Atténuer le 4e choc

Le tandem Ramgoolam-Sithanen ne s’est pas privé de rappeler, depuis juillet 2005, que l’état préoccupant de l’économie est largement dû au triple choc que subit Maurice. C’est-à-dire l’érosion de préférences commerciales menant à des pertes substantielles de revenus et d’emplois dans le sucre et le textile-habillement. Ainsi qu’à une flambée des cours du pétrole, plombant considérablement les dépenses énergétiques du pays.

L’un des trois chocs est en voie de résorption. En effet, avec un volume d’investissement en nette augmentation, l’embauche qui repart et surtout un taux de croissance de 6 % prévu cette année, on peut dire que la crise du textile habillement est derrière nous. Mais il n’y a qu’un seul choc qui disparaît. Et les deux autres perdurent.

L’incapacité du gouvernement, et de son chef, à avoir une politique co-hérente et pérenne sur la réforme sucrière, fait qu’un des deux chocs pourrait être plus douloureux que prévu. Nous l’expliquons d’ailleurs dans « l’événement » de cette se-maine. Amnésique sur les engagements pris dans son « Country Stra-tegy Paper », le « Sugar Sector Strategic Plan » et la « Multi Annual Adaptation Strategy », le gouvernement semble s’entêter à se réinventer une réforme. Il perd du temps. Et la conséquence de cette attitude s’avérera grave. Nous le constaterons d’ici une année.

Tandis que le gouvernement se condamne à mal faire sur le dossier sucre, il ne fait que subir le « choc » pétrolier. Quand les prix de l’essence, du diesel et de l’huile lourde grimpent, l’effet est ressenti aussi bien par les particuliers, les entreprises et les comptes du CEB qui produit une part non négligeable de son électricité à partir de l’huile lourde, dont le prix a augmenté de 20 % depuis lundi.

Le terrain est propice pour que le quatrième choc s’installe. À vrai dire, nous y sommes de plain-pied. Les effets de la hausse du pétrole ont des conséquences sectorielles particulières, mais ils contribuent surtout directement à l’inflation dans le pays. En 2006, les seules hausses du prix du carburant avaient fait grimper le taux d’inflation de 1,6 %. Les mêmes causes auront les mêmes conséquences en 2007.

La Banque de Maurice utilise en ce moment même ses outils de politique monétaire pour contenir la poussée inflationniste. Mais elle aurait pu être mieux aidée dans sa tâche si seulement le gouvernement avait agi de manière plus sensée.

Certes, il convient de rappeler que neuf augmentations de prix sur dix n’ont strictement rien à faire avec la politique gouvernementale et obéissent purement aux lois du marché et à la conjoncture internationale. Toutefois, certaines décisions prises par le ministère du Commerce au ti-tre de sa (hasardeuse) politique de contrôle des prix ont eu des conséquences réelles sur le prix des produits que nous consommons.

Procédons à un petit inventaire. Depuis la fermeture de Desbro, le pays connaît une pénurie chronique de fer de construction. Ce qui ne fait qu’alimenter le phénomène du marché noir. Où l’on s’approvisionne à 25 % plus cher que les prix prescrits… quand on tombe sur des « fournisseurs » conciliants. Sinon, il vaut aussi mieux ne pas trop être amateur de lait. Car la guerre déclarée aux importateurs locaux n’a pas fait des victimes que parmi les entreprises, mais aussi parmi les consommateurs. Qui, soit ne trouvent plus leurs marques, ou alors en changent désormais tous les mois pour se rabattre sur une marque moins chère.

Rama Sithanen dans un entretien accordé à un quotidien, cette se-maine, apparaît un brin défaitiste vis-à-vis de la hausse du coût de la vie. Il explique que les salaires doivent augmenter plus vite que le taux d’inflation. Gage de maintien du pouvoir d’achat. Avec la croissance qui repart, ce raisonnement se tient… du moins pour les employés des entreprises les plus performantes.

Sinon, pour tous ceux qui ne sont ni employés dans des entreprises florissantes, ni dans une fonction publique qui s’apprête à toucher le pactole contenu dans le prochain rapport du « Pay Research Bureau », il reste à espérer que le gouvernement sera sage et cohérent dans sa politique de contrôle des prix…

publié le 8 juillet 2007

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :