« Karwa Sach »

Notre éditorial de la semaine dernière nous a valu de nombreux commentaires positifs. Venant aussi bien de lecteurs que de représentants d’organisations luttant inlassablement pour empêcher la propagation du VIH. Nous nous en félicitons. Toutefois, ce que nous écrivions n’était pas adressé à un public de convaincus. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que nous avons lu et écouté les réactions de la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » (MSDTF) et de la « Voice of Hindu ». Deux des organisations dont nous dénoncions la léthargie face à la propagation du virus au sein de la communauté majoritaire.

Il y a un temps pour dénoncer. Il y a un autre temps pour proposer des stratégies de lutte contre la maladie. Mais avant de faire cela, il nous faut répondre à quelques critiques qui nous ont été adressées injustement. Ainsi la MSDTF, lors d’une conférence de presse cette semaine, se demande si nous avons un « hidden agenda ». Nous confirmons. Nous avons bien un agenda… il n’est pas caché. C’est celui d’informer ! Celui de prévenir les esprits bornés et rétrogrades contre les dangers de nier la propagation accélérée du VIH parmi la communauté majoritaire.

D’ailleurs, nous avons bien parlé de propagation du virus. Et non pas affirmé, comme le dit la MSDTF, que c’est la communauté hindoue « qui est la plus infectée par le SIDA ». Cette organisation ainsi que les excités de la « Voice of Hindu » nous ont reproché de ne nous être pas suffisamment informés et documentés avant de formuler notre opinion. L’accusation est sans fondement.

Nous ne sommes pas experts en matière de VIH. Par conséquent, ce que nous avons dit la semaine dernière et ce que nous allons avancer plus loin… tout a été vérifié et contre vérifié auprès des associations et organismes luttant contre le sida. Ce sont eux les experts. Nous nous sommes donc fiés à leurs paroles, constats et statistiques pour nous forger une opinion. La MSDTF nous accuse de ne pas l’avoir contactée avant d’écrire l’article en question. C’est vrai !

Mais nous avons justement choisi de demander aux ONG spécialisées d’évaluer l’implication des organisations socioculturelles sur le terrain. Et leur constat a été des plus sévères. Cette semaine encore un responsable d’ONG nous affirme que « le vrai danger viendra de la communauté hindoue », tant que ses membres et les dirigeants de ses associations refuseront de commencer un vrai travail de terrain.

Mais arrêtons les attaques et accusations pour émettre des critiques constructives. La MSDTF rappelle que ses pandits ont reçu une formation sur le VIH. Le Conseil des religions nous a également expliqué que depuis janvier 2007, des sessions de sensibilisation ont été effectuées auprès des « pandits ». Nous avons même été agréablement surpris d’apprendre que certaines associations ont proposé d’inclure un module d’enseignement sur le VIH dans les cours offerts à leurs futurs prêtres. Ce sont des pas dans la bonne direction. Mais ils demeurent insuffisants.

Ce que la MSDTF et les autres associations ne semblent pas vouloir comprendre, c’est que ce type d’action n’est pas suffisamment efficace. Nous avons assisté à nombre de mariages et cérémonies religieuses hindous. Et jamais nous avons entendu un seul prêtre évoquer la question du sida. Nous les comprenons. Ce n’est pas en plein « pravachan » (prêche religieux) qu’un « acharya » expliquera la nécessité de porter des préservatifs. Tout comme aucun pandit ne profite de la fin d’une cérémonie de mariage pour discourir sur la nécessité de procéder à des tests de dépistage.

La seule méthode qui vaille, c’est le terrain ! Et nous persistons à dire que les organisations hindoues n’y sont pas présentes. Nous nous félicitons de l’annonce de la MSDTF sur le fait qu’elle lancera bientôt une campagne nationale d’envergure sur le VIH. Il faut que l’« Arya Sabha » et d’autres associations lui emboîtent le pas. En se souvenant que ce ne sont pas quelques prêches auprès de quelques notables de quartiers qui marcheront.

Il faut qu’elles parlent directement aux jeunes des villages reculés de Pamplemousses ou de Savane. Pour leur expliquer qu’un préservatif ne sert pas qu’à prévenir les grossesses. Mais aussi à ne pas contracter les maladies sexuellement transmissibles. Il faut que ces associations parlent crûment et concrètement des comportements à risque. Tout en encourageant, pour ceux qui le désirent, la possibilité de se faire dépister. Et en dédramatisant le test.

Non, tout n’est pas en train d’être fait. Oui, les associations hindoues sont toujours dans le registre du déni. La semaine dernière nous avons étalé une « Karwa Sach », une dure réalité. S’il faut qu’on dise les choses aussi crûment pour que la MSDTF et les autres sortent de leur torpeur, nous ne pouvons que nous en féliciter. « Jagte Raho » !

publié le 14 septembre 2008

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :