Archives mensuelles : avril 2011

Faites payer, monsieur le ministre !

Dans l’un de ses sketchs désopilants, Russel Peters donne aux Indiens la palme du peuple le plus radin de la planète. Reléguant les Chinois, moins « cheap » , à la deuxième place du palmarès. À l’évidence, le célèbre humoriste indo-canadien n’a jamais mis les pieds à Maurice. Sinon il aurait modifié le classement dans son sketch. L’épisode des Rs 10 à payer pour fouler le sol de l’île aux Cerfs l’aurait, en effet, sans doute inspiré.

À l’accusation de radinerie, certains nous répondront toutefois qu’ils ont combattu la décision du ministère du Tourisme de faire payer l’accès à l’île aux Cerfs sur une question de principe. D’abord, parce que si c’est l’hôtel le Touessrok qui en détient la concession, c’est à lui de déterminer un éventuel frais d’accès et non au gouvernement. Ensuite, puisque l’île aux Cerfs fait partie du patrimoine national, il est inconcevable qu’un Mauricien ait à payer pour y avoir accès. Cette position s’appuie en partie sur une décision de la Cour suprême qui avait précisé que l’accès à la plage de l’îlot Gabriel – dont un particulier a obtenu la concession – ne pouvait en aucun cas devenir payant.

Mais ce serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que de se borner à ne voir que le principe sans tenir compte de la volonté réelle du ministre du Tourisme sur la question de l’accès payant à l’ile aux Cerfs. Le 7 avril dernier, Nando Bodha a été très clair : son ministère compte lancer une campagne de « sensibilisation et de préservation » de nos îles. Une telle campagne coûtant de l’argent, des contributions symboliques respectives de Rs 10 et Rs 50 seront demandées aux Mauriciens et touristes visitant ce lieu hautement touristique.

À raison de mille visiteurs par jour – disons qu’ils sont aux trois quarts des touristes –, environ Rs 14,5 millions de revenus seront générés pour préserver l’île chaque année. La somme n’est en rien dérisoire. Surtout quand on la compare à ce que l’État dépense actuellement. En 2011, la dotation budgétaire totale du ministère de l’Environnement pour « l’amélioration et la réhabilitation » des rivières, des plages, des réserves de montagnes et des 49 îles et îlots du pays s’élève à… Rs 51 millions.

L’on comprend vite comment et pourquoi la contribution « symbolique » envisagée par Bodha pourrait aider de manière tangible à mieux protéger et gérer l’île aux Cerfs et la mangrove avoisinante. L’on imagine aussi les retombées plus que positives de la généralisation d’une contribution à la préservation de l’environnement demandée à chaque Mauricien ou touriste visitant l’une de nos îles. Ce seront autant de millions récoltés. Pour autant d’oiseaux, de reptiles endémiques et de côtes protégés. Aussi, probablement des hectares de terres remis en l’état après avoir longtemps été des décharges à ciel ouvert et des latrines perdues au milieu de l’océan.

Si le bienfondé de la « contribution » souhaitée par Bodha ne fait aucun doute, l’argument économique avancé par les opérateurs touristiques, et notamment l’île aux Cerfs Pleasure Craft Association , tient diffi cilement la route. Les propriétaires de bateau se sont en effet empressés de décréter que l’initiative du ministère du Tourisme allait rebuter les touristes et Mauriciens pour qui le trajet deviendra du jour au lendemain exorbitant. L’argument est creux. Car Rs 10 d’augmentation sur un trajet qui coûte Rs 250 minimum pour un Mauricien et le double pour un touriste… constituent des fluctuations minimes.

C’est pourquoi nous ne pouvons comprendre la volte-face de Nando Bodha. Aussi bien sur le terrain économique qu’écologique, son initiative tenait la route. Alors pourquoi avoir cédé ? Par peur de mettre en place une mesure jugée potentiellement « impopulaire » à l’approche du 1er Mai ? Parce que les propriétaires de bateaux ont eu recours à des parrains politiques en haut lieu ? Ou alors parce que le ministre Bodha croit les Mauriciens et les touristes insensibles à la cause écologique au point de refuser de faire un petit effort pour la préservation de l’environnement ?

C’est forcément pour l’une de ces trois raisons que Bodha a dévié. Il a eu tort. Monsieur le ministre, quand une décision est bonne et que vous la savez justifiée, persévérez. Faites payer !

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Nul n’est prophète

Je vous avais déjà annoncé ma nomination sur Facebook. Voici le communiqué officiel de CNN, daté d’aujourd’hui, annonçant la liste des finalistes du CNN Multichoice African Journalist Awards 2011. Paradoxalement, ce sont les politiques allergiques à la liberté de la presse et les forces “socioculturelles” rétrogrades et conservatrices qui permettent aux journalistes de démontrer leur professionnalisme et leur indépendance. Si cette nomination m’enchante, elle dépasse néanmoins ma personne, car elle fait d’abord honneur au magazine l’express dimanche, au groupe La Sentinelle et à la presse locale.

ANNONCE DES FINALISTES DU CNN MULTICHOICE AFRICAN JOURNALIST 2011

Joel Kibazo, Président du comité indépendant de sélection, annonçait aujourd’hui le nom des finalistes du prestigieux concours CNN MultiChoice African Journalist 2011. La compétition entre dans sa 16ème année.

Cette année, les candidatures nous sont venues de 42 pays, y compris des pays de langue française et portugaise.

27 finalistes, issus de 13 pays, ont été sélectionnés:

• Kofi Akpabli, Freelance pour le Daily Graphic, Ghana
• Claudine Efoa Atohoun, ORTB, Bénin
• Rabin Bhujun, L’Express Dimanche, Île Maurice
• José Bouças de Oliveira, Televisão Santomense, São Tomé & Príncipe
• Sylvia Chebet, Citizen TV, Kenya
• DispatchOnline Team, Daily Dispatch, Afrique du Sud
• Kimani Githae, Citizen TV, Kenya
• Lamia Hassan, Business Today, Égypte
• Virgil Augustin Pascal Houesson, L’événement Précis, Bénin
• Mahamud Abdi Jama, Waaheen, Somalie
• Norman Katende, Freelance pour The New Vision, Ouganda
• Farouk Kayondo, UBC, Ouganda
• Mark Klusener, eNews Africa, Afrique du Sud
• Selma Marivate, TV Miramar, Mozambique
• Melini Moses, SABC, Afrique du Sud
• Lindile Mpanza, e.tv, Afrique du Sud
• Kamau Mutunga, DN2 Magazine, Daily Nation, Kenya
• Nigel M. Nassar, The New Vision, Ouganda
• Fatuma Noor, The Star, Kenya
• Oluwatoyos Ogunseye, Sunday Punch, Nigeria
• Nnamdi Okosieme, Next Newspaper, Nigeria
• Benon Herbert Oluka, Daily Monitor, Ouganda
• Beryl Ooro, K24 TV, Kenya
• Sonny Serite, Freelance pour The Sunday Standard, Botswana
• Portia Solomon, TV3 News, Ghana
• Kipchumba Some, The Standard, Kenya
• Nkula Zau, Televisão Pública de Angola
Cette année, le bénéficiaire du Prix Liberté de la Presse en Afrique est Mahamud Abdi Jama, Rédacteur de Waaheen, journal privé indépendant publié au Somaliland. Waaheen, filiale de Waaheen Media Group, est réputé pour sa couverture critique du pouvoir.

Mahamud a été condamné à une peine de trois ans de prison ainsi qu’à une amende, suite à un article sur la corruption des pouvoirs publics. La grâce présidentielle lui a finalement été accordée suite à des pressions sur le gouvernement; il a été libéré après avoir purgé un mois d’emprisonnement.

Ce prix lui est accordé pour avoir travaillé dans un environnement stressant et hostile et pour avoir relayé d’importantes informations à ces concitoyens, sans tenir compte des conséquences sur sa vie personnelle.

Les lauréats du concours seront annoncés lors d’une Cérémonie de remise des prix et d’une Soirée de Gala à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 25 juin 2011.

La soirée sera animée par Isha Sesay, présentatrice du programme hebdomadaire CNN International ‘Inside Africa’ et par Robert Marawa, le visage du SuperSports de MNET et animateur régulier du Discovery Sports Centre de Metro FM.

En annonçant le nom des finalistes, Joel Kibazo déclarait: “Les journalistes africains se trouvent aujourd’hui dans une dynamique ambitieuse. Ils font preuve d’un courage et d’une détermination que nous n’aurions pu envisager il y a quelques années. Les candidatures de cette édition nous l’ont prouvé – plus audacieux, plus résolus sur leur terrain, et poussés par une volonté de couvrir des pays au-delà de leurs propres frontières.”

Ce comité de sélection indépendant, présidé par Joel Kibazo, journaliste et consultant, comprend: Ikechukwu Amaechi, Rédacteur, Daily Independent, Nigéria; Jean-Paul Gérouard, Rédacteur adjoint en chef, France 3 TV; Ferial Haffajee, Rédacteur en chef, City Press, Afrique du Sud; Arlindo Lopes, Ancien Secrétaire Général, Southern African Broadcasting Association; Zipporah Musau, Rédacteur Général, Magazines, The Standard Group Ltd, Kenya; Kim Norgaard, Directeur du bureau CNN, Afrique du Sud et le présentateur sportif de CNN, Pedro Pinto, qui a rejoint le comité pour participer à la sélection de la catégorie Actualités Générales en portugais.

Le journaliste freelance Paul McNally participait au comité et réalisait une première sélection, écartant les candidatures ne répondant pas aux conditions journalistiques nécessaires à une présentation devant le comité. Paul était le lauréat 2009 dans la catégorie Santé et Médicine du CNN MultiChoice African Journalist Awards, et second dans la catégorie Reportage VIH / SIDA de la même année.

Cette édition a également vu l’arrivée de la société Ericson dans notre liste de sponsors fidèles, qui nous prouvent une fois encore leur soutien: Coca-Cola Africa; Ecobank; IPP Media, Tanzanie; Merck Sharp & Dohme (MSD); Research In Motion (RIM), à qui nous devons la solution BlackBerry;; L’Hôtel Sandton Sun et A24 Media.

Sandton Sun est l’hôtel qui accueille les CNN MultiChoice African Journalist Awards 2011. Situé au cœur du centre des affaires et de loisir de Sandton, c’est le point de départ idéal pour les finalistes, les juges et les médias désireux d’explorer ce district plein de vie de Johannesburg. Un programme tous frais payés d’ateliers, de forums et de réseaux a été prévu pour les finalistes jusqu’à la cérémonie du 25 juin 2011.

Tony Maddox, Vice-Président Exécutif et Directeur Général de CNN International déclarait: “La passion avec laquelle les journalistes africains nous content leurs fascinants récits ne connait aucune limite. Avec ces récompenses, CNN veut une fois encore encourager l’excellence journalistique.”

Collins Khumalo, Président du MultiChoice Africa déclarait : Nous restons dévoués au développement des médias en Afrique et envers les extraordinaires journalistes qui méritent d’être reconnus pour leur travail et leurs efforts inlassables. Notre souhait est d’inspirer tous les finalistes à saisir cette opportunité non seulement pour s’efforcer à devenir les meilleurs en Afrique mais également à devenir les meilleurs au monde.
Note pour les rédacteurs: Critères du concours
Pour participer au concours du CNN MultiChoice African Journalist 2011, le journaliste doit être un ressortissant africain et avoir travaillé sur le continent pour des organisations de médias siégeant ou appartenant à l’Afrique, et ayant produit une publication ou une émission électronique (télévision, radio, ou site Internet), destinée et reçue en priorité par le public africain.

En 2010, les candidatures furent publiées ou diffusées pour les récompenses suivantes:

Arts & Culture: Journalisme numérique; Économie et Business: Environnement: Liberté de la Presse en Afrique; Reportage VIH/SIDA; MSD Santé & Médecine: Prix de la Photographie Mohamed Amin; Actualités Générales Presse; Actualités Générales Radio; Sport; Films TV; Bulletin d’Information TV; Tourisme; Actualités Générales Langue française (Presse Écrite et Électronique); Actualités Générales en Langue portugaise.

Site web: www.cnn.com/africanawards

Facebook: https://www.facebook.com/#!/CNNMultichoiceAfricanJournalistOfTheYearAwards


Vertement manipulés ?

Il peut être un véritable sphinx quand cela l’arrange. Puis se transformer en conteur volubile l’instant d’après. Ce jeudi, on a plutôt eu droit à la version « bavard » de Navin Ramgoolam lors des célébrations du Nouvel An tamoul. Mais les confidences du Premier ministre n’ont rien eu de rassurant. En évoquant le projet de centrale à charbon CT Power – mis au placard en janvier –, Ramgoolam laisse entendre que son gouvernement a pu être manipulé sur ce dossier.

Candide, le Premier ministre a d’abord expliqué avoir été « surpris du contenu » du rapport de Joël de Rosnay sur la question. L’expert en développement durable a en effet conclu que la centrale CT Power pourrait faire courir de réels risques au pays. N’en démordant pas, Ramgoolam a ensuite avoué qu’on lui avait fait comprendre que le rapport avait pu être manipulé. C’est ce qui justifierait, selon lui, le réexamen du dossier CT Power.

Cet aveu n’a rien d’anodin, il est même d’une extrême gravité. Car il nous conduit à nous poser une série de questions. Est-ce que le Premier ministre implique que c’est son conseiller Joël de Rosnay qui aurait pu « manipuler » le rapport ? Si c’était le cas, à qui aurait profité cette présumée « manipulation » ? Si ce n’est pas l’expert franco-mauricien qui est en cause, qui a faussé les conclusions du rapport ? Enfin, si c’est sur la base de ce rapport que le gouvernement a enterré le projet CT Power en janvier, peut-on conclure que d’autres décisions du gouvernement ont pu être prises à partir d’études elles aussi manipulées ?

Les citoyens du pays ne doivent ni plus ni moins attendre du Premier ministre qu’il initie toutes les procédures administratives et juridiques afin de vérifier si le rapport sur la centrale à charbon a été manipulé ou non. Si une quelconque irrégularité était avérée, nous devrions également exiger du Premier ministre qu’il utilise toutes les prérogatives à sa disposition pour situer les responsabilités dans cette affaire.

Il y a moins d’un mois, Navin Ramgoolam disait sa défiance envers ces experts « qui n’ont pas forcément raison » . Il sait probablement de quoi il parle. Car ce sont, par exemple, eux qui ont cornaqué le gouvernement au moment de la signature des accords d’achat d’électricité aux « Independent Power Producers » ( IPP). Or, ce n’est qu’une dizaine d’années après la signature des deals que Ramgoolam a personnellement laissé entendre que ceux- ci se montraient trop favorables aux IPP.

Il est probablement un peu tard pour modifier fondamentalement les clauses de ces contrats dont l’intégrité sera efficacement défendue et protégée devant nos tribunaux. Toutefois, nous pouvons encore nous intéresser aux autres mégaprojets qui n’ont pas encore abouti. Mais qui auront potentiellement un important impact environnemental. Nous devons nous demander si nous avons bien reçu des avis d’experts « non manipulés » sur la zone économique de Jin Fei et le « mégaprojet » Neotown.

Ces questions méritent d’être posées maintenant, c’està- dire à la veille du déclenchement d’une vaste campagne de consultation et de conscientisation organisée par le ministère de l’Environnement, dans le cadre de l’élaboration d’une « integrated national policy » en matière de développement durable. C’est ce que préconise le Livre blanc sur Maurice Ile Durable ( MID) adopté par le Conseil des ministres, ce vendredi.

MID est un projet trop important pour qu’on en jette les bases réelles à partir de rapports « manipulés » . Dans le Livre blanc, l’élément « government committment » apparaît comme l’un des ingrédients les plus importants pour la réussite du projet MID. Il est temps que le gouvernement et le Premier ministre en fassent la démonstration en expliquant à la population – étude à l’appui – si nous avons été ou non vertement manipulés par les promoteurs des projets Jin Fei et Neotown.

D’autres commentaires sur cet édito


Le pacte des loups

Il flotte comme un parfum de scandale. Celui « du siècle », le rachat de la clinique Med Point par l’Etat, monopolise quotidiennement la une des journaux. Depuis samedi dernier, un autre – « méga » celui-là – a été mis au jour. Il serait lié aux conditions d’octroi d’un bail de 99 ans au développeur indien du projet Neotown. Le MMM, en grand inquisiteur de la morale politique, entend établir que le gouvernement a fauté dans les deux cas. Toutefois, ce que le parti de Bérenger ne démontrera pas, c’est l’existence d’une collusion vieille de quelques décennies. Un pacte des loups qui réunit toutes les grandes formations politiques du pays. Sa finalité : préserver la loi du silence autour de la fortune et du financement des grands partis.

Le Parti travailliste, le MMM et le MSM ont épousé la doctrine Mutually Assured Destruction (MAD). Pendant la guerre froide, le raisonnement MAD était le bon sens même : quand deux nations possèdent l’arme nucléaire, aucune ne prend le risque d’attaquer l’autre. Car la riposte qui s’ensuivrait mènerait à la destruction des deux belligérants. Il en va de même pour le financement politique.

Pour avoir frayé les uns avec les autres, les partis, surtout leurs leaders, ont une connaissance intime des sources de financement du système politique. Mais le pacte des loups impose le silence. Si, sur les caisses à savon, personne ne se prive d’indiquer la proximité de tel cador avec telle entreprise ou homme d’affaires influent, personne ne se hasarde à dire ce qu’il sait. On suppute sans dénoncer des faits.

Confronter les dispositions de la Representation of the People Act (RPA) aux réalités d’une campagne électorale aide, toutefois, à illustrer le flou total qui entoure l’argent des partis. La RPA fixe une dépense maximale autorisée de Rs 450 000 par circonscription pour les trois candidats d’un bloc électoral. Ce dernier dépense donc a priori Rs 9 millions lors d’un scrutin national. Or, les cadres des grands partis avouent volontiers que le budget d’une circonscription démarre plutôt à Rs 4 millions de nos jours.

Cela porte les dépenses réelles de chaque bloc électoral à Rs 80 millions minimum. Si l’on y additionne les frais encourus pour les événements nationaux de chaque camp – présentation des candidats, conférences de presse, grands meetings et campagne de communication –, la note devient vite astronomique. Plus proche de Rs 200 millions que des Rs 18 millions autorisées !

D’où provient l’argent ? Pas de la cotisation annuelle des adhérents. À raison de Rs 100 par membre, le PTr ou le MMM devraient en recruter des dizaines de milliers pour réunir ne serai-ce que le quart des sommes en jeu. Pourtant la machine tourne, pendant et en dehors des campagnes électorales.

Si un club de carrom à Quartier-Militaire doit rendre des comptes sur ses finances au Registrar of Associations, aucune obligation de la sorte ne pèse sur les partis politiques. Une opacité totale règne sur leur patrimoine foncier et leur argent. D’ailleurs, celui-ci est-il déposé au nom des leaders ou des mandataires ? Sur des comptes locaux ou étrangers ? A travers des hommes du parti ou des chauffeurs transformés en porteurs, le temps d’un voyage en Suisse ?

Avant les campagnes électorales, les bailleurs de fonds se pressent aux portes des partis. Plus une formation donne l’impression d’être en position de gagner, plus le soutien des bailleurs devient zélé. Ceux-ci se comptent en dizaines, et remettent des sommes à six chiffres – souvent sept – en mains propres aux leaders. Les rentrées d’argent sont tellement massives que ces leaders peuvent se permettre des coups d’éclat. Comme ce « met li dan to f*** » lancé à l’un des plus importants représentants de Mauritius Inc venu remettre sa « contribution ».

Ce type d’arrogance – ou de désinvolture – trouve son explication dans le fait que Mauritius Inc n’est pas seule à financer notre monde politique. Foreign Investors Inc y participe également. Au nom de l’éternelle reconnaissance qu’elle éprouve envers les politiques locaux chaque fois qu’un projet important reçoit l’aval des autorités.

Si Mauritius Inc se montre généreuse en roupies, la générosité de Foreign Investors Inc se mesure, elle, en dollars. Et il suffit de compter les milliards de dollars investis dans le pays ces 30 dernières années pour se faire une idée du pourcentage de « générosité » qui a pu être reversé, pour financer des campagnes électorales, voire garnir des comptes et des patrimoines personnels.

Mais chut ! Même si la conclusion est évidente, inutile d’attendre de nos partis politiques qu’ils dénoncent les faits. Pour eux, ils n’existent pas. Ou s’ils existent, ils sont imputables à quelques « manzer » de commissions qui opèrent sans l’aval de leurs chefs. Qui, eux, ne prennent connaissance des agissements qu’au moment de virer ces indélicats de leur gouvernement. Sans que leur crédibilité personnelle n’en souffre. C’est là, la finalité du pacte des grands loups politiques. Permettre au système de tourner, en se ménageant la possibilité de faire sauter certains fusibles.

Comme il semble avoir été convenu que seuls les subalternes feront l’objet des vraies attaques, certains grands loups ont pris goût à ce système d’impunité. Cela explique peut-être pourquoi d’autres secrets restent bien gardés. Pourquoi des Mazarine Pingeot locales (en version masculine ou féminine) ont pu exister ou existent encore. Sans que l’omerta soit brisée. C’est la preuve que le pacte des grands loups tient bon. Qu’il étend même le domaine de sa protection. En attendant qu’un éventuel pacte des citoyens le fasse voler en éclats.


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