Conduite écologique

C’est incontestable, la bonne nouvelle de la rentrée 2007 est bien la baisse du prix des carburants. Une économie hebdomadaire de Rs 400 sur sa facture d’essence ou de Rs 200 sur celle du diesel est une bouffée d’air que personne ne boude. Particuliers et patrons d’entreprises ont effectivement jubilé en apprenant mercredi que les prix de l’essence et du diesel reculent respectivement de 20 % et 12 %. Il ne faut pas bouder son plaisir en cette année de quatrième choc synonyme d’inflation élevée. Car les annonces de baisses ne seront pas si nombreuses que cela. Profitons-en !

Mais il faut toutefois éviter de se féliciter béatement des économies ponctuelles que nous réalisons aujourd’hui pour réfléchir aussi au long terme. En évitant de trop s’attarder sur la bonne campagne de communication de la « Mauritius Broadcasting Corporation » autour du thème « Guette couma gouvernment content ou ! Li fine baiss prix lessence ! » Pour plutôt réfléchir à l’épineuse question du parc automobile du pays. Et à sa phénoménale capacité de pollution.

Certes nos routes ont été largement purgées des usines à fabriquer de la fumée qu’étaient les vieux Datsun, Morris Minor et autres Ambassador. Mais Maurice est encore loin d’avoir une conscience écologique quand il s’agit de protéger l’environnement en utilisant des véhicules verts à faible taux d’émission de gaz polluants comme le CO2.

Pour l’heure les Mauriciens n’adoptent les technologies vertes que parce qu’elles coûtent moins cher. C’est le cas de l’autogas. En effet les 5 000 propriétaires de véhicules qui roulent au gaz propane liquéfié (GPL), le font avant tout parce que cela leur coûte moins cher que l’essence ou le diesel. Et quand on sait que les 315 000 autres véhicules du pays tournent aux carburants polluants, on se dit que Maurice est encore loin de compter parmi les nations avec une vraie conscience écologique !

Ce n’est pas ainsi que Maurice participera, même de manière minime, à contrôler l’effet de serre et la propagation des gaz qui y contribuent. En se tournant vers d’autres horizons, on se rend toutefois compte que c’est le politique et les autorités publiques qui sont les plus à même à inciter un changement de comportement et le recours aux technologies vertes.

En France, c’est en partie grâce à l’insistance des politiques que les flottes de bus des grandes villes du pays carburent au GPL. Aux États-Unis, plus particulièrement en Californie, une des patries de prédilection des grosses cylindrées hyper-polluantes, c’est Arnold Schwarzenegger qui a changé la donne. Le gouverneur californien a, en effet, incité ses citoyens à utiliser des véhicules verts. Avec primes et incitations fiscales à la clé. Mais aussi à l’aide d’une sensibilisation à la question de l’écologie.

Pendant ce temps, à Maurice, on annonce la vente d’un mélange éthanol-essence pour cette année. Un pas dans la bonne direction. Mais qui demeure largement insuffisant. Rama Sithanen, le ministre des Finances, n’aime pas trop qu’on aborde ce sujet. Mais il faut se demander s’il n’est pas utile d’inciter fiscalement les Mauriciens à adopter des véhicules verts, à moteur hybride notamment. En accordant à ce type de voitures un traitement « duty-free ».

En effet, pour l’heure, le prix des voitures hybrides comme la Toyota Prius ou une Hyundai Elantra modifiée flirterait avec les Rs 1,5 million si on les importait. On comprend donc que dans un premier temps, il deviendrait intéressant d’inciter ceux qui peuvent en avoir les moyens, à s’acheter ce type de voiture en les rendant plus accessibles en « duty-free ». Ensuite, c’est un peu un pendant de la chose, de pénaliser, comme cela se fait ailleurs les propriétaires de grosses 4×4 et 2×4 polluantes en les taxant plus. Et en n’étendant le régime « duty-free » qu’aux seuls agriculteurs qui en ont une vraie utilité.

Ici, il n’est plus question de perdre ou de récupérer des revenus fiscaux. Il s’agit plutôt de sensibiliser et de faire adopter au pays entier une conduite écologique. Qui ne pourrait qu’être bénéfique aux générations futures, qu’elles vivent dans notre île ou ailleurs. Vivement que 2007 devienne l’année d’une prise de conscience écologique !

publié le 7 janvier 2007

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