Changeons de billets!

Nos billets de banque arborent les portraits de sept illustres fils du sol. Chacun d’entre eux a contribué, à son échelle, à bâtir les fondations sur lesquelles repose le pays. Ces personnalités méritent amplement leur place sur nos billets. Certes, il manque sir Anerood Jugnauth au tableau. Mais c’est un « oubli » qui sera sans doute corrigé tôt ou tard.

En attendant ce changement, on peut toutefois se demander s’il n’est pas nécessaire de procéder à un toilettage de nos billets. Et de profiter du lancement de la nouvelle famille de coupures pour se débarrasser de certains symboles.

Quand en 1932, la roupie indienne cesse d’être la monnaie officielle de l’île à la faveur de la roupie mauricienne, les « currency commissioners » britanniques jugent utile de continuer à inscrire la dénomination des coupures en langue tamoule et hindi. À ce moment, la considération pratique l’emporte. Ces deux lignes en langues indiennes étaient censées permettre à la forte population locale d’origine indienne, souvent incapable de lire l’anglais, de reconnaître les billets.

Soixante-quinze ans plus tard, que reste-t-il de cette considération pratique ? Pas grand-chose ! Sinon un symbole auquel on attache une importance démesurée. On l’a encore vérifié la semaine dernière. À l’annonce du lancement de la nouvelle famille de billets, des associations socioculturelles ont enjoint la Banque de Maurice (BM) à ne pas réitérer la même erreur qu’en 1998. Quand la BM avait placé l’hindi au-dessus du tamoul sur les coupures. Jetant des centaines de manifestants très en colère dans les rues. Une ire qui coûtera cher au gouverneur et directeur d’alors de cette institution.

Il faut que ces deux lignes auxquelles on accorde une importance démesurée disparaissent. D’abord parce qu’il faut désensibiliser nos citoyens vis-à-vis de certains symboles. En leur faisant notamment comprendre que ce n’est pas en faisant figurer sa langue ancestrale sur un billet de banque qu’on affirme le plus efficacement l’importance ou la contribution de son groupe dans le pays et son histoire.

Ces deux lignes doivent aussi disparaître au nom d’une logique encore plus simple. Quand une banque centrale décrète sur un bout de papier que celui-ci porte la valeur légale pour une certaine somme d’argent… elle le fait dans sa langue officielle. Or, l’Etat mauricien ne s’exprime solennellement qu’en anglais et dans aucune autre langue. Nous ne sommes pas en Inde, où pour respecter la Constitution, la « Reserve Bank of India » fait imprimer la monnaie indienne avec 17 langues : l’hindi, l’anglais et les 15 langues régionales reconnues par la loi suprême de la Grande Péninsule. Si le tamoul et l’hindi ne sont pas les langues officielles de la République de Maurice, ils n’ont pas à figurer sur nos billets de banque !

Si toutefois, la BM, nos dirigeants politiques et les organisations socioculturelles veulent absolument conserver ces symboles – par peur d’un soulèvement populaire ou par attachement – il faut pousser le raisonnement plus loin. Les nouveaux billets de banque devront également contenir des inscriptions en français, cantonais et hakka. Mais aussi, ne l’oublions pas, les langues indigènes que parlaient les esclaves venus à Maurice de Madagascar et du Mozambique. Le pays ne saurait discriminer une vague d’immigrants par rapport aux autres. Il faut soit reconnaître l’apport de tous les immigrants qui ont construit Maurice. Ou alors enlever les deux inscriptions indiennes de nos billets.

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