolam et consorts étaient dans l’opposition, ils reprochaient au gouvernement d’alors exactement ce qu’on leur reproche aujourd’hui. C’est-à-dire de rouler dans des berlines hors de prix, de multiplier des missions à l’étranger complémentées de « per diem » plus qu’avantageux. Et d’être obsédés par leur popularité.

Ramgoolam a cité un adage séculaire qu’il dit vouloir suivre : « Ne fais pas à ton voisin ce que tu ne voudrais pas que ton voisin te fasse. »

Mais lui et son gouvernement devraient éviter de suivre un autre adage : fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais !
publié le 23 avril 2006

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