La tentation de rester

Les conclusions du sondage Sofres publié par « Business Magazine », cette semaine, filent le blues. On y apprend qu’un cadre mauricien sur deux veut émigrer. Qu’environ deux Mauriciens sur trois sont pessimistes face à l’avenir du pays et de son économie. Et que la même proportion de personnes voudrait voir leurs enfants grandir sous d’autres cieux.

Au fond, ces conclusions ne doivent pas choquer. Le Mauricien craint pour son avenir et celui de ses enfants. Il voit les effets de la restructuration de l’économie. Les dizaines de manchettes consacrées aux licenciements dans le textile et l’industrie sucrière l’angoissent. L’incapacité chronique des gouvernements successifs à mettre en place un système éducatif de qualité menant à un travail valorisant l’inquiète. Depuis quelques mois, un budget rigoureux et une flambée des prix le font paniquer. La tentation d’aller voir ailleurs est forte.

Toutefois, tous ne sont pas égaux devant la tentation. Durant les années 70 et 80, des Mauriciens ont émigré pour devenir garde-malade en Angleterre, gardien d’immeuble en France ou femme de ménage en Italie. Désormais, on émigre pour être comptable en Australie, informaticien au Canada ou médecin en France. Ce sont les cadres et professionnels qui veulent et peuvent encore se permettre d’aller voir ailleurs. Mais ils ont intérêt à bien réfléchir.

Car une tendance globale se dessine depuis plus d’une décennie. Avec la mondialisation du commerce, la libre circulation des personnes compétentes est aussi devenue une réalité. Vécue dans tous les pays développés. Tandis que la France se dote d’une politique « d’immigration choisie », les États-Unis ou l’Australie ont, depuis plusieurs années déjà, pris le parti d’aller chasser les compétences là où elles se trouvent : Inde, Chine, Europe, Maurice ou ailleurs.

Chacun déploie ses charmes pour attirer. Les USA offrent l’« American way of life » et des salaires mirobolants. L’Europe fait miroiter ses couvertures sociales attrayantes, ses excellentes universités et un certain cadre de vie. Avec un succès certain. Mais il n’y a pas qu’eux. D’autres pays ont compris que le développement économique et l’émergence de nouvelles industries passent par l’apport en connaissances et compétences étrangères. C’est le cas de Singapour, de Hongkong ou de Dubayy. De véritables aimants à expatriés. Et Maurice alors ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Maurice attire. Allez parler aux Français qui travaillent dans les Technologies de l’information ou de la communication ou aux Sud-Africains qui dirigent des équipes de conseillers financiers dans l’offshore. Ils vous diront combien ils aiment Maurice malgré ses défauts. Et à quel point ils voudraient pouvoir s’y installer définitivement avec leur famille.

Voici l’autre réalité que semblent vouloir ignorer nos jeunes cadres si pressés d’aller voir ailleurs. Les places qu’ils laissent vides à Maurice, seront reprises par d’autres Mauriciens aussi compétents qu’eux. Et à défaut, par des étrangers. Et comme le pays n’est pas ingrat, il va bien falloir les récompenser pour avoir cru en son avenir. L’« occupation permit » qui donne certains droits aux expatriés aujourd’hui, pourrait leur en donner d’autres demain. Comme celui de s’acheter une maison. Qui sait, de racheter l’appartement laissé vide par le comptable qui a préféré immigrer au Canada deux ans avant. Mieux encore… une naturalisation !

La conjoncture économique est certes difficile. Mais on peut dire que les réformes essentielles ont été mises en œuvre. L’économie du pays finira par aller mieux. Et ce sont ceux qui auront relevé le défi d’y rester durant les moments difficiles qui seront aux premières loges quand il s’agira de profiter de notre nouvelle prospérité. L’herbe est plus verte ailleurs aujourd’hui. Mais il serait peut-être sensé de céder à la tentation de rester au pays !

publié le 15 octobre 2006

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