Archives mensuelles : décembre 2011

Bonne année 2012 !

Bonne année 2012 à tous…et n’oubliez pas, même si elle n’est pas meilleure que la précédente,  ce ne sera pas la fin du monde !!!


Dear Pravind…

L’opposition est une formidable école d’humilité. Le MSM, ce n’est un secret pour personne, entretient des rapports plutôt tendus avec la Sentinelle. Mais il semble que les choses ont quelque peu évolué depuis l’affaire Medpoint et l’éjection du parti soleil de l’alliance de l’avenir.

Ainsi, depuis quelques mois déjà, nous sommes « cordialement invités » à toutes les conférences de presse, meetings et congrès du parti. Alors que dans un passé pas trop lointain, on nous faisait clairement comprendre que notre présence n’était ni requise ni souhaitée lors de ses activités !

Mais tout change… l’hostilité réelle d’hier peut céder sa place à une détente (toute feinte ?) aujourd’hui. Ainsi, oh surprise, j’ai reçu, il y a quelques jours, une carte de souhait de… devinez qui… Pravind Jugnauth lui-même. Une première en presqu’une décennie passée à l’express dimanche. Quelle délicate attention de la part de quelqu’un qui a ignoré, boycotté et excusé les violences envers la Sentinelle !

C’est que, contrairement au MMM et au Parti Travailliste, le MSM a souvent eu une relation de travail calamiteuse avec les titres, journalistes et responsables de presse qu’il considère « hostiles ». Ainsi, au parti soleil, on accueille chaque critique par un torrent d’insultes, de menaces ou un boycott (sous toutes les formes). L’approche des autres est bien moins radicale.

Pour ne prendre qu’un exemple, l’homme politique local qui passe pour être le plus hostile à la presse indépendante demeure malgré tout accessible. Passez un coup de fil à sa secrétaire pour discuter d’une question précise avec lui… il y a des chances qu’il rappelle… Critiquez-le, il est possible qu’il prenne l’initiative de vous expliquer sa position tout en admettant que la critique a été « fair ».

Certes tout cela se passe en coulisses. Du coup, le grand public, lui, ne connait que les vociférations et menaces qui ont vocation à passer au journal télévisé, sur les radios ou à être reproduites dans les comptes-rendus de quotidiens. Mais ca c’est pour la galerie, quand les projecteurs, micros et enregistreurs sont éteints, un seul fait demeure : le pouvoir (politique) a autant besoin de la presse que la presse a besoin du pouvoir politique (pour obtenir ou contre vérifier ses informations). Certains semblent le comprendre depuis peu. Alors, dear Pravind, tant mieux si vous faites désormais partie de ceux-là


Un choix de société

Les Mauriciens sont des bornés, profondément immatures et incapables d’évoluer. Animés par les mêmes peurs, les 906 537 électeurs recensés par la Commission électorale en 2011, réfléchiront et voteront exactement de la même manière que ceux qui s’étaient exprimés dans les urnes en 1967, 1976 ou 1982. A entendre les commentaires autour du rapport Carcassonne sur la réforme électorale, on pourrait penser que la société mauricienne restera à jamais figée.

Ce n’est peut-être pas si faux. Jusqu’ici, dix ans n’ont pas suffi pour mettre fin aux tergiversations autour de l’application du (pourtant consensuel) rapport Sachs de 2001. A croire que notre système westminstérien et notre loi électorale composent une sorte de dogme religieux qu’il est interdit de remettre en question. C’est ce qui explique probablement la nouvelle phase de tâtonnements qui s’annonce autour des recommandations du trio Carcassonne, Bogdanor et Vilanova.

Rama Sithanen, expert en systèmes électoraux, craint les effets « cataclysmiques » de l’application de leurs recommandations. Yusuf Mohamed, dépositaire de la franchise Comité d’Action Musulman, dit vouloir se battre « politiquement et légalement » contre la disparition du Best Loser System (BLS). Paul Bérenger, après avoir trouvé le rapport « intéressant », laisse désormais entendre que le pays n’est pas prêt à se passer du BLS dans un avenir proche.Navin Ramgoolam, lui, évite de prendre position. Il attend et observe.

Le Premier ministre a néanmoins partagé sa pensée avec Bérenger sur la question. Au patron des mauves, il a avoué avoir « tiqué » en prenant connaissance du rapport, tout en admettant y être plutôt favorable. Les deux hommes ont également identifié les obstacles barrant la route à sa mise en œuvre. Le premier a besoin d’apaiser sa base conservatrice. En lui faisant comprendre que la représentation proportionnelle ne signifie pas, à terme, l’extinction de son hégémonie actuelle. Le second, prisonnier de son jeu clientéliste, doit rassurer les minorités quant à leur présence pérenne au Parlement et au sein du pouvoir dans le cadre du système électoral préconisé.

Ces petits désagréments de départ méritent d’être endurés par Ramgoolam et Bérenger. En effet, ils sont les grands gagnants de la formule Carcassonne. Car celle-ci leur permet de se mesurer lors d’un match électoral enfin équilibré. Sans que l’un ou l’autre soit l’otage d’un allié encombrant. La possibilité de choisir des ministres non élus permet également – dépendant de la manière dont on envisage celle-ci – d’apporter un vent de fraîcheur ou de rigueur technocratique bienvenus au sein de conseils des ministres habituellement peuplés de bêtes politiques. Dont l’obsession, une fois élues, est de rester au pouvoir.

Plus fondamentalement, Ramgoolam et Bérenger sont en mesure de décider ensemble d’une révolution dans la relation qu’entretiennent les citoyens avec la politique. Avec le nouveau mode de scrutin, fini le panachage, fini également l’essor des partis ethniques et adieu le BLS. Les électeurs n’auront à décider qu’entre des listes en se basant sur la diversité de genre et d’ethnies de chacune et sur la qualité des hommes et des femmes qui les composent. Tout en continuant à se prononcer essentiellement, comme cela a été le cas jusqu’ici, sur le choix d’un leader.

Décider d’appliquer le rapport Carcassonne revient donc à faire un choix de société. Cela implique, bien évidemment, une profonde réflexion sur les limites et incongruités du document des experts internationaux. Il y en a. Le problème toutefois, avec l’approche actuelle, est qu’on prend prétexte des faiblesses du rapport pour affirmer qu’il est inapplicable dans son ensemble.

Il convient donc de rappeler que les conclusions de Carcassonne ne sont en rien un corpus de règles à prendre ou à laisser. Si le constitutionnaliste français préconise de confier à une commission locale la création et la délimitation de 11 à 12 nouvelles circonscriptions, on peut lui opposer le fait que cet exercice – long, technique et très sensible – doit impérativement être entrepris par des personnes organiquement indépendantes du monde politique local et non par le panel qu’il propose.

De même il n’est pas interdit de faire fi du conseil de Carcassonne sur le nombre de députés (68 ou 69) dans le nouveau système. Nous pouvons encore décider que les 11, 12 ou 13 nouvelles circonscriptions éliront plutôt 3, 5, 7 ou même 9 députés. Cela ferait passer le nombre d’élus à près de 80 mais permettrait d’éviter « l’effet Rodrigues », où le parti ayant rallié une majorité de suffrages devra malgré tout se contenter du même nombre d’élus que son adversaire battu. Un cas de figure qui pourrait d’ailleurs se produire à Maurice si certaines circonscriptions n’élisent que 4 députés.

Contrairement au rapport Sachs, les recommandations de Carcassonne amènent enfin l’électeur à prendre ses responsabilités en choisissant clairement l’équipe qu’il souhaite placer à la tête du pays. Ce projet, s’il est bien acclimaté au contexte local, résout également la question du déséquilibre du nombre d’élus entre gouvernement et opposition tout en offrant une solution adéquate à une meilleure représentativité des femmes et des minorités ethniques au Parlement. Ce que le projet ne permet pas toutefois, c’est de faire disparaître nos peurs. C’est de cela dont il est désormais question. Avons-nous peur de faire progresser notre démocratie ?


Après les flirts

Il faut bien le reconnaître, la presse tombe trop souvent dans le panneau des politiques. Ainsi, tous les « observateurs » du pays dissèquent en ce moment les élans d’affection des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics : Navin Ramgoolam et Paul Bérenger. Il y a de l’alliance dans l’air, se hasarde-t-on parfois à conclure. Et si nous nous trompions tous ? Et si nous étions tous en train de focaliser notre attention sur un épiphénomène en tournant le dos à un autre problème plus pressant ?

Relativisons d’abord les flirts entre les patrons rouge et mauve en rappelant le rapport de forces politiques en place. Ramgoolam a une majorité de 37 députés à l’Assemblée nationale, contre 32 pour l’opposition. Si cet écart ne se mesure pas en années-lumière, il permet néanmoins au Premier ministre de dormir tranquille jusqu’en mars. « L’information » de Bérenger selon laquelle une demi-douzaine de travaillistes piaffent d’impatience de rejoindre l’opposition ressemble, en effet, de plus en plus à un coup de bluff. Sauf un revirement aussi spectaculaire qu’improbable, Ramgoolam sera donc encore « leader of the House » à la prochaine rentrée parlementaire.

Electoralement, les échéances sont encore plus lointaines. Le pays, en théorie, ne va être rappelé aux urnes qu’à partir de début 2015. Ramgoolam a ainsi trois ans pour voir venir. Peser le pour et le contre d’un statu quo avec le PMSD, d’une alliance avec le MMM… et ne l’oublions pas, d’un remake avec le MSM ! Il y a bien les scrutins régionaux de 2012 mais même si le chef du gouvernement essuie un échec lors de ceux-ci, il aura encore deux années pleines pour faire oublier sa contre-performance. Notamment en décidant habilement des suites à donner au rapport Carcassonne qui lui sera remis incessamment.

L’agenda politique peut donc attendre. Car en 2012, c’est l’agenda économique qui devra être la priorité absolue du Premier ministre et de son gouvernement. C’est que l’année nouvelle s’annonce particulière. Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international, a prévenu récemment qu’en 2012 l’économie mondiale pourrait connaître une situation comparable à la Grande dépression des années 30. Sauf que cette fois-ci l’implosion, au lieu de venir de la Bourse de New York, viendrait de la City, de Paris ou de Milan.

Même si les Mauriciens étaient les fidèles sujets de Georges V en 1930, les convulsions de l’économie mondiale ne les avaient pas laissés indemnes. Le secteur sucre – notre unique industrie d’exportation de l’époque – accusa le coup suite aux importantes baisses du cours mondial de la denrée. Générant, au passage, de graves conséquences sociales. Ainsi, dans Médine 1911- 2011, visions d’un siècle, les effets de la Grande dépression sur le Mauricien lambda apparaissent clairement. « Alors que le salaire journalier d’un laboureur en 1928 achète un peu moins de 13 livres de riz, il n’en achète en 1934 que 9 livres. Les rémunérations des employés de l’Etat et des ouvriers sont réduites. Le chômage se répand. »

Flashforward en 2012. Certes, notre économie est désormais diversifiée et solidement ancrée sur cinq piliers. Mais une conjoncture internationale catastrophique pourrait avoir des effets tout aussi lourds sur les Mauriciens à l’avenir. A cause du positionnement même de nos secteurs de croissance. Le textile mauricien exporte des produits à valeur ajoutée. Le tourisme local est un label haut de gamme, donc cher. Les villas IRS et RES ne trouvent grâce qu’auprès de clients étrangers très fortunés. Enfin, le bilinguisme et le « right pricing » de notre secteur d’externalisation sont loin de constituer un avantage comparatif exclusif à notre pays.

Ces réalités-là vont perdurer en 2012. Ce qui va changer, par contre, c’est la situation économique chez nos principaux clients. La France va, selon ses propres estimations, rentrer en récession dès le premier trimestre 2012. Ce sera également le cas de l’Angleterre. En conséquence, nos clients vont réclamer davantage de ristournes aux industriels, hôtels et sociétés locales de business process outsourcing.

Face à un refus, une première partie de notre clientèle se rabattra sur des chemises made in China, les hôtels d’Agadir au Maroc ou les centres d’appels d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Une deuxième catégorie obtiendra, elle, gain de cause en forçant ses fournisseurs locaux à rogner sur leurs marges et à pratiquer des coûts planchers pour rester compétitifs. Mais jusqu’à quand et comment les fournisseurs locaux pourront-ils tenir face à cette nouvelle logique ? C’est probablement la question essentielle que le monde économique local se pose déjà.

Malheureusement la population, gagnée par une forte poussée de fièvre acheteuse, ne se soucie guère de cette question. Le réveil risque donc d’être brutal en cours d’année. Quand les premiers licenciements économiques commenceront à faire la une des journaux et que le gel salarial sera préconisé dans les secteurs qui étaient, hier encore, porteurs. Les alliances peuvent attendre, l’économie, elle, n’attendra pas. Il serait temps que Ramgoolam et Bérenger s’en persuadent…


Efficace comme l’Icac

La méthode est usitée. Elle a été pratiquée aussi bien par Navin Ramgoolam que par Paul Bérenger quand ce dernier était Premier ministre de 2003 à 2005. Si un rapport ou un classement international dit du bien du pays, il faut immédiatement s’en saisir et clamer la paternité du bon score. Si par contre, le même document, émanant de la même institution, dit le contraire,il convient d’en minimiser les conclusions. En affirmant que l’institution en question n’est pas crédible. Ramgoolam et Bérenger l’ont déjà fait au sujet des rapports de Transparency International (TI) sur la perception de la corruption à Maurice. Voilà que Manoj Kumar Ujoodha, le directeur de la commission anticorruption, s’y met aussi !

Dans un entretien accordé à l’express ce vendredi, ainsi que lors d’un forum sur la corruption dans la fonction publique le même jour, Ujoodha a expliqué qu’il ne faut pas faire grand cas des sept places perdues par Maurice dans le dernier rapport de TI. D’une part, le patron de l’Icac estime que le classement est faussé parce qu’il ne tient pas compte d’autres études comme celles de Mo Ibrahim ou de Freedom House où Maurice est mieux notée.

D’autre part, Ujoodha affirme que même si la perception publique veut que la corruption gagne du terrain, ce n’est en rien une mauvaise chose en soi. Car cela démontre, selon lui, que les campagnes de sensibilisation de l’Icac ont fait mouche et ont conduit davantage de Mauriciens à comprendre ce qu’est la corruption et donc à rapporter plus de cas… nourrissant ainsi la perception d’une corruption rampante. Au jeu de « qui perd gagne », Ujoodha semble imbattable. Ainsi donc si le public pense qu’il y a davantage de corruption… c’est que l’Icac fait bien son travail. La commission anticorruption serait-elle donc devenue une redoutable machine à communiquer ?

Pas du tout ! Le patron de l’Icac et ses conseillers en com’ commettraient une très grave erreur en pensant que leur institution jouit d’une quelconque image d’efficacité auprès du grand public. Car la « marque » Icac souffre d’un grave déficit de notoriété et de sérieux. En effet, quelque chose ne va pas avec cette marque. Il y a quelques années, l’institution avait trouvé une « brand promise » des plus accrocheuses pour nous parler à nous, ses clients : « L’Icac pa guet figir pou azir. » Depuis, certes, elle a arrêté quelques poids lourds politiques. Notamment Maya Hanoomanjee, alors encore ministre de la Santé, et son leader Pravind Jugnauth.

Mais une arrestation n’équivaut pas à une condamnation. Aussi, pour l’heure, si l’Icac s’enorgueillit de n’avoir pas « get figir » en arrêtant des personnalités soupçonnées de corruption, a-t-elle jusqu’ici réussi à ne faire condamner que des fonctionnaires anonymes. Coupables d’un petit lamone dite ici ou d’un modeste « bribe » là. C’est cette réalité-là aussi qui fait croire aux Mauriciens que les pêcheurs de l’Icac ont décidément un filet bien spécial, comme calibré pour laisser s’échapper les gros poissons.

Toutefois, ce n’est pas seulement le « brand promise » de l’Icac qui est en cause. Plus fondamentalement c’est sa manière d’être et de paraître auprès du grand public qui est à revoir. Ainsi, l’Icac organise chaque année en décembre des campagnes de sensibilisation à travers différents médias. Mal pensées, celles-ci sont invariablement ternes, donc peu efficaces. Il y a deux ans, par exemple, la commission nous avait gratifiés d’une campagne d’affichage à travers le pays. Le poster géant montrait une foule de mots dont l’immense majorité restait indéchiffrable à ceux qui passaient près du panneau. On retenait qu’il fallait « Say No ». Mais à quoi et comment ? On ne le savait pas trop…

Le pire, c’est que l’Icac ne semble pas vouloir apprendre de ses erreurs communicationnelles du passé. Ainsi, en ce moment même, une affiche géante de trois mètres sur quatre trône à une vingtaine de mètres du sol, sur le toit du quartier général de l’Icac au Quai D. Sauf que le panneau en question est illisible. Même doté d’un oeil de lynx, on ne déchiffre rien de ce qui y est écrit depuis l’autoroute où passent des dizaines de milliers de Mauriciens chaque jour. Même chose pour la campagne radio qu’organise actuellement la commission : un spot monotone ressassant des informations que tous les Mauriciens connaissent déjà. L’Icac, au final, pourrait elle-même être une victime de la perception. En effet, les hommes qui la dirigent croient sans doute qu’ils abattent un excellent travail. Quand, en fait, l’ensemble des Mauriciens pense exactement le contraire !


Grégoire le Républicain

A peine deux ans après la création de la Fédération Créole Mauricien (FCM), l’express dimanche titrait déjà en 2009 : « Le début de la fin. » Deux ans plus tard, c’est le père Grégoire lui-même qui confi rme que cette phase est achevée. Ce qu’affirme le président de la FCM dans l’interview qu’il nous accorde, mais aussi dans l’entretien diffusé, lundi dernier, sur Radio One, c’est que la fédération, telle que nous la connaissions il y a encore deux ans… est morte. Reste la FCM nouvelle… Pour bien comprendre le chemin parcouru par Grégoire et sa fédération, il nous faut revenir sur les erreurs stratégiques les plus criantes commises par ce mouvement et ses dirigeants ces dernières années.

La fédération a perdu la sympathie de l’opinion publique à partir du moment où elle a commencé à se comporter en consoeur de la Voice of Hindu (VOH). Quelques-unes des organisations socioculturelles les plus rétrogrades du pays – VOH en tête s’appuient sur de prétendues règles non écrites pour expliquer pourquoi leurs « bann » doivent jouir d’avantages divers et variés. La FCM s’est prise au même jeu, cédant à la facilité de croire que l’égalité se conquiert à l’aide de calculs arithmétiques ou en ethnicisant outrancièrement des débats avant tout socioéconomiques et éducatifs. Premier péché capital.

La FCM n’a donc pas tardé à réclamer de manière simpliste un quota de 35 % de Créoles dans la fonction publique du pays. Tout en faussant le débat sur l’introduction du morisien à l’école. En arguant qu’étant « la langue ancestrale des Créoles », son introduction en milieu scolaire constituera une « réparation historique » pour les descendants d’esclaves. Contreproductives, ces revendications ont eu pour effet de braquer d’autres organisations « noubannistes » du pays. Mues par leur instinct de préservation, elles ont vite vu en la FCM un adversaire. En Grégoire, un ennemi. Toutefois, loin de cette querelle, le grand public se faisait une opinion : « VOH, FCM… même combat ! »

Deuxième péché capital : les accointances politiques de Grégoire. Dans son cas, le dicton local peut être réadapté : « frekant lisien gayn pis. Frekant politisien, perdi kredibilite. » La crédibilité, Grégoire l’a perdue de manière exponentielle dès qu’il a commencé à fricoter avec la politique. D’abord en agissant comme sage-femme pour accoucher du PMSD réunifié en 2009. Ensuite, en s’improvisant juge de la justesse des alliances politiques. Travaillistes/MMM : oui. MSM/travaillistes : non ! Dans la perception, Grégoire et sa suite venaient de faire de la FCM une Voice of Kreol, ils entreprenaient maintenant d’en faire une succursale de partis politiques.

Là encore, l’incapacité de la FCM à tenir une ligne claire et constante vis-à-vis du monde politique a amené de nombreux observateurs à lui attribuer un agenda politique occulte. En effet, après avoir souhaité un rapprochement MMM/travaillistes, l’abbé a invité ses sympathisants à « vot ar leker » à quelques jours des élections. Avec le recul, Grégoire explique n’avoir pas pris la mesure de l’interprétation (de consigne de vote) qui allait être donnée à cette phrase.

Dans les faits, il y a eu une deuxième interprétation. Celle voulant que Grégoire et sa FCM avaient joué et perdu. Incapables d’obtenir les avantages et postes convoités pour ses membres auprès du pouvoir, le président avait alors revêtu les habits de l’empêcheur de gagner en rond. Grégoire semble désormais pleinement conscient de toutes ces turpitudes. Oublié le registre revendicatif, il parle maintenant d’empowerment et de la prise de responsabilité de ceux qui s’estiment victimes du système et d’injustices historiques. Finie également l’approche voulant que le salut vienne de la communauté créole pour la communauté créole. « [Ils] ne sortiront pas de leur marasme sans l’aide des hindous, des musulmans et des Chinois », explique Grégoire.

Si la méthode a changé, les problèmes inhérents à la communauté créole n’en demeurent pas moins réels. Oui, ils sont sous-représentés dans la fonction publique. Ils sont effectivement davantage concernés par la délinquance et d’autres fléaux sociaux. Enfin, les poches de pauvreté abritent, en termes relatifs, bien plus de Créoles que de Mauriciens d’autres origines ethniques. Si les problèmes demeurent, l’approche que suggère Grégoire pour les solutionner semble avoir changé. Cela mérite d’être salué. Grégoire, le Républicain nouveau, mérite aussi de l’être.


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