Disciplinés de force.

On sait qui ils sont. Ils ne soutiennent pas Rama Sithanen, ni la rigueur de son budget. Certains d’entre eux, députés ou ministres de circonscriptions rurales trouvent que la mise en place d’une « National Residential Property Tax » est une hérésie. D’autres encore militent pour que nos lois du travail, dont Sithanen annonce la refonte quasi-totale, demeurent les mêmes. En s’appuyant sur quelques réflexes et bas instincts de la population.

Et pourtant ! Ces députés ou ministres ont pris la parole durant les dix derniers jours… pour défendre le budget. On se croirait revenu à la fin des années 1980. Quand Sir Anerood Jugnauth menait à la baguette un gouvernement où aucune voix dissonante n’était tolérée. Navin Ramgoolam applique le même principe : celui de la discipline orchestrée par le leader.

Pour ceux qui ont suivi le « mood » de Sithanen après le budget, il paraît évident qu’il avait décidé de tenir bon sur les mesures qu’il avait annoncées. Jusqu’à ce que le Premier ministre recadre son action en milieu de semaine. Sur la question du « Lump Sum » taxable ou encore sur l’abolition des aides sur les frais d’examens du SC et du HSC. Mais finalement, qu’importe si Ramgoolam et son vice-Premier ministre ont cédé aux pressions ! Il faut se féliciter qu’aucun pan essentiel de la réforme, même à l’épreuve de virulentes critiques, n’ai été abattu.

La situation devient quelque peu cocasse. Après avoir accommodé le mot discipline à toutes les sauces pendant le « build-up » médiatique menant au budget, c’est désormais le gouvernement, lui-même, qui doit en faire preuve. Dans la mise en œuvre des mesures budgétaires 2006-2007. Car on ne le dira jamais assez. Ce budget ne vaut rien si une bonne partie des mesures qui y sont annoncées n’est pas mise en œuvre dans les six mois à venir.

C’est le cas notamment avec la flopée d’annonces concernant la facilitation de l’investissement et l’ouverture du pays aux compétences étrangères. Le gouvernement doit donc avancer en rang serré vers les objectifs qu’il s’est lui-même fixés. Aidé, on l’espère, par un secteur privé et des fonctionnaires coopératifs. Et une population compréhensive. La finalité est toujours la même : lancer une réforme économique salutaire pour le pays.

Dans un monde où la règle est l’abattement des barrières au commerce et la mondialisation des échanges et du mouvement des personnes, Maurice est condamnée à changer son architecture économique, c’est cela le vrai enjeu national. C’est le principal enjeu du budget. Et les principales mesures qui y ont été annoncées tendent toutes vers cet objectif.

Car, faut-il le rappeler ? Maurice n’est pas le Brésil. Nous n’avons pas des ressources agricoles inépuisables. Nous n’avons pas une économie quasi autarcique. Notre développement économique n’est possible que grâce et en collaboration avec d’autres pays.

Cela dit, il devient donc indispensable de proposer la base d’opération la plus favorable possible aux investisseurs étrangers qui souhaitent lancer leurs activités chez nous. Tout en proposant aux industries locales les conditions optimales pour produire à des coûts compétitifs sur le plan mondial. Nous ne sommes pas des « victimes » de la mondialisation. Ces dernières années, nous n’avons juste pas su pleinement en profiter.

Pourtant, nous sommes cités en exemple. Il fallait écouter le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, il y a un mois. Il intervenait au Parlement australien sur le thème « Managing the Challenges of WTO Participation », une étude initiée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le ministre assène d’abord une vérité : beaucoup de pays choisissent la voie de la facilité. Si leur croissance économique stagne ou décline, c’est de la faute de la globalisation selon eux, précise Downer. Avant de poser une question : « Pourquoi Maurice a presque triplé son produit intérieur brut durant les 20 dernières années et pas les îles Fiji ? » Downer a la réponse. Pour lui, ce sont les « policy responses » adaptées de Maurice qui sont responsables de sa bonne performance dans le contexte de la globalisation.

Une logique que suit Andrew Stoler, auteur de la « Case Study » sur Maurice publiée dans un recueil de l’OMC en début d’année. Au fil de ses observations sur nos différents secteurs économiques, une constante se dégage, pour survivre chcun d’entre eux doit s’adapter aux changements qui interviennent sur le marché mondial. Ce qui le mène à féliciter Maurice pour sa réaction à la globalisation qui a été « to preserve what they can (by, for example, acting to cut costs in sugar production while developing new niche markets for speciality sugars) and, more importantly, experiment with new ideas for the country’s future economic development. »

L’expérimentation à grande échelle avec les idées nouvelles a débuté avec ce budget. Mais il ne faudrait pas que quelques passéistes dans les rangs de la majorité aillent semer la zizanie dans leurs circonscriptions en déplorant ce budget si peu « social ». Paul Bérenger avait eu la formule : « une seule décision de Rajesh Jeetah peut ruiner 100 bonnes actions de Sithanen. » Il serait dommage que l’étroitesse d’esprit de plusieurs députés de la majorité ait la même conséquence !

publie le 25 juin 2006

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