La presse, ennemi public

«Ile Maurice : premières arrestations de journalistes depuis 13 ans. » C’est sous ce titre que l’organisation Reporters Sans Frontières (RSF) a choisi de traiter l’arrestation du rédacteur en chef de « Week-End » et de deux journalistes de « Radio Plus » ce mercredi. Le titre en lui-même souligne à quel point cet événement est considéré comme étant exceptionnel par RSF. Il l’est. Car le monde s’attend à ce qu’un pays qui pointe à la 25e place du dernier classement mondial de RSF ne menace pas ses journalistes d’emprisonnement. Qu’il ne les traite pas en vulgaires criminels. Pourtant, c’est bien ce triste spectacle que nous avons offert au monde cette semaine.

Il n’y a pas d’autres façons de voir la chose. C’est une manœuvre d’intimidation ! Une occasion pour le pouvoir de montrer à la presse qu’elle a intérêt à se tenir à carreau. À ne pas déranger. Navin Ramgoolam a multiplié les menaces envers la presse ces derniers mois. Au point où on a l’impression, qu’avec le secteur privé, elle est l’autre meilleur ennemi du Premier ministre. Tant il consacre de l’énergie et de larges pans de ses discours à dénoncer les propagateurs « de fausses nouvelles ».

Ramgoolam semble persuadé qu’une cabale permanente est en préparation contre lui au sein de la presse. Qu’on se ligue, qu’on conspire pour le décrédibiliser lui et son gouvernement. « Ki fausse nouvel ou pou al metté encore la ? » C’est la question qu’il nous a posée, pas qu’une fois, quand nous l’avons eu au téléphone pour l’interroger sur tel ou tel sujet d’actualité. Certes sur un ton badin. Mais cela ne trahit-il pas au fond la défiance de l’homme vis-à-vis de l’un des maillons essentiels de notre démocratie ?

Le Premier ministre est persuadé qu’il faut rappeler le caractère non absolu de la liberté d’expression et agite avec vigueur le spectre d’un « Media Commission Bill » qui contrôlerait l’exercice de la liberté d’expression et qui éventuellement rendrait passible les journalistes de sanctions pénales plus lourdes. Il y a deux semaines, Ramgoolam nous indiquait qu’un projet de loi sur la presse était « imminent », mais qu’il n’allait pas nécessairement être voté au Parlement « in the days to come ».

Informé récemment sur l’élaboration d’un code d’éthique et la mise en place d’une instance d’autorégulation de la presse par la « Newspaper Editors and Publishers’ Association » (NEPA), le Premier ministre s’est contenté de s’en féliciter. Tout en rappelant que l’un n’empêche pas l’autre. Mais finalement les événements de cette semaine ne lui donnent-ils pas tort ?

Oui, il faut un code de déontologie, un code de conduite généralisée à toute la presse locale. Ainsi qu’une instance de régulation. Car ni l’une ni l’autre n’existent.

Mais les lois, elles, par contre, existent. C’est bien en application d’une loi existante que trois journalistes ont été arrêtés cette semaine. Ce sont bien les dispositions de l’article 299 du code criminel qui permettent à un magistrat de les condamner, s’il les juge coupables de publication ou diffusion de fausse nouvelle, à jusqu’à un an de prison.

« You name it. » Nos lois couvrent tous les champs. La presse n’est pas toute-puissante. Un journaliste ne peut écrire ce qu’il veut. Car le droit civil protège la vie privée des individus et leur offre des recours en diffamation notamment. Le droit pénal Mauricien permet au ministère public de poursuivre et de faire emprisonner ceux qui, par exemple, auront incité à la désobéissance civile ou au soulèvement armé. Les manquements des journalistes, quand il y en a eu, ont été relevés et punis par nos tribunaux. Le système fonctionne.

Il ne manque à la profession qu’un code d’honneur. Ce code d’éthique qui rappellera à chaque journaliste les limites à ne pas dépasser. Non pas pour ne pas tomber dans l’illégalité. Mais pour lui rappeler qu’à tout instant, il se doit d’être rigoureux, honnête et équilibré dans son travail. Le journaliste doit cela, par respect, à son lecteur.

publié le 25 novembre 2007

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