J’ai partagé une partie de cette analyse avec certains amis in real life, d’autres sur facebook et même dans le cadre du “duel” d’une radio concurrente hier matin. Il était donc temps d’en faire une synthèse et d’ajouter quelques compléments pour mon édito de ce matin sur Radio One.
Les critiques ne vont certainement pas plaire, mais je me dois de dire ce que j’ai vu lors de la manifestation de samedi et durant les semaines précédentes et d’en tirer certaines conclusions…
ps: je suis en vacances en ce moment. Je n’écris donc pas d’édito dans l’express dimanche. J’ai maintenu toutefois mon émission du lundi après-midi et ma chronique du mardi matin sur Radio One.
Version texte
Bravo. 3000 personnes qui manifestent contre les maux qui sclérosent notre société…cela n’arrive pas tous les quatre matins. Les responsables du groupe « Wanted 15000 youngsters to save our future » méritent donc d’être chaudement applaudis pour avoir réussi à rassembler autant de Mauriciens ce samedi.
Mais le satisfécit s’arrête la. Car de nombreux problèmes de fond et quelques uns de forme minent déjà ce jeune mouvement qui se veut populaire.
Coté forme, il y a cette propension au vedettariat. Le succès peut monter à la tête. Et faire faire des bourdes à des personnes peu vigilantes. Ainsi, l’un des chefs de file du mouvement des 15000 a commis une faute de goût et de communication assez grotesque ce samedi.
Par essence opposé au cartel politique en place, l’un des inspirateurs du mouvement n’a rien trouvé de mieux que d’arriver en tête d’un cortège de quelques voitures. A le voir descendre se sa rutilante berline allemande noire…On aurait dit Pravind Jugnauth arrivant à l’un de ses meetings. Autant pour le coté défenseur du petit peuple !
Il n’y a malheureusement pas que des problèmes de forme à déplorer. Parlant de la foule de samedi, Noor Adam Essack et Nilen Vencadasmy, deux des organisateurs de la marche, se sont félicité « du bon échantillon de la population mauricienne » pour l’un. Et de « la foule homogène » pour l’autre. Face à ces affirmations ; on est comme obligé de se poser la question : ont-ils vraiment bien regardé autour d’eux ?
Déjà, ce mouvement qui a péché par un excès de jeunisme ne doit le succès de sa marche qu’à la présence marquante de manifestants…plus âgés ! Un marcheur sur deux était, en effet, un père ou une mère de famille bien installé(e) dans sa carrière…voire à la retraite. Il y avait aussi là des syndicalistes. D’autres encore marchaient pour revivre les émotions des fameuses « années de braise ». S’ils sont plus de 21000 jeunes sur Facebook, samedi ils n’étaient ainsi qu’à peine 1500 dans Port Louis !
La question cruciale se pose donc d’elle-même. Qui a-t-on vraiment mobilisé samedi ? A l’évidence, pas les jeunes issus de l’ile Maurice profonde et populaire. On cherchait le maçon frustré de 25 ans de Cite Barkly. Ou le jeune chômeur en colère de Piton. On est tombé sur la nouvelle diplômée vivant encore chez ses parents fonctionnaires à Sodnac. Ou de jeunes professionnels qui peuvent de permettre de gloser sur l’état de notre société au bord d’une piscine à Petite Rivière Noire ! Au milieu de tout cela… une petite quantité de manifestants, au profil plus représentatif de la majorité silencieuse qui fait et défait le pouvoir politique local.
Cela n’est bien évidemment pas suffisant. Car si le mouvement des 15000 continue à puiser son soutien dans un groupe social et démographique peu hétérogène, il ne parviendra pas à imposer le changement. Pire s’il se transforme demain en parti politique…il courra droit à la catastrophe électorale. Dépourvu, qu’il sera, d’un vrai soutien populaire et national.
Ainsi, la marche de samedi n’est en rien une fin en soi. Désormais, c’est l’heure du test pour les dirigeants du groupe des 15000. Ils peuvent sombrer dans du verbiage romantique et la starification de quelques uns d’entre eux. Ou alors devenir les empêcheurs de « politicailler » en rond de la République. A la condition expresse de conquérir un vrai soutien populaire qui va bien au delà de quelques groupies, idéalistes et nostalgiques recrutés sur facebook avec l’aide des médias bienveillants. Ils ont le choix.
