Archives mensuelles : janvier 2011

(Gué)Guerre de religion

Quel paradoxe. Au 4e siècle, des savants ont dit qu’elle « relie » l’homme à l’homme ainsi qu’à Dieu. Au 20e siècle, elle a été dénoncée comme étant « l’opium du peuple » . Et voilà que depuis la semaine dernière, la religion loin de « relier » divise davantage les Mauriciens. En cause : une classe de « Bible Knowledge » que le collège du St- Esprit (CSE) veut supposément imposer à ses jeunes élèves. Une décision assimilable à du prosélytisme selon des parents inquiets de découvrir des velléités de conversion chez leur progéniture. Nous voilà donc repartis pour une énième guéguerre de religion dans le pays…

Une partie de la composante majoritaire de la population est comme gagnée par une certaine fébrilité depuis ces dernières années. Après le malaise créole des années 90, va-t-on devoir gloser au sujet d’un hypothétique malaise hindou ? Car il y a comme une accumulation de faits troublants… A la moindre manifestation d’églises évangélistes ou d’autres mouvements néo-religieux, certaines associations hindoues sont gagnées par un brusque accès d’intolérance et de violence. Menaces verbales, agressions physiques et vandalisme figurent ainsi parmi les « modes de communication » habituels de certaines de ces associations.

La menace est perçue comme étant tellement critique que des mouvements religieux ont appelé le législateur à la rescousse. Réclamant la protection d’une loi anti- conversion pour leurs coreligionnaires. Dont la culture est prétendument menacée par le prosélytisme acharné des nouvelles églises. Cette demande a été rejetée illico par le pouvoir politique qui en a relevé le caractère inconstitutionnel. Incapable de se prévaloir d’une loi ou d’un quelconque soutien étatique pour pourfendre le collège du St- Esprit, l’organisation hindoue Kranti brandit désormais la menace d’une « action drastique » . En apparence, la crise semble partie pour durer…

Certaines voix d’apaisement se font toutefois entendre. La plus étonnante d’entre toutes est celle de Krit Manohur. Le président du groupe radical « Voice of Hindu » opère ainsi une « distinction entre religion et éducation » dans « Le Mauricien » de ce mercredi. Il estime ainsi que la matière « Bible Knowledge » concerne la « connaissance générale » et conseille aux parents de ne pas se laisser influencer par un faux débat sur la question. Pourtant, débat il y a. Issa Asgarally, cofondateur de la Fondation pour l’Interculturel et la Paix, juge ainsi que l’enseignement obligatoire de la matière « Bible Knowledge » porte « atteinte à la liberté de conviction de l’individu » .

Pour une fois, nous sommes d’accord avec Manohur et Asgarally en même temps. Nous pensons que les collèges, publics et privés, confessionnels ou laïcs doivent tous enseigner la religion! Toutefois, il s’agit d’un enseignement précis : soit trois années d’études comparatives consacrées essentiellement aux grandes religions présentes à Maurice : islam, bouddhisme, catholicisme et hindouisme. Car un constat s’impose…

Planter un sapin au milieu de son salon le 22 décembre n’a jamais permis à quiconque de comprendre la philosophie chrétienne. On ne peut pas non plus manger avec délectation le « sewaï » offert par une collègue de bureau musulmane et espérer avoir compris la symbolique de la fête Eid. De nombreux Mauriciens n’ont ainsi appris à connaître la religion des autres qu’à travers une vision folklorique. Bâtie essentiellement autour des grandes célébrations religieuses que sont Divali, Maha Shivaratree, la fête du Printemps, Eid, Noël ou Pâques. Il est temps que l’on passe à une autre dimension d’échange et de compréhension dans une société portée à accorder une importance démesurée à l’identité ethnique et religieuse de chaque individu. Tout en continuant à véhiculer les mêmes clichés autour de ces identités.

Les adolescents sont naturellement portés à questionner les modèles établis. On peut penser qu’à 11 ou 14 ans, ils seront donc d’autant plus réceptifs à d’autres idées que celles érigées en dogme par papa-maman à la maison. Nous pensons justement que les collèges – à travers l’enseignement des religions comparatives – ont un rôle prépondérant à jouer pour casser les clichés au sein des familles sur les « malbars » , « lascars » , « créoles » , ou « sinoi » . Près de 2 000 ans après, les religions peuvent encore nous « relier » .

D’autres commentaires sur cet édito.


Les nouveaux habits (virtuels) du journaliste

Le journal à papa est mort. Ou presque. Les lecteurs, surtout les plus jeunes, sont nombreux à le penser. Le journal papier traditionnel est « has been ». Parce que l’instantanéité est désormais la norme en matière d’information. On n’attend plus la sortie du journal, le flash info radio ou le journal télévisé pour se tenir informé. Le news est accessible en permanence à travers une multitude de supports. De l’Ipad à Facebook et Twitter en passant par le téléphone portable ou les portails d’information sur internet.

Cette révolution de l’information est en marche à l’étranger. Et génère depuis quelques années des dégâts irréversibles aux journaux et à l’économie de la presse. Fermetures, réduction des effectifs de journalistes et abandon du format papier sont quelques unes des conséquences de la nouvelle manière dont l’information – produit comme un autre – est désormais consommée.

L’industrie locale de la presse n’est pas encore entrée dans la phase critique où l’existence même des journaux papiers est menacée. Mais les tendances se dessinent. Parallèlement à la lecture des journaux, les Mauriciens ont de plus en plus recours aux nouveaux médias pour s’informer. Conscients que cette tendance va s’accentuer, les plus importants groupes de presse ont entrepris de ne plus se reposer seulement sur leurs produits papier et/ou radio. Ils se sont diversifiés en proposant une réelle offre d’information sur internet. Est-ce à dire, qu’à Maurice également, le début de la fin des journaux papiers a commencé ? Certainement pas. Néanmoins, c’est sans doute la fin d’une certaine manière de concevoir et pratiquer le journalisme.

La suite : Advent of Digital Content 1

Ceci est un papier que j’ai écrit dans le cadre de la Unesco/University of Mauritius Dialogue Session on The Media qui avait été organisée le 16 et 17 septembre 2010 à l’Université de Maurice. Je suis intervenu sur le thème : “The Advent of Digital Content: Experiences in Online Journalism”


L’exception

C’est le monde à l’envers. Un avocat qui dénonce celui qu’il défend. C’est ce qu’a choisi de faire un juriste quand son client lui a expliqué vouloir remettre, par son entremise, Rs 200 000 à des offi ciers de police. Afin de se dépêtrer d’une affaire d’escroquerie dont il est l’unique suspect. Le cas de figure est exceptionnel. Surtout quand on sait que certains hommes de loi traînent la réputation inverse. Ils passent, en effet, pour être des experts en combines diverses et variées – certaines louches, d’autres carrément illégales – pour sortir leur client d’affaire… ou rendre leur séjour en prison plus agréable.

Cette semaine, toutefois, c’est un avocat très attaché à certains principes qui s’est illustré. Mais si l’on se réfère au code de déontologie des juristes de Maurice, la justesse de l’action du dénonciateur peut être remise en question. Le paragraphe du code consacré à la confidentialité des échanges entre le client et son avocat semble clair : « It is of the essence of a barrister’s function that he should be told by his client things which the client would not tell to others, and that he shall be the recipient of other information on a basis of confidence. Without the certainty of confi dentiality, there cannot be trust. Confidentiality is, therefore, a primary and fundamental right and duty of the barrister. » L’affaire se corse…

D’autres avocats, c’est le cas de Kishore Pertab sur Radio One, vendredi matin, ont toutefois argué que le principe de confidentialité souffre de quelques exceptions. Notamment quand le respect de ce principe conduit celui qui le fait à se rendre complice, voire coupable, d’un délit. Il est évident qu’en acceptant les instructions de son client, cet avocat se serait rendu complice d’un délit de corruption. Ce dernier a du coup obéi à des considérations éthiques et légales dépassant les cadres stricts de sa déontologie professionnelle. On ne peut donc que l’en féliciter.

Mais d’autres questions liées directement ou indirectement à l’affaire s’imposent. Revenons donc aux Rs 200 000. Selon les dires de l’avocat, cet argent aurait été destiné à des policiers qui se seraient chargés d’amener le graphologue de la police à écrire un rapport favorable au présumé escroc. Pourquoi cette personne prendrait sur elle pour proposer cette importante somme d’argent ? Avait- elle donc des raisons de croire que les policiers chargés de l’enquête sont corruptibles ? Connaît- elle, par exemple, des personnes qui se sont tirées d’affaire en adoptant la même stratégie ?

Plus prosaïquement, il nous faut revenir sur l’aspect exceptionnel de l’action de cet avocat. Les chroniques judiciaires ont été marquées durant les dernières années par des juristes emprisonnés ou poursuivis pour fabrication de faux alibi, trafic de drogue ou utilisation d’armes à feu, etc. La presse a également fait état de ces ripoux vendant l’honneur de leur uniforme pour Rs 200. On peut donc légitimement s’interroger sur cette affaire. Est-elle exceptionnelle dans le sens où c’est l’une des rares fois où un prévenu a demandé à son avocat de soudoyer la police ? Ou alors, est-elle inhabituelle… parce que d’ordinaire, les avocats qui reçoivent ce genre d’instructions n’en disent rien ?

Nous voudrions bien opter pour le bénéfice du doute. Mais nous ne le ferons pas. Parce qu’il y a décidemment trop d’enquêtes policières bâclées qui s’écroulent devant nos tribunaux. A la suite d’un vice de procédure, comme savamment planté lors de l’enquête. Et il y a aussi ce constat d’un ténor du barreau à l’effet que « n’importe qui » devient homme de loi de nos jours. Que conclure donc ? Que la corruption n’est certes pas la règle parmi les juristes! Mais que certains juristes gagneraient peut- être à suivre l’exemple de leur confrère qui s’est illustré cette semaine…

D’autres commentaires sur cet édito


Au paradis

Un sentiment de révolte. Voilà ce que de nombreux Mauriciens disent ressentir à la suite du meurtre de Michaela Harte, l’Irlandaise tuée à l’hôtel Legends ce lundi lors de ce qui semble être un cambriolage qui a mal tourné. Nous avons toutes les raisons d’être choqués. Car ce fait divers écorne l’image que le Mauricien a de lui-même et de ses compatriotes. Ce drame fait mentir cette réputation dont nous nous enorgueillissons tous : notre « légendaire » sens de l’accueil et de l’hospitalité. Et voilà qu’un de nos invités est tué. Chez nous. Par les nôtres !

Il ne s’agit pas toutefois de créer une responsabilité collective là où il n’y en a pas. Non, tous les Mauriciens n’ont pas du sang sur les mains. Non, il n’est pas interdit de dire qu’on est Mauricien à Belfast, Glasgow ou Londres…sous peine d’être couvert de honte et lynché. C’est pourtant ce que disent certains Mauriciens ; principalement établis à l’étranger. Notamment sur lexpress.mu.

Les journaux et tabloïds britanniques pourtant si friands de sensationnalisme et s’abandonnant parfois à des jugements à l’emporte-pièce ne se sont d’ailleurs pas mis à dénoncer une nation de « tourist-killers ». Si le « Telegraph », ce jeudi, titre « we’re not even safe in paradise » c’est pour mieux conclure qu’il n’y a justement… rien à conclure de cet épisode. A part le fait qu’un drame peut arriver même au moment où on s’y attend le moins.

Le meurtre de Michaela Harte doit toutefois nous conduire à regarder quelques réalités en face. Par exemple, certaines petites cachotteries finissent par coûter très cher aux hôteliers. Il est en effet un secret pour personne que de petits vols sont régulièrement commis dans les établissements, même les plus réputés de l’île. Or, soucieux de leur image, ces hôtels s’arrangent dans la plupart des cas pour que ni la police ni les assurances n’interviennent. Soit en remplaçant illico les objets volés ou alors en dédommageant généreusement leurs propriétaires.

Quand ils sont pris, les voleurs sont renvoyés en toute discrétion afin de ne pas nuire à la réputation de l’hôtel. Le problème c’est qu’ils se font ensuite réembaucher ailleurs… Si leurs larcins restent impunis, les employés indélicats continuent à sévir dans l’hôtel. Jusqu’au jour où ils sont pris la main dans le sac par leur employeur. Ou par un touriste revenant à sa chambre. On sait désormais comment une telle situation peut dégénérer…

Certes, les hôtels restent extrêmement vigilants face à ce type de phénomène. Mais l’affaire Harte doit sans doute les amener à décupler l’intensité de la traque des délinquants qui sévissent chez eux. Il ne s’agit plus d’exiler les brebis galeuses une bergerie plus loin. Mais bien de systématiquement recourir à la police pour que chaque personne suspectée réponde devant la justice. Eventuellement même de créer un fichier de partage dans l’hôtellerie afin que toute personne trouvée coupable de vol ou de toute activité criminelle soit interdite d’exercer dans l’industrie.

La vigilance des hôteliers, si elle est importante, n’est pas malheureusement non plus la solution à tous les problèmes. Car un sentiment plus inquiétant se développe chez une partie des Mauriciens. Celui consistant à voir dans le touriste une sorte de portemonnaie sur patte. Certes l’immense majorité d’entre nous est « tourist friendly. » Mais l’activité de certains, même s’ils n’ont stricto sensu rien d’illégal, s’apparente davantage à du vol qu’à du commerce. C’est le cas de ces chauffeurs de taxi qui demandent Rs 2 000 pour une course qui en vaut Rs 750. Ou alors du vendeur du marché de Port-Louis qui encaisse Rs 3 000 pour un châle que l’on trouve à Rs 200 trois rues plus loin.

Pour une partie de Mauriciens, il est comme devenu normal de plumer les touristes. Car, selon eux, ils sont tous outrancièrement riches et méritent qu’on leur fasse le coup de Robin des Bois. C’est loin d’être la vérité. Celle-ci ne frappera d’ailleurs pas le valet de chambre qui n’aura jamais l’idée de rentrer par effraction dans une maison pour en voler les propriétaires. Mais qui trouvera acceptable de pénétrer dans la chambre d’un touriste pour y subtiliser un appareil photo ou les 300 euros que l’occupant aura négligemment laissé traîner sur sa table de chevet.

Le paradis, comme le dit le « Telegraph », n’est pas nécessairement un lieu sûr. Maurice n’est pas un paradis. Mais par nos actions nous pouvons encore la faire mériter sa réputation de « lieu sûr ».

D’autres commentaires sur cet édito.


Bonne année !

Bonne, heureuse, prospère, intense… et pluvieuse année 2011 à tous.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 2 129 followers