La Loi est roi

Oui, c’est soit noir ou blanc. Les croyants ne se subdivisent qu’en deux catégories. Ceux qui pensent qu’ils sont d’abord hindous, musulmans ou catholiques, et ensuite Mauriciens. Et les autres, qui inversent les deux identités. De débat en débat, l’on se rend compte que les croyants Mauriciens ont la fâcheuse tendance à exiger que l’Etat et la politique gouvernementale se plient à leurs préceptes religieux. Cela doit cesser.

Il ne faut même pas aller chercher très loin dans le passé pour trouver des exemples d’interventionnisme intolérable. Cette semaine, lors du vote du « Time Bill » des organisations musulmanes et hindoues ont émis de sérieuses réserves sur l’adoption de l’heure d’été. Car selon eux, celle-ci entravera la pratique de leur religion. Encore une fois, on inverse l’ordre de priorité. Des millions d’hindous et de musulmans vivent en Angleterre, en France ou aux Etats-Unis. Tous ces pays appliquent l’heure d’été sans que les hindous ou musulmans sur leurs territoires se sentent bridés dans la pratique de leur foi.

On est tenté de paraphraser Thomas Paine en rappelant que puisque ce n’est ni un monarque ni une religion qui dicte les règles de notre Etat, dans un gouvernement libre comme Maurice « la loi doit être le Roi ». Abu Kasenally, le ministre des Services publics, semble avoir fait sien cet adage lors de la dernière session du Parlement. En restant campé dans son rôle de « policy maker ».

Et en ne s’abaissant pas, comme d’autres avant lui, à s’enorgueillir qu’avant d’être ministre il est de telle ou telle confession religieuse.

Les récriminations autour du « Time Bill » ne doivent pas toutefois nous faire oublier que d’autres projets de loi ou avancées légales demeurent bloqués à cause de religieux pudibonds qui prétendent empêcher Maurice de sombrer dans « l’immoralité ». Il y a quelques semaines, le ministre de la Santé, Satish Faugoo, a eu le malheur de déclarer dans la presse qu’il était favorable à ce qu’un débat national soit organisé autour d’une éventuelle loi sur l’avortement. Cela a encore une fois fait sursauter les ultra-religieux de tout poil. À grands coups de citations bibliques et de phrases moralisantes, ils veulent encore une fois nier à la femme le droit de disposer de son corps. L’hypocrisie est totale. Car on fait mine de ne pas savoir ce qui se passe dans nos cliniques privées. Des femmes et parfois des adolescentes s’y font avorter en toute discrétion. En échange de quelques milliers de roupies. Officiellement, elles souffrent de problèmes gynécologiques qui nécessitent un « curetage ».

Mais est-il seulement concevable qu’on laisse les personnes qui en ont les moyens se faire avorter ? Alors que celles qui ne peuvent pas se le permettre sont contraintes d’avoir recours aux méthodes de grand-mère et aux officines de charlatans ? Parfois au péril de leur vie. C’est pourquoi il faut saluer les prises de position sans équivoque d’une députée comme Nita Deerpalsing sur la question. Et encourager Faugoo à lancer le débat national sur la question. Il ne s’agit plus d’être rétrograde en se demandant si Maurice doit se doter ou pas d’une loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Il faut commencer à se demander comment la mettre en place. Avec, certes, les garde-fous qui iront avec.

Pour terminer sur la série, l’on ne peut occulter le sort réservé au « Sexual Offences Bill ». Qui bien qu’étant un texte à peaufiner, n’en demeure pas moins une législation moderne visant aussi bien à durcir et adapter les peines liées aux délits sexuels. Qu’à rendre moins aveugle et pudibonde la loi existante en admettant que certaines pratiques sexuelles sont courantes, alors même que nos lois existantes les considèrent comme des délits. Cela nous rappelle la boutade d’un ministre sur la question. « C’est pas la loi ki pou vine dire mwa ki mwa ek mo fam gagne droit fer amba drap ! »

Encore une fois, ce sont des religieux qui se sont empressés de condamner une loi immorale et qui ont préféré ne retenir que la légalisation de la sodomie dans la loi. En feignant de ne pas voir que le même texte durcit les peines pour les délinquants sexuels. Tout en dépoussiérant les lois actuelles. Mais il n’y a rien à faire. Depuis plus d’un an, un « Select Committee » de l’Assemblée nationale peine à amener un consensus entre gouvernement et opposition sur ce projet de loi. À Maurice, c’est bien la religion qui est le Roi. Et vivement qu’on le détrône !

publié le 3 août 2008

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