Débat sur le débat

Le débat politique n’est pas confiné entre les murs de notre Parlement ou ceux des bureaux politiques de nos partis. Les débats, sur des questions bien réelles et de brûlante actualité, se déroulent aussi désormais dans le monde virtuel. Un tel débat fait actuellement rage sur le site communautaire « Facebook ». Il oppose deux groupes autour de l’« Aquatic Business Activities Bill » (ABAB). Une loi permettant à des opérateurs privés d’exploiter certaines parties du lagon. Ce débat est animé dans les deux camps par des jeunes gens sensés au prime abord. De jeunes étudiants ou professionnels qui se préoccupent sans doute tous de l’avenir du pays.

Mais la tournure qu’a prise le débat trahit malheureusement une des faiblesses des Mauriciens – leur inaptitude à débattre ! En effet, très vite les deux camps se sont mis à s’invectiver. Et l’une des insultes la plus politiquement correcte auprès des jeunes « net citizens » a commencé à fuser. Les deux camps ont en effet commencé à se qualifier mutuellement de « raciste » ou rétrograde. De sorte que désormais, le débat sur le débat consiste presque à répondre à la question suivante : « Est-on raciste si l’on s’oppose à l’ABAB ? » On se rend compte de l’absurdité de ce genre d’argumentaire !

Les modérateurs Internet observent assez scrupuleusement une règle non écrite pour décider du sort et de la longévité d’un fil de discussion sur un forum. En effet, beaucoup d’entre eux jugent qu’on doit clore une discussion dès que les personnes qui y participent commencent à se traiter mutuellement de raciste, antisémite ou d’autres insultes de ce type. Faut-il clore ces débats sur « Facebook » ? Certainement pas !

A samedi soir, 110 personnes faisaient partie du groupe pro-ABAB tandis que 1 249 personnes soutenaient les anti. Il faut bien admettre qu’il est exceptionnel et même très encourageant de voir qu’autant de personnes s’intéressent aux politiques du gouvernement en matière économique et environnementale. On ne peut tuer cette « net-citizenship » locale naissante. Il faut l’encourager. Mais pas non plus l’inciter à reprendre les travers de nos politiciens.

Leur influence malsaine sur les participants à ce débat nous semble évidente. En effet, quels argumentaires et contre argumentaires chocs nos députés servent-ils au Parlement ? Si ce ne sont les très classiques « batchiara » « lariaz » « pagla mamou » « moutouk ». Le Premier ministre, Navin Ramgoolam n’est pas exempt de tous reproches. On questionne l’exploitation commerciale de l’îlot Gabriel par l’un de ses proches ? Il rétorque que c’est une attaque raciste ! Quand l’exemple vient d’en haut, des jeunes gens les mieux intentionnés finissent parfois par le suivre. C’est ainsi que nous pensons que des jeunes gens bien sous tous rapports, qui respectent peu ou prou Navin Ramgoolam, parce qu’il est le boss de leur boss, ou l’ami de leur père, finissent par adopter, faute d’autres arguments, le même registre que lui.

Toutefois l’on ne peut pas s’empêcher de penser que des opposants aveugles à un régime en place trouveront toujours moyen de surfer sur une vague d’indignation contre celui-ci. Aussi, nous sommes certains que quelques-uns des 1 249 membres anti-ABAB, ont surtout un problème à régler avec le gouvernement. Mais même si l’on est anti-ABAB jusqu’à la moelle, certaines vérités demeurent coriaces.

Ainsi, on ne peut nier que le sous-sol de Maurice n’abrite ni pierre précieuses ni minerai. Notre zone économique exclusive n’est pas encore connue pour receler des réserves de pétrole phénoménales. Maurice a peu de ressources. Et nos lagons comptent parmi les seules dont nous disposons et qui soient exploitables. Cette rareté des ressources nous oblige presque à devoir l’exploiter. Cela de manière intelligente et surtout, durable.

Le débat sain, selon nous, est de déterminer comment on pourra tirer profit convenablement de nos lagons en tenant en compte aussi bien les aspects sociaux, écologiques et économiques. Nos « net citizens » sont suffisamment intelligents pour arrêter de se traiter de racistes. Arrêter de prôner le tout ou rien autour de l’ABAB. Pour enfin débattre ensemble autour de la seule question qui vaille : comment et que faire pour mieux exploiter nos lagons ?

publié le 27 juillet 2008

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