Docteur Rama et Mister Jacques

Il faut croire que les choses vont mal pour que le président fraîchement élu du Joint Economic Council (JEC) tienne le discours qui est le sien dans l’interview qu’il nous accorde. Jacques de Navacelle rue dans les brancards du gouvernement, choisissant, au passage, un ton qui peut paraître belliqueux venant de l’un des plus importants responsables du secteur privé du pays.

Ses prédécesseurs immédiats, Arif Currimjee et Gilbert Espitalier-Noël nous avaient habitués à de froides analyses sur les « fondamentaux » économiques, servies par un langage trop diplomatique vis-à-vis de l’hôtel du gouvernement. Navacelle bouscule l’ordre (à peine) établi en adoptant un argumentaire qui le rapproche plus d’un homme politique gouailleur que d’un représentant du « Grand Capital ». Celui-ci démocratise son langage et son argumentaire, le rendant à la limite trop populaire, pour ne pas dire démagogique.

Il ne cherche pas à expliquer comment telle fiscalité modifiée dans tel sous-secteur d’activité résulterait à tant de milliards de revenus additionnels. Non, Navacelle choisit les exemples les plus simples. Il s’étonne de l’obstination des ministres et conseillers à s’acheter de coûteuses berlines dès qu’ils prennent leurs fonctions. Et se demande au passage s’il est utile que minis-tres, hauts fonctionnaires et conseilleurs divers continuent à voyager en bénéficiant de per diem royales qui dépassent largement leurs frais de séjour réels à l’étranger. Le citoyen lambda, que l’économie rebute, comprend en lisant Navacelle, que moyennant de petites économies ici et là, l’État pourrait déjà ralentir, dans une certaine mesure, son train de vie.

Néanmoins, le président du JEC continue à défendre certaines orientations, plus globales et moins populaires, comme l’ouverture économique du pays, jugée primordiale pour notre avenir. À ce chapitre, Navacelle invite le ministre des Finances, Rama Sithanen, à ne pas se satisfaire d’une approche qui tendrait vers la demi-mesure, mais plutôt à embrasser pleinement la politique d’ouverture. Mais le docteur Rama veut-il et peut-il seulement prescrire ce remède à notre économie grippée, et ce, face à de nombreux collègues ministres chez qui le mot ouverture provoque de l’urticaire ? Mais aussi face à une mentalité locale qui voit en l’étranger et l’ouverture vers l’extérieur des menaces plutôt que des opportunités. Une chose est toutefois sûre, le ministre des Finances et le gouvernement ont entièrement pris la mesure de l’attente et de l’espoir que suscite le budget 2006-2007.

Certains ministres des Finances ont marqué leur temps. Sir Veerasamy Ringadoo passera à la postérité comme étant celui qui a dû prendre la décision de dévaluer la roupie en 1979 et 1981 pour empêcher l’économie de sombrer dans le coma. Vishnu Lutchmeenaraidoo sera auréolé pendant longtemps encore du titre de chantre de la croissance par la consommation au milieu des années 80. Quid de Sithanen ?

Pour être juste envers lui, il faut bien admettre qu’il a été le ministre des Finances qui a piloté le début de la tertiarisation de l’économie au début des années 90. Mais c’est maintenant que Sithanen va se faire, ou pas, une place dans l’histoire. Soit comme le ministre des Finances qui n’aura rien fait pour éviter la catastrophe, ou comme celui qui aura aidé à façonner l’île Maurice prospère des années 2010 et au-delà.

Pour cela, il faudra que la prescription qu’il va nous servir dans six semaines soit la bonne. Le pays a besoin d’un remède de cheval, d’électrochocs pour le sortir de sa léthargie. Si la raison économique l’emporte, Sithanen trouvera le courage à faire cela. Si la raison politicienne prime, il nous servira du sirop contre la toux en guise de remède pour le cancer économique qui commence à ronger le pays.

publié le 16 avril 2006

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