Des droits pas si acquis

Avons-nous les syndicalistes que nous méritons ? La fête du Travail est peut-être l’occasion idéale de poser la question. La réponse est non.

Le constat peut paraître sévère. Mais nos syndicalistes ne sont pas des lumières. Certes un représentant des travailleurs n’a pas à être détenteur d’un doctorat de Harvard. Lech Walesa, le président polonais qui tourna la page du communisme dans son pays était électricien et non un professeur de science politique. Mais en écoutant le discours de nos représentants syndicaux, le vide que l’on y perçoit reste sidéral. Les discours sont creux, d’abord dans la forme. Les mêmes mots et rengaines ressassés : abus, maintien des droits acquis, patrons qui nous exploitent, gouvernement qui ne fait pas assez. C’est à se demander si nos syndicalistes lisent autre chose que « Le Manuel du syndicaliste dépassé ».

Ensuite le fond. Presque aucun syndicat ne tient un discours qui consiste à proposer des contre-mesures ou des contre-réformes réalisables. L’action de quelques syndicalistes du privé appelle toutefois une petite nuance. Leurs représentants qui ont eu à gérer les crises successives liées à des licenciements massifs dans le textile ont modifié leur langage. Et mûri leurs argumentaires. C’est un discours davantage construit autour de la formation et du recyclage qu’ils tiennent depuis quelque temps.

Mais ce discours plus constructif, on ne le retrouve pas dans le public. Cassam Kureeman essaie de sauver les apparences. Il prône quelques réformes, admet volontiers qu’une organisation, qu’elle soit privée ou publique, doit fermer ses portes si elle ne survit que grâce à des subventions publiques. Mais le syndicaliste cède vite au réflexe de demeurer inflexible sur les droits acquis des travailleurs. Ce qui fait de lui, la demi-exception à la règle selon laquelle l’immense majorité des syndicalistes est réfractaire au changement.

Leur opposition forcenée à des réformes salutaires les font compter parmi les partenaires les plus sourds du gouvernement. À quoi servent donc toutes les sessions de formation qui leur sont fournies à Genève, New York, Bruxelles ou ailleurs ?

À découvrir des réalités nouvelles de la gouvernance et de la mondialisation ou à faire du shopping pour madame et les gosses !

La notion même du droit acquis, sur lequel nos syndicalistes, fondent leur lutte demande à être revue. La conjoncture internationale nous montre de manière saisissante à quel point il est dangereux de s’endormir sur la certitude qu’une situation ne changera pas. Malgré toute la confiance que nous accordions à l’Union europenne dans la préservation de nos « droits acquis » dans le cadre du Protocole Sucre. Les choses changeront, nos revenus baisseront. Il y aura des licenciements.

Tout comme il faut se ressaisir à temps pour ne pas subir des chocs liés à la conjoncture internationale. Il est également impératif de prendre conscience de certaines réalités à Maurice. Non, messieurs les syndicalistes, il n’est pas normal que les employés du privé cotisent davantage pour percevoir la même retraite que vous. Il y a un effort à faire. Et ce n’est pas au gouvernement de le faire.

Les fonctionnaires qui reçoivent des « increments » annuelles doivent réaliser que lorsqu’une entreprise est en difficulté, elle gèle les augmentations de salaire, pour n’accorder que les compensations salariales et bonus imposés par la loi.

Le sens de la solidarité des Mauriciens se mesurera réellement quand le pays entier se retrouvera face à un très grand défi. C’est le cas maintenant. Tandis que les employés du privé devront redoubler d’effort pour être encore plus productifs, ceux du public devront assimiler et comprendre le sens des mots solidarité, patriotisme et réalisme. En acceptant de se défaire de certains avantages. Nous avons trop de droits qui ne sont pas si acquis que cela…

publié le 30 avril 2006

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