La liberté n’est jamais acquise

Quelle posture adopter face au classement mondial 2007 de la liberté de la presse publié par Reporters Sans Frontières (RSF) cette semaine ? On peut tenter celle du satisfecit. Après tout, Maurice se classe 25e sur 169 pays, devançant la France (31e), pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Et aussi les États-Unis (48e), qui ont sacralisé la liberté d’expression dans le premier amendement de leur Constitution.

Mais on aurait tort de s’arrêter là. Il faut voir au-delà de ce résultat, somme toute honorable. Et s’intéresser aux défis qui guettent notre presse pour mesurer tout le chemin qu’il lui reste à parcourir. S’il y a deux épreuves qu’elle doit encore surmonter, ce sont celles de la sauvegarde de son indépendance vis-à- vis des pouvoirs politique et économique, et l’amélioration de son éthique et son niveau de professionnalisme.

Navin Ramgoolam, le Premier ministre, s’est clairement montré menaçant en-vers la liberté de la presse, il y a un peu plus d’un an. En voulant confier le respect de la déontologie de la presse à une « Media Commission » mise en place par le pouvoir. Mais aussi, no-tamment, en suggérant que le délit de « publishing false news » soit directement passible d’emprisonnement.

En voulant responsabiliser la presse, Ramgoolam a néanmoins fini par donner l’impression qu’il voulait surtout la brider. Et la presse a réagi. Le groupe La Sentinelle a, le premier, rendu public, dès septembre 2006, son Code de déontologie. Dont le respect est assuré par une Commission de médiation composée de professionnels respectés des médias et de la profession légale.

Ces jours-ci, le comité exécutif de la « Newspaper Editors’and Publishers’ Association » (Nepa) travaille assidûment à l’élaboration d’un code d’éthique et d’une instance d’autorégulation de la presse nationale. Le pouvoir a là des gages concrets d’une presse qui se montre responsable. Il n’a donc aucun motif de ressortir des placards des projets de loi pour l’encadrer. Ramgoolam, il est vrai, n’en parle plus depuis des mois. Tant mieux !

Mais la presse doit non seulement préserver son indépendance du pouvoir politique, mais aussi du pouvoir économique. Vendre du papier sur lequel on imprime des « news » et de l’analyse est devenu un business comme un au-tre. Qui obéit aux mêmes règles implacables du marché et des finances.

Ces règles dictent de vendre davantage de produits de qualité et diversifiés à plusieurs types d’audiences. Tout en contrôlant au plus près les coûts de production à travers des synergies entre filiales. Négliger ces règles, c’est s’exposer à sombrer dans d’interminables difficultés financières.

D’ailleurs, rares sont les entreprises de presse locales à être profitables. La crise du papier, notamment, a lourdement plombé leurs finances. Du coup, ceux qui n’ont pas un lectorat leur assurant des recettes publicitaires stables et suffisantes, s’adossent à des grou-pes financiers, les uns plus puissants que les autres, pour assurer parfois juqu’au paiement des salaires des journalistes. Il ne faut surtout pas que dans ce processus, un échange de bons procédés tacite s’instaure. Le financement de l’un contre la garantie de l’autre de ne pas parler d’une actualité économique qui pourrait fâcher tel financier. Ou tel annonceur qui assure une manne publicitaire constante.

Pour cela, tout groupe de presse doit s’assurer que chacun de ses journalistes obéisse au plus haut niveau d’éthi-que et de professionnalisme. Il est un fait, un journaliste bien formé et attaché à l’éthique sait qu’il est de son devoir d’aborder les aspects négatifs des actions des entreprises les plus puissantes et de leurs propriétaires. Tout comme ce journaliste doit pouvoir ne pas laisser la menace d’un éventuel boycott publicitaire l’empêcher de faire son métier. Ou de permettre que des traitements de faveur, des cadeaux et invitations à déjeuner ou à séjourner dans de grands hôtels le lui fassent faire d’une manière, disons, accommodante, pour certains.

Des journalistes de qualité, bien formés et bien rémunérés constituent le maillon essentiel d’une presse qui fait son métier en ne cédant ni aux pressions, ni aux tentations. C’est une question de moyens. Il faut se les donner.

En matière de liberté de la presse, RSF nous le rappelle, « rien n’est jamais acquis… » L’avertissement est assez grave, il faut l’écouter attentivement…

publié le 21 octobre 2007

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :