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Quand le gouvernement veut…

C’est la grande révélation de cette fin de semaine. Quand le gouvernement veut… il peut. C’est ce que nous évoque la célérité avec laquelle le pouvoir cherche à légiférer pour permettre les interruptions volontaires de grossesse (IVG) sous certaines conditions. Il ne se sera en effet passé que dix jours entre l’annonce du projet d’amendement du Code pénal par le Conseil des ministres et la première lecture du texte au Parlement ce mardi.

Les Mauriciens, naturellement enclins à tout politiser à outrance, se sont empressés de voir un signe dans cette soudaine accélération de l’agenda gouvernemental au sujet de l’IVG. Pour eux, c’est une évidence. Le pouvoir cherche à dissimuler sa perte de vitesse post 1er-Mai en détournant l’attention du public et des médias avec l’épineux débat sur l’IVG. Ils ont peut-être raison… ou tort. Ce qui est certain, par contre, c’est que le débat autour de l’IVG est enclenché. Tant mieux. On peut d’ailleurs se féliciter de plusieurs choses à ce sujet.

Commençons par l’attitude des partis politiques. La question de la légalisation (même partielle) de l’IVG est extrêmement sensible. Elle fait appel au sens des valeurs de chaque député. Aussi ne pouvons-nous qu’applaudir la saine attitude de tous les grands partis politiques par rapport à l’amendement au Code pénal. A l’exception du PMSD – qui s’est collectivement prononcé en faveur de la nouvelle loi –, ils ont en effet tous fait savoir qu’ils permettront à leurs députés de voter le texte selon leurs convictions profondes. C’est cela l’approche « pro-choice » !

Cette ouverture d’esprit générale chez les politiques n’a d’ailleurs nullement été entachée par une quelconque poussée de fièvre religieuse. Si, dans le passé, une personnalité a affirmé appartenir à une religion avant d’être ministre, l’opposition de Patrick Assirvaden à la nouvelle loi a, elle, été exprimée de manière beaucoup plus sobre. Sans que sa foi ne lui serve d’alibi pour ne pas assumer ses responsabilités politiques.

L’attitude des hommes et femmes de foi est probablement l’autre surprise du débat. On s’attendait à voir l’île Maurice religieuse se dresser collectivement contre la proposition de loi. Mais il n’en est rien. Si l’Eglise catholique reste farouchement opposée à toute idée de loi IVG, elle est toutefois bien moins entourée et soutenue qu’on ne l’aurait pensé. Déjà, deux membres du Conseil des religions – Majeed Korumtally et Ved Gopee – ont adopté une position nuancée sur l’amendement au Code pénal.

La multiplicité de points de vue et d’approches sur la question  explique probablement pourquoi le Conseil des religions aura beaucoup de mal à adopter une position collective à ce sujet. Plus globalement, les mêmes raisons empêcheront la création d’un front commun représentatif de tous les courants religieux du pays contre la proposition du gouvernement. C’est une bonne nouvelle en soi. Car même si le front moralo-religieux a son mot à dire dans le débat, il ne pourra pas affirmer que les grandes confessions présentes à Maurice combattent farouchement et unanimement l’IVG.

L’unanimité règne, en revanche, sur le fait que le débat sur la question s’est démocratisé. Depuis vendredi dernier, de nombreux acteurs de la société civile se sont exprimés et ont pris position. Quotidiennement, la presse s’est fait l’écho des différents courants d’opinion. Le groupe Facebook de l’express dimanche, à lui seul, a accueilli environ 700 commentaires (de citoyens, d’économistes, de médecins, de députés et même de l’Attorney General) au sujet de l’IVG. Toutefois, au-delà du oui ou non, le débat doit également gagner en profondeur. Car l’adoption de cette loi n’est pas la seule réponse à un problème de santé publique complexe.

Les débats parlementaires peuvent donc être l’occasion d’évoquer des incongruités légales qui empêchent les couples de gérer leur santé reproductive. Ainsi la Medical Council Act interdit aux médecins de pratiquer la ligature des trompes chez la femme ou la vasectomie chez l’homme – deux méthodes prévenant très efficacement les grossesses non désirées. Malgré l’interdiction, ces interventions sont courrantes. Le débat doit également, dans les jours à venir, permettre une réflexion latérale sur ce type d’incohérence. Vivement que les députés commencent à les débusquer…


Non à l’avortement…

C’est assez rare pour être souligné. Le gouvernement a démontré un courage certain ce vendredi. En annonçant son intention de modifier notre code pénal afin de légaliser les interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans certains cas. Une fois déposé à l’Assemblée nationale, le projet d’amendement devra être débattu, voté, puis promulgué. Autant dire que le changement n’est pas imminent. Entre-temps, les militants anti-IVG vont bruyamment se faire entendre pour tenter d’empêcher cette avancée législative et sociale. Aidons-les donc par avance. Explorons la palette du non… Non à l’avortement parce que le Tout-Puissant est juste. Les tsunamis et les accidents mortels, les meurtres… et les grossesses, même celles de gamines de 12 ans, sont ses œuvres. Qui sommes-nous donc pour les contrarier ? Non à l’avortement car une alternative miraculeuse existe. La femme qui tombe enceinte à la suite d’un viol, ou l’adolescente victime d’un proche incestueux n’ont qu’à attendre patiemment la fin de leur grossesse pour ensuite donner l’enfant à adopter. Simplissime, n’est-ce pas ? Non à un cadre légal régissant l’IVG parce que cela aide le commerce. Les femmes des milieux aisés peuvent, en toute discrétion, recourir aux services coûteux de diverses cliniques privées du pays ou de certains médecins « spécialisés ». Toutes les autres, notamment de la classe ouvrière, n’ont qu’à se faire prendre en charge dans une officine de quartier où le « traitement » peut se faire avec une baleine de parapluie ou d’obscurs médicaments et décoctions. Peu importe si ce type d’intervention mène à des septicémies mortelles… Non à l’avortement, car les adolescents sont crédules et peuvent tous être amenés à croire que l’abstinence est la seule solution pour ne pas avoir d’enfants. Pas besoin, du coup, de lancer des cours d’éducation sexuelle dès la fin du cycle primaire. Même si les adolescents ont leur premier rapport sexuel de plus en plus précocement, on pourra toujours leur dire qu’il est inutile d’être sensibilisés par rapport aux différentes méthodes de contraception et à la sexualité en général. Car n’oublions pas, l’abstinence règle tous les problèmes ! Non à l’avortement, parce que le statu quo actuel permet aux politiques de rester dans les bons cahiers des associations socioreligieuses. Le soutien de celles-ci étant fort utile dans certaines circonstances, il ne vaut pas la peine de se les mettre à dos pour une peccadille comme la question de l’avortement. Qui est tout sauf un problème de santé publique grave. Les politiques progressistes comme Nita Deerpalsing, Satish Faugoo, Aurore Perraud, Steve Obeegadoo ou Leela Devi Dookun-Luchoomun n’ont donc qu’à la fermer. Les opposants à l’IVG ont toutefois tort de penser qu’il leur sera facile de fausser le débat à l’aide d’un répertoire de langage prêchi-prêcha et en faisant appel au sens moral des députés et de leurs concitoyens. Car la question de l’IVG n’est pas une question morale. Mais concerne plutôt la santé publique et la faculté de l’Etat à encadrer et à protéger des femmes en détresse ou dont la santé pourrait être mise en danger lors de leur grossesse. Plus généralement, ce débat concerne les droits humains et la possibilité qui est donnée aux femmes de gérer leur vie. Il est donc sain que les Mauriciens participent pleinement au débat sur le projet de loi qui est en préparation. Sur le terrain virtuel, le débat est déjà bien enclenché et se déroule de manière civilisée. Le groupe Facebook de l’express dimanche a ainsi accueilli plus de 200 commentaires sur la question depuis vendredi soir. Mais les discussions doivent désormais gagner le grand public. Les anti-IVG ont bien évidemment le droit de défendre leur opinion. Mais il leur faudra savoir qu’un nombre grandissant de Mauriciens considère que le statu quo ne peut plus prévaloir sur la question de l’IVG. Il est donc temps de dire non à l’avortement… du débat.


À l’épreuve de la foule

Il n’y aura pas de match nul. Les rassemblements politiques de ce 1er-Mai livreront un seul vainqueur. Il en est ainsi parce que les blocs Parti travailliste/PMSD et MSM/MMM se sont laissé enfermer dans une logique du nombre. Leurs leaders respectifs en assumeront les conséquences. Elles pourraient être lourdes.

Le pays ne traverse pas une de ces périodes de mi-mandat habituellement marquées par une certaine torpeur au niveau politique. Depuis le 1er mai 2011, l’Alliance de l’avenir a explosé en vol, sir Anerood Jugnauth a démissionné de la présidence pour reprendre un rôle politique de premier plan. Enfin, une alliance MSM/MMM a désormais pour ambition de bouter rapidement Navin Ramgoolam hors du pouvoir.  Du coup, les meetings du 1er-Mai de cette année obéissent à une autre logique. Ils sont de véritables tests. Dont il convient d’établir la note minimale pour réussir.

Nous ne sommes pas à la veille d’élections générales. Il est donc illusoire d’espérer une réédition des scores des meetings du 1er-Mai de 2010. Selon les estimations de l’express dimanche, la défunte Alliance de l’avenir avait alors rassemblé entre 30 000 et 32 000 partisans à Vacoas tandis que le MMM avait drainé une foule de 18 000 à 20 000 personnes à Port-Louis. Ce mardi, toutefois, le « pass mark » pour les alliances PTr/PMSD et MSM/MMM se situera plutôt autour de 12 000 personnes.

Ce score n’est en rien inatteignable. Un bon meeting de mi-mandat du PTr attire habituellement de 8000 à 10 000 personnes, le MMM n’est d’habitude pas trop à la traîne avec 2000 à 3000 sympathisants en moins. Or, à l’approche des échéances électorales ou quand les démonstrations de force deviennent nécessaires, chaque parti arrive à remobiliser ses troupes. Ainsi, le 1er mai 2009, le PTr avait réuni  13 000 personnes à Vacoas. Tandis que le MMM et le MSM attiraient une foule cumulée de 12 000 partisans (9000 mauves à Rose-Hill, 3000 blancs à Saint-Pierre). Il s’agira, pour l’opposition, de rééditer (au moins) ces chiffres mardi.

En théorie, les deux blocs politiques sont en mesure d’y arriver. L’alliance au pouvoir a déjà démontré sa supériorité logistique à cette fin. Si les 300 autobus de la CNT réservés par le PTr roulent à moitié vide, ils déverseront malgré tout un flot de 9000 personnes à Vacoas. Il n’est pas interdit de penser que 3000 autres sympathisants s’y rendront par d’autres moyens…

Du côté de la nouvelle alliance MSM/MMM, l’essai est tout aussi transformable. Même si des cadres rouges clament le contraire, la campagne de mobilisation de l’opposition a été plutôt satisfaisante. Patrick Assirvaden peut chercher à travestir la vérité (lire son interview en pages 18-19), il n’en demeure pas moins vrai que SAJ a attiré une foule d’un millier de personnes à Rivière-du-Rempart ce lundi. L’effet de curiosité de ceux qui cherchent à constater de visu « si ankor ena lor bolom la », cumulé aux efforts de mobilisation du MMM et du MSM, ne peuvent donc qu’augurer d’une bonne performance de l’alliance de l’opposition à Port-Louis.

Trois scores peuvent donc être enregistrés à l’issue du match de mardi. Un seul d’entre eux pourrait être préjudiciable à l’opposition. En effet, si le bloc MSM/MMM réunit une foule nettement inférieure à celle de Vacoas, la messe sera dite. La mayonnaise, que le PTr ne voyait pas monter, retombera rapidement. Privée de l’effet d’entraînement d’une grosse mobilisation, l’alliance  MSM/MMM pourrait peiner à garder ses troupes mobilisées durant les mois à venir et perdre l’attrait qu’elle exerce chez certains membres de la majorité parlementaire. À terme, cela conduira à son implosion. Quand ses dirigeants réaliseront qu’il leur sera difficile de tenir la distance qui les sépare de 2015.

Les deux autres scores demeurent toutefois à l’avantage de l’opposition. En cas d’égalité, l’alliance MSM/MMM pourra tout à fait s’enorgueillir de sa performance malgré les moyens logistiques largement supérieurs de l’adversaire. SAJ et Paul Bérenger envisageront alors les mois suivants avec davantage de sérénité. Ce sentiment céderait la place à l’euphorie si jamais l’alliance MSM/MMM remportait la bataille des foules. L’opposition compte sur cela pour enclencher une suite d’événements irréversibles qui commencerait par une plus forte adhésion populaire pour culminer avec la mise en minorité du gouvernement au Parlement grâce à la démission de trois ou quatre membres de l’équipe de Ramgoolam.

Le champ des possibilités de ce qui pourrait se produire à partir du 1er mai est encore ouvert. SAJ, Bérenger et Ramgoolam ont un jour pour s’assurer que la suite des événements corresponde à leurs plans. En attendant que ceux-ci soient déjoués, un jour, par un sursaut populaire. Dont le premier acte pourrait être tout à fait symbolique :  le boycott des meetings politiques du 1er-Mai !


Ramgoolam et la presse… une love story

C’est une tactique vieille comme le monde : la volte-face. Navin Ramgoolam l’utilise en ce moment même avec l’un de ses meilleurs ennemis, la presse. Depuis l’affaire Medpoint et l’éjection des députés MSM du gouvernement, le Premier ministre semble avoir adopté une attitude différente vis-à-vis des médias. Le ton n’est plus (systématiquement) à la confrontation. Le Premier ministre communique, écoute, répond aux questions et demeure étonnamment accessible. C’est que depuis l’éclatement de l’affaire du rachat de la clinique Medpoint par l’Etat, il veut faire de la presse son allié objectif. Dans une certaine mesure, il y est parvenu, ce qui est inquiétant quelque part …

Mais l’épisode de tension entre sir Anerood Jugnauth et la démission subséquente de ce dernier de la présidence a changé la donne. Ces dernières années, l’offre médiatique des adversaires du pouvoir se résumait au langage et aux formules rebattues de Paul Bérenger. Paradoxalement, du haut de son âge vénérable, SAJ a considérablement dépoussiéré les exercices de communication de l’opposition. En leur conférant sa touche et son humour si particuliers. C’est ce qui explique pourquoi chacune de ses sorties publiques est courue par les journalistes. Qui voient là une source quasi certaine de « headline material».

Bien conseillé par ses communicants, le Premier ministre a choisi de réagir peu avant la démission de SAJ de la présidence. Interview exclusive accordée à l’express dimanche, conférence de presse, un entretien inédit diffusé en simultané par toutes les radios privées du pays… Navin Ramgoolam ne lésine plus sur les moyens pour reprendre la main médiatique. Il est un peu tôt pour savoir s’il y est vraiment arrivé.

Néanmoins, ce qu’on peut d’ores et déjà constater, c’est que Ramgoolam consent à certains sacrifices pour arriver à ses fins. Ce n’est pas un secret, le Premier ministre n’apprécie guère qu’on se mêle de sa vie privée. Or ce jeudi, il a semblé se forcer à répondre à toutes les questions posées sur son campement de Roches-Noires. La réaction du Premier ministre avait été moins contenue à la suite d’un article de l’express dimanche publié le 15 mai 2011. Nous révélions dans celui-ci que Ramgoolam est propriétaire, avec son épouse, du désormais fameux campement depuis septembre 2010. Une acquisition effectuée grâce à un emprunt de Rs 45 millions contracté auprès de la Bramer Bank. Cela nous avait valu des menaces d’action en justice de la part de l’avoué du Premier ministre. Les poursuites n’ont toutefois jamais été intentées. D’autres menaces sont, elles aussi, restées en l’air…

Celles-ci concernent plus globalement la presse à travers le Media Commission Bill dont la gestation dure depuis une éternité. Ramgoolam a maintes fois prévenu la profession du durcissement inévitable des lois la régissant. En accompagnant sa menace d’un avertissement supplémentaire : « Pa vinn planye apre. » Or, le discours-programme de lundi dernier est étonnement « soft » à ce chapitre.

Le texte lu par SAJ en 2010 avait, lui, été autrement plus précis. Il annonçait la mise en place d’une « media law reform ». Toutefois, désormais le changement semble circonscrit à la protection de la vie privée et de la réputation des citoyens. Tandis que la volonté du gouvernement d’aider à la formation des journalistes du pays est réitérée… « strongly ». Ce souhait était tout bonnement absent du discours-programme de 2005-2010, et relégué au second plan dans celui du gouvernement bleu-blanc-rouge en mai 2010.

Ainsi fonctionne donc maintenant Ramgoolam. Doit-on s’en féliciter ? Pas nécessairement. Car sous l’apparence d’une certaine détente de ses relations avec les médias, le Premier ministre continue à autoriser le boycott publicitaire de certains titres de presse. Plus fondamentalement, Ramgoolam continue à nourrir la même méfiance maladive envers les journalistes. Celle-ci s’exprimera à nouveau quand le Premier ministre pensera en avoir terminé avec Bérenger et SAJ. Pour Ramgoolam, la presse redeviendra alors son meilleur ennemi. Il ne faudra pas alors trop s’en inquiéter. C’est qu’on a l’habitude…


MSM, ton univers impitoyable…

La démission de sir Anerood Jugnauth de la présidence de la République n’était pas suffisante. La déclaration de Paul Bérenger indiquant que le « remake de 2000 » est non seulement « on » mais « done » n’était, elle non plus, pas assez explicite. Il a donc fallu attendre que l’assemblée des délégués du MMM annonce la bonne parole de manière définitive hier : Medpoint 2 est conclu et avalisé. L’enthousiasme qui en découle a atteint un degré tel que dans les rangs du MSM, on n’hésite désormais plus à affirmer que le gouvernement sera considérablement fragilisé avant le 1er mai. Car des ministres renégats s’apprêtent à rejoindre les rangs de l’opposition. Celle-ci devrait toutefois essayer de contrôler son euphorie. C’est même d’une forte dose de lucidité et de retenue dont elle a aujourd’hui besoin.

 

Ce constat, quelques proches de sir Anerood Jugnauth le font déjà. Mais peinent toutefois à le partager avec le leader de l’alliance MSM/MMM. De peur de toucher à la corde sensible de l’entente père-fils. Leur mise en garde concerne d’abord l’attitude du leader du MSM par rapport à ceux qu’il considère comme ses adversaires. A Navin Ramgoolam, Pravind Jugnauth avait demandé la tête de Rama Sithanen. A Bérenger, il a exigé et obtenu celle de son oncle Ashock Jugnauth. Sauf que cette décision pourrait coûter très cher à Pravind Jugnauth.

 

Le raisonnement est simple. Depuis les élections générales de 1991, Ashock Jugnauth a fait de la circonscription n°8 (Moka/Quartier-Militaire) son bastion. Il y a tissé un solide réseau de soutiens qui lui est toujours acquis et dont les membres digèrent moyennement le parachutage de Pravind Jugnauth dans la circonscription depuis l’élection partielle  de mars 2009. Aujourd’hui, l’entourage de SAJ estime à environ 5 000 le nombre de votes qu’Ashock Jugnauth est susceptible de mobiliser lors d’un suffrage au n°8. Des votes directement ponctionnés du capital  électoral du MSM.

 

Ce qui nous amène au deuxième temps du raisonnement. Ashock Jugnauth affirme, pour l’heure, vouloir se représenter devant son électorat. La question demeure toutefois : dans quelle configuration ? S’il le fait sous la bannière de son one-man-party, l’Union nationale, l’oncle Jugnauth n’a aucune chance d’être élu. Même s’il bénéficiera d’un certain élan de sympathie du fait de son statut de « victime de mon neveu ». Si Ashock Jugnauth ne regagnera pas les travées du Parlement, il chamboulera toutefois le résultat final du vote au n°8.

 

Hormis les périodes de raz-de-marée électoral, le différentiel des suffrages entre le troisième et le quatrième candidat à Moka/Quartier-Militaire ne dépasse pas 3 000. Or, si Ashock Jugnauth arrive à mobiliser un minimum de 5 000 votes, il sera alors en mesure de peser drastiquement sur le résultat final de cette circonscription. L’autre député assidu du n°8, Suren Dayal, qui y a posé ses valises depuis les élections de 1995, ne devrait pas, a priori, en souffrir. Il pourrait même profiter de la dispersion des votes de l’opposition pour y assurer la victoire du camp travailliste.

 

Sans battre d’un cil, un proche de MSM évoque l’autre scénario « pas improbable ». Celui du passage d’Ashock Jugnauth au Parti travailliste. Dégoûté par le MMM, incapable de revenir aux côtés de SAJ et de son neveu, des proches d’Ashock Jugnauth le disent susceptible de rejoindre l’ennemi juré d’hier. Un ticket Ashock Jugnauth-Suren Dayal équivaudrait à une victoire assurée dans la circonscription. « Le PTr n’aura même pas à attaquer son adversaire, Ashock Jugnauth se chargera de dénoncer son frère, son neveu, le système du MSM et la fourberie de Bérenger qui a consenti à le laisser tomber. » L’analyse d’un « well wisher » du MSM doit faire froid dans le dos des dirigeants du parti. Car elle implique une chose : la défaite certaine de Pravind Jugnauth. Et l’enrayement de la mécanique de succession au sein de l’accord Medpoint 2.

 

En cas de victoire d’une alliance MSM/MMM dans l’île mais d’une défaite de Pravind Jugnauth au n°8, ce dernier serait en effet contraint de faire de la figuration, en tant qu’Attorney General au sein d’un futur gouvernement, tout en étant incapable d’accéder au poste de vice- Premier ministre. Cette configuration modifierait considérablement la logique de Medpoint2. Et consoliderait l’impression générale que cet accord n’est en fait qu’une alliance MMM/SAJ. Dans laquelle SAJ ne détient que l’apparence du pouvoir. Et si c’était cela le vrai coup de maître de Bérenger ? Sacrifier l’oncle pour mieux éliminer le neveu…


La bataille des « carapates »

Si l’invasion a été soudaine, elle était néanmoins attendue. Les parasitologues locaux ont donc réussi à déterminer assez vite la nature de la menace. Il s’agit d’une espèce connue d’arachnide parasite à deux pattes qui prolifère dans le pays depuis des années : la tique politique. Communément appelée « carapate » ou « roder bout » à Maurice.

Les habitudes de reproduction et de prolifération de ce parasite sont encore méconnues. Trois éminents experts locaux dans l’étude de la « carapate », Paul Bérenger, sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam, ont toutefois grandement aidé à mieux cerner le comportement de ces bêtes. Chacun d’entre eux est allé jusqu’à donner de sa personne pour faire avancer la recherche. Notamment en s’entourant volontairement de plusieurs de ces bêtes durant de nombreuses années. En 2012, aussi bien Ramgoolam, Jugnauth que Bérenger persistent à défendre le bien-fondé de cette technique d’étude. Ils conservent donc chacun un certain nombre de « carapates » auprès d’eux.

C’est une méthode payante. Ainsi c’est SAJ qui a été le premier à réaliser une découverte majeure sur les habitudes migratoires des carapates vers le milieu des années 90. Une avancée qu’il résuma à travers la formule « karapat sanz lisien ». Il déduisit que l’arachnide à deux pattes est extrêmement sensible au climat politique. Plus celui-ci est perturbé, plus la « carapate » s’agite. Et dès que des réalignements s’opèrent, le parasite entame sa grande migration. Quittant un parti pour aller s’accrocher à un autre. SAJ démontra également que seules les petites « carapates » s’excitent durant les premières phases d’instabilité. Les parasites les plus puissants et expérimentés attendent, eux, que le réalignement politique soit total et irréversiblement à l’avantage d’un parti pour se précipiter vers celui-ci.

La contribution de Ramgoolam et Bérenger à la recherche ne peut toutefois être minimisée. A eux deux, ils ont en effet révolutionné la classification de cette espèce d’arachnide. Leurs travaux ont ainsi permis de conclure qu’il n’existe pas une mais quatre sous-espèces de « carapates » dans le pays. En haut de la pyramide trône la « super carapate ». Même si ce parasite-là est « gro fey » ou « intellectuellement limité », il n’a aucune difficulté à s’accrocher au parti politique de son choix. Bien né, ou disposant d’un patronyme « premium », ce type de « carapate » est considéré comme étant la sous-espèce la plus robuste et adaptable.

Arrive ensuite la « carapate grégaire ». Celle-là, comparée aux autres sous-espèces, joue la carte collective. Elle prétend toujours représenter la majorité de ses congénères et promet au parti qui la recueille, le soutien et la reconnaissance éternels des siens. Accueillir ce genre de parasite implique souvent de confier quelque avantage à lui-même ou à l’un ou plusieurs de ses congénères préalablement désignés. Suit candidement la « carapate has been ». Souvent, celle-ci est une ancienne gloire du parasitage ayant traîné ses crocs dans plusieurs partis. Incidemment, ce type de « carapate »  se distingue par le fait d’avoir été assez insipide dans ses responsabilités antérieures de ministre, ambassadeur ou conseiller municipal. Cette sous-espèce arrive néanmoins à trouver une petite place dans un parti voulant bien d’elle dans une conjoncture précise. Enfin, c’est la « caparate vulgaris » qui clôt la hiérarchie. Sans envergure, elle ne se fait accepter par un parti politique que sur de très courtes périodes avant d’être sacrifiée sans ménagement par son hôte et de tomber dans l’oubli.

Selon les parasitologues moins établis du pays, ce sont seulement les « carapates has been » et « vulgaris » qui se sont manifestées pour l’heure. Ils estiment que rien ne prouve que les « carapates » de première catégorie entameront bientôt leur migration. Cette assertion est néanmoins très loin de faire l’unanimité parmi les trois éminents experts locaux en la matière. En effet, alors que Ramgoolam affirme que la migration des grandes « carapates » attendra, SAJ et Bérenger pensent qu’elle a déjà commencé. Cette divergence d’experts n’est toutefois pas très grave. Ce qui l’est, par contre, c’est le fait que les trois éminences grises du parasitage semblent volontairement nier l’existence de certains travaux sur les « carapates ».

Ces derniers démontrent que ces parasites sont les vecteurs de quelques graves maladies affectant les politiques. Notamment la schizophrénie, le délire paranoïaque et la mégalomanie. Les parasitologues internationaux suggèrent par conséquent qu’une campagne d’éradication totale de l’espèce soit menée à Maurice. Mais Bérenger, SAJ et Ramgoolam ne l’entendent pas ainsi. En effet, ils souhaitent effectuer d’autres expérimentations sur les « carapates ». Ce sera bien évidemment à leurs risques et périls…


La voie B de Ramgoolam

Admettons que le tandem sir Anerood Jugnauth/ Paul Bérenger réussisse son coup. Que le 23 ou 30 avril prochain, le gouvernement de Navin Ramgoolam succombe, foudroyé par une motion de censure à l’Assemblée nationale. Le story-board idéal de l’alliance MMMSAJ prend alors forme. Ramgoolam organise précipitamment des élections générales anticipées, le verbe simple mais efficace et l’aura de SAJ font le reste. La victoire est acquise. C’est à quelques nuances près ce que s’imaginent les sympathisants de l’alliance MMM-SAJ.

Ils ont tort. Ramgoolam, dont les qualités de stratège se sont développées depuis sa défaite de 2000, ne manquera pas de réagir avec vigueur. Les seconds couteaux rouges croient savoir que la stratégie de leur patron va s’articuler autour de deux grands axes : décrédibiliser SAJ en réduisant son image à celle d’un vieillard sénile… avec l’aide bienveillante de la MBC. Ensuite laisser éclater quelques « affaires » auxquelles seraient mêlés des cadres du MSM. Les transactions autour d’un hôtel du littoral ouest ainsi que la saisie d’une cargaison de bois de rose à Maurice en 2011 feraient partie du package.

Cette stratégie serait toutefois contreproductive. D’abord parce que même avec ses 82 ans au compteur, SAJ dégage une aura de « bon père de famille » dont les propos interpellent la classe moyenne du pays. Ensuite attaquer ses adversaires sur le terrain des affaires, c’est s’exposer à en voir révéler d’autres en retour durant la campagne. Le pacte des loups liant les grands partis politiques est solide. Les deux camps se contenteront probablement d’insinuations lors de la campagne électorale. En évitant d’aller au bout de leurs démarches de dénonciation.

Reste alors la voie B… comme Bérenger. De 2000 à 2003, SAJ a été un Premier ministre « back seat » se contentant d’assurer une présence rassurante, voire dissuasive, au lieu d’incarner et d’exercer concrètement l’autorité au sein du gouvernement MSM/MMM d’alors. Si SAJ revient au pouvoir pour une période de trois ans, il sera probablement totalement réduit à un rôle de « token PM ». Si SAJ est de nouveau « in office », de toute évidence, c’estbien Bérenger qui sera « in power » et « in control ». Là est le point faible de l’accord MMM-SAJ.

Ce deal, taillé pour SAJ, ne laisse en effet que très peu de place à l’épanouissement des cadres MSM – voire de Pravind Jugnauth lui-même – au sein du futur gouvernement d’alliance. L’actuel leader du MSM coure ainsi le risque très réel de ne pas se retrouver sur le front bench d’un futur gouvernement MMM-SAJ. Plus grave encore, alors que le maroquin des Finances lui avait été servi sur un plateau en septembre 2003, rien n’indique que Pravind Jugnauth pourra légitimement prétendre au même fauteuil. Celui-ci devrait logiquement revenir à Vishnu Lutchmeenaraidoo à un point ou un autre de l’éventuel mandat du gouvernement MMM-SAJ.

Concrètement, Ramgoolam tient là le tableau idéal pour dérouler son argumentaire anti-MMM classique. Articulé autour de la présumée propension de Bérenger à vouloir exercer le pouvoir sans partage. Cette stratégie repose sur le fait qu’une élection opposant SAJ à Ramgoolam n’est pas prioritairement tranchée dans les circonscriptions urbaines. Mais dans la dizaine de circonscriptions constituant la Hindu Belt, d’où le MSM et le PTr puisent leur soutien électoral historique. Navin Ramgoolam n’inventera donc rien. Il agitera le même spectre que celui de décembre 2003. Lors de la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart, il avait refusé le défi lancé par Pravind Jugnauth, préférant rappeler à l’électorat qu’il s’agissait, en fait, de choisir entre Bérenger et Ramgoolam. Les électeurs de la circonscription avaient clairement choisi leur camp. C’est face à ce même choix que Ramgoolam placer l’électorat dans le cadre d’une future campagne électorale.

Le leader du Parti travailliste minimisera les « divagations » de sir Anerood Jugnauth tout en mettant l’accent sur le fait que face à un SAJ de plus en plus effacé, voire amoindri, et à un Pravind Jugnauth au rôle réduit, Bérenger dirigera comme il le veut le futur gouvernement. C’est là un tableau susceptible de réveiller des peurs irrationnelles dans une partie de la population. Ramgoolam le sait, il utilisera donc cet élément à son avantage. Mais SAJ le laissera-t-il vraiment faire ?


Jumbo, je t’aime trop (II)

J’ai le bonheur ou le malheur ( c’est selon ) de travailler à 5 minutes du centre commercial de Jumbo Riche-Terre. Presque dix années de voisinage, ça rapproche. Aussi, c’est à ce supermarché que je fais la plupart de mes courses.

Cette activité n’est en rien anodine. Car elle me fait parfois tomber sur les offres commerciales les plus alléchantes. Comme Jumbo, il nous aime trop…il trouve moyen de nous faire ce genre de promo:

Faire ses courses à Jumbo peut, par ailleurs, être une activité plus périlleuse, comme l’en atteste cet épisode que je vous ai raconté, il y a trois ans…

J’ai appris qu’une cliente du supermarché a connu la même mésaventure il y a quelques jours. Celle-ci, s’est mise en tête de raconter sa mésaventure à la terre entière à coup de mails expédiés à des centaines de personnes. Du coup, j’ai noté un changement de taille au supermarché de Riche-Terre. Les tablettes de chocolat ont été transférées au…rayon frais. Si ma déduction est bonne, les “moutouks” ne doivent que moyennement apprécier le froid !

Reste plus maintenant qu’à trouver une solution pour éradiquer les insectes qu’on retrouve dans CHAQUE boite de semoule Casino (grains moyens) achetée au Jumbo !!!


En attendant les « Amnésie Awards »

Les délibérations du jury se sont tenues dans le plus grand secret. C’est d’ailleurs dans la discrétion absolue qu’un panel d’éminents experts s’est rendu à Maurice, il y a quelques jours, dans le cadre du concours international « Amnésies politiques ». Celui-ci récompense les personnes qui tirent avantage de leur amnésie pathologique ou feinte à des fins politiques. Officiellement, le Top 5 de l’Amnésie politique à Maurice ne sera connu que lors d’une grande soirée au mois de juin. Mais nous avons pu nous procurer le compte-rendu des délibérations du jury. Les voici…

5e place : Yatin Varma. Le jury a particulièrement apprécié le discours de l’Attorney General (AG) ce mercredi. Les experts internationaux disent, lors de leurs délibérations, avoir constaté que Varma a su exploiter ses problèmes de mémoire pour attaquer le président de la République. En effet, l’AG a expliqué avec verve que les années 1980 avaient été « sombres » pour la liberté de la presse. Tout en omettant de préciser que durant les années 1970, la presse était soumise à un régime de censure avant publication par le pouvoir travailliste d’alors. Mais – plus important encore – l’AG a « oublié » que durant les cinq dernières années, plusieurs journalistes ont été arrêtés et des groupes de presse boycottés par son propre gouvernement.

4e place : Pravind Jugnauth. Les récentes prestations du leader du MSM au sujet du « remake de 2000 » ont été qualifiées de très crédibles par le panel. Ce dernier a, par exemple, particulièrement apprécié l’amnésie totale de Pravind Jugnauth par rapport à ce qu’il disait il y a à peine un an sur Paul Bérenger. Ce dernier, futur Premier ministre et donc patron du leader du MSM pendant deux ans en cas de succès électoral d’un éventuel Medpoint 2, avait été traité par son « ti frer » actuel de « Johnnie ». Le prince héritier de la dynastie soleil s’était également laissé aller à dire que Bérenger était en train de « sous le Dr Navin Ramgoolam » afin de faire alliance avec lui. Malgré tout cela, Bérenger et Pravind Jugnauth affichent une entente cordiale depuis octobre 2011. Le jury n’a pu s’empêcher d’applaudir cette prouesse.

3e place : Navin Ramgoolam. Le jury s’est en partie basé sur l’interview accordée à l’express dimanche par le Premier ministre pour se faire une idée du degré d’amnésie de ce dernier par rapport au MSM et à sa décision de faire alliance avec ce parti début 2010. Navin Ramgoolam leur est ainsi apparu très convaincant quand il a expliqué que le MSM « lui a fait perdre des votes » et que le parti était « un boulet [qu’il a] trainé ». Ces commentaires, a conclu le jury, dénotent une amnésie politique évidente d’un Ramgoolam qui expliquait le 31 mars 2010 que « la nouvelle alliance bleu-blanc-rouge » avait été constituée « pour assurer la stabilité et le progrès du pays ».

2e place : Paul Bérenger. Le patron du MMM a failli finir à la première place du classement car ses prouesses amnésiques ont fortement impressionné le jury. Celui-ci a qualifié d’exceptionnelle la propension de Paul Bérenger à perdre la mémoire d’une semaine sur l’autre. Ainsi le jury a trouvé Bérenger flamboyant dans son appel lancé aux délégués de son parti à voter « massivement » pour Medpoint 2. Alors que le même Bérenger disait, il y a deux semaines, que le MMM préfère, au fond, aller seul aux élections avant de révéler que certains membres du comité central mauve ont voté en faveur du remake « pour faire plaisir à Paul ». Le jury a également été particulièrement charmé par la capacité de Paul Bérenger à oublier son avis encore assez récent sur Pravind Jugnauth. Qu’il qualifiait, sourire aux lèvres, de « ti frer ti lespri ».

1ère place : Sir Anerood Jugnauth. Le président du jury n’a pas tari d’éloges à propos de sir Anerood Jugnauth et de sa phénoménale capacité à oublier ce qu’il raconte. Ainsi, le panel est resté admiratif devant la volonté de SAJ de participer au meeting du 1er Mai d’une alliance MSM/MMM si jamais il est « invité » et « an deor » à ce moment-là. Le jury a jugé cette prestation exceptionnelle, car le même SAJ disait en avril 2010 avoir prévenu son fils Pravind : « Il vaut mieux être dans karo kann que d’aller travailler avec le MMM et Bérenger. » Un chef mauve qu’il trouvait alors « rempli de méchanceté ». Après avoir un temps réfléchi à accorder la première place ex aequo à Bérenger et SAJ, le jury a finalement choisi de reconnaître le grand apport de ce dernier dans l’utilisation de l’amnésie en politique.

L’étape mauricienne a toutefois été l’occasion pour le jury d’innover. Il a en effet décidé d’accorder un Prix spécial aux Mauriciens. Car les experts ont cru distinguer chez eux des signes distinctifs d’une forme rare d’amnésie collective. Celle-ci se manifeste à peu près tous les 5 ans quand les électeurs locaux se rendent aux urnes. Le jury compte rendre un hommage au peuple mauricien à ce sujet lors de la grande soirée des « Amnésies politiques ».


Quel programme économique ?

S’il ne démissionne pas entre-temps, c’est bien le président de la République qui devra lire, le 16 avril prochain, le nouveau discours-programme du gouvernement Parti travailliste/PMSD. Dans l’entretien qu’il accorde à l’express dimanche, Navin Ramgoolam affirme que l’économie sera l’une des deux priorités de son nouveau programme gouvernemental.Tant mieux.

On ne peut pas vraiment dire que l’économie était l’élément central du discours-programme de la défunte Alliance de l’Avenir. Celui-ci avait été lu par sir Anerood Jugnauth le 8 juin 2010. C’était l’occasion de faire briller les idées du ministre des Finances d’alors : Duty Free Island, réouverture du port de Mahébourg, relance de l’Employees Real Estate Investment Trust et abolition de la décriée National Residential Property Tax et de l’impôt sur les intérêts bancaires. Cette allocution avait également servi de « showcase » aux aspirations plus sociales de la nouvelle équipe gouvernementale. Incarnées par le nouveau ministre de l’Intégration sociale d’alors : Xavier Duval.

Par conséquent, sur les 304 paragraphes du dernier discours-programme, le mot « économie » n’apparaissait que 11 fois. La « crise financière » et la « récession globale » n’étaient évoquées que deux et une fois respectivement.
De même, la « croissance économique » n’avait fait l’objet que de deux allusions directes. On peut raisonnablement s’attendre à ce que les choses soient légèrement différentes le 16 avril prochain.

C’est que la conjoncture économique globale s’est davantage assombrie. Le pétrole fl ambe. La zone euro, notre principal marché, est déliquescente. La convalescence des Etats-Unis entraîne dans son sillage une remontée du cours du dollar, la devise dans laquelle Maurice paye l’essentiel de ses importations. A ce jour, rien n’indique donc que le déficit commercial de Rs 72 milliards en 2011 s’améliorera à la fin de cette année. Tout comme rien ne nous permet de penser que la facture énergétique du pays s’allégera.

Le mois de février a pu être bon pour les arrivées touristiques. Mais les convulsions d’Air Mauritius mêlées à la frilosité des Européens à investir des milliers d’euros dans un voyage au soleil n’augurent en rien une année exceptionnelle pour le tourisme. Par ailleurs, la découverte d’un nouveau mot – parcimonie – par de nombreux Américains et Européens explique sans doute en partie pourquoi les exportations du secteur manufacturier ont régressé de 4 % durant les deux premiers mois de 2012.

Où trouver donc une bonne nouvelle dans ce torrent de pessimisme ? La Banque de Maurice (BoM) a cru la dénicher, en sélectionnant les bons points du dernier staff report du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de ses Article IV Consultations avec Maurice. La BoM relève ainsi le certificat de compétence délivré par le FMI aux autorités locales pour leur « skillful macroeconomic management and good reform track record ». Et ne manque pas de se féliciter du fait que le FMI pense que les « monetary authorities » du pays – comprendre la BoM – ont su contrôler l’infl ation et maintenir le délicat équilibre entre le niveau des prix et la croissance économique. Sauf que les décisions – aussi éclairées soient-elles – prises par la BoM ne pourront empêcher le prix du pétrole de fl amber ou les consommateurs européens et américains de réduire drastiquement leur budget de consommation et loisirs. Une bonne partie de la solution pour aider le pays à surmonter ce contexte de crise internationale doit donc continuer de provenir du pays lui-même. Le schéma est connu : il s’agit de permettre aux entreprises de se consolider en ayant accès à du financement, de recruter et d’améliorer leur production tout en diversifiant leurs marchés.

C’est l’objectif que s’était fixé Xavier Duval dans son budget de novembre dernier. Afin de bien faire comprendre qu’il « mean business », il avait rendu public un calendrier de mise en oeuvre des 178 mesures contenues dans le budget 2012. Cette semaine, triomphal, le ministre des Finances a expliqué que 75 % des mesures budgétaires ont été appliquées avant la fin du premier trimestre 2012. Xavier Duval n’a pas rendu public la liste des mesures déjà mises en oeuvre. On ne peut donc pas juger de l’importance de celles qui ont été appliquées et leur portée réelle sur l’économie nationale.

Ce que l’on jugera par contre, le 16 avril prochain, c’est le poids que Xavier Duval aura eu dans le discours programme. Et la compatibilité de celui-ci avec les grands axes déjà énoncés dans son dernier budget. Plus que tout, ce sont les idées innovantes que l’on recherchera dans le volet économique du discours-programme. C’est bien cela la priorité.


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