La maturité d’une nation

L’économie, tout comme la politique, est faite de vérités successives. Et celles-ci se contredisent parfois. Il y a quelques semaines, nous cédions à la tentation de railler le secteur privé face à l’entêtement du gouvernement à refuser un « dialogue structuré » avec ses institutions représentatives. La situation perdure, mais ne fait plus rire.

La posture adoptée par le Joint Economic Council (JEC) cette semaine en dit long sur une relation qui s’est dégradée au fil des mois.

D’autres l’ont souligné. Ce n’est pas dans l’habitude du JEC de réserver la primeur de ses réflexions à la presse. Arif Currimjee, le président du Conseil, précise même qu’il compte sur la presse pour faire connaître les propositions de l’institution au gouvernement. Car le JEC va présenter son « agenda » au gouvernement « dans les jours à venir » sans autres précisions.

Mais des précisions, justement, il en faut. Le JEC a parfaitement raison de dire que la question de l’ouverture et de la libéralisation de notre économie n’a même pas à faire l’objet d’un débat. Car c’est bien la seule voie à suivre ! Les rares libéraux au sein du gouvernement doivent en être convaincus.

Mais comment procède-t-on ? Faire suivre une cure d’amincissement à l’État en abattant les mastodontes que sont la plupart de nos organismes parapublics paraît être une évidence. Amener le gouvernement à se désengager de certaines activités commerciales en est une autre. Le JEC énumère une série de suggestions qu’il nous faudra suivre tôt ou tard. Mais ces décisions ne peuvent être prises sans dialogue. Il faut déjà réfléchir à l’après-STC, DWC ou MPA. Et le gouvernement ne peut mener seul cette réflexion.

Car ceux qui seront appelés à remplacer ou compléter les services des institutions qui disparaîtront ou se réformeront doivent se préparer. Ils doivent donc connaître les plans du gouvernement. C’est de la confrontation des deux agendas que naîtra un nécessaire compromis. Celui qui permettra au secteur privé d’identifier de nouvelles opportunités d’affaires et d’activités. Et à l’État d’assurer une gestion plus saine

et efficiente, mais aussi une meilleure allocation de ses ressources. L’idée n’est pas de cantonner l’État à ses fonctions régaliennes : l’émission de la monnaie et perception de l’impôt, le maintien de l’ordre et de la sécurité nationale et l’administration de la justice. Que les défenseurs d’une certaine vision « socialisante » se rassurent ! Mais il va bien falloir dire au revoir à quelques pans de notre État providence.

Mais lesquels ? Il faut convoquer les états généraux du service public à Maurice. Le gouvernement, le secteur privé, mais aussi les organisations syndicales vont devoir dire si l’État providence a de l’avenir. Ou si c’est l’État régulateur qui doit prendre le relais. Un État qui se contenterait d’imposer les règles afin que la logique économique ne l’emporte pas sur tout dans le pays. Mais aussi un État qui assurera gratuitement aux groupes vulnérables des prestations sociales de qualité gratuitement. Et les autres ?

C’est ce que devront déterminer les états généraux. Choisirons-nous de créer une Caisse d’assurance maladie à laquelle ceux qui le peuvent contribueront ? Va-t-on favoriser l’émergence de fonds de pensions privés ? Et ce pour que les finances de l’État ne soient pas asphyxiées par les paiements de pensions de retraite à une population vieillissante dans 20 ans ?

Les questions se posent maintenant et les réponses doivent être trouvées dès demain. Pour y arriver, les politiques doivent faire preuve de courage. Le privé de réalisme. Et les syndicats de pragmatisme. C’est la maturité d’une nation qui est en train d’être mise à l’épreuve.

publié le 5 février 2006

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