Archives mensuelles : novembre 2010

Cocus magnifiques !

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Certains politiques – ici et à l’étranger – ont fait de cet adage leur philosophie de vie. Le hic, c’est que leurs interlocuteurs ne le savent pas ! Pour leur plus grand malheur, les syndicalistes locaux font partie de cette catégorie d’interlocuteurs- là. En effet, depuis le 25 octobre dernier, date de la première réunion du National Tripartite Forum , ils se sont installés dans leur nouveau rôle de… cocus magnifi ques. Qui voient s’éloigner la perspective d’une généreuse compensation salariale, qu’ils croyaient acquise…

Il faut commencer par dire, qu’en grands naïfs, nos syndicalistes sont parfois à l’origine de leur propre malheur. Ainsi, ils font semblant d’entretenir des rapports de force avec le pouvoir politique ou économique. Tout en ne se privant pas de faire copaincopain avec leurs opposants dès lors que ceux- ci donnent publiquement l’impression de leur avoir cédé du terrain.

A la veille du budget 2008, Rama Sithanen était l’antéchrist pour l’ensemble de la classe syndicale. Mais dès l’annonce du paiement intégral des augmentations préconisées par le rapport du Pay Research Bureau de cette année- là, le ministre des Finances d’alors était soudain devenu « ene boug corek » . Avec qui on s’empresse de poser pour des photos de presse, un verre de scotch à la main ! A force d’agir ainsi, les syndicalistes ont dévoilé leur talon d’Achille à leurs « adversaires » . Il suffit de maquiller des retraites tactiques en abdication ou de fl atter le syndicaliste dans le sens du poil pour l’endormir. Et ça marche. Le ministre des Finances et celui du Travail, Shakeel Mohamed, ont ainsi endormi les syndicalistes avec brio. Certes les deux hommes n’ont pas adopté la même méthode. Mais ils ont pu arriver à leurs fins jusqu’à fin octobre.

Pravind Jugnauth s’est reposé sur sa posture anti- Sithanen et populiste des cinq dernières années pour se faire une certaine image auprès de la classe syndicale. Qui s’est empressée de voir en lui le ministre des Finances qui va corriger les turpitudes de ses prédécesseurs. Une grave erreur ! Car les syndicats ont confondu – sans doute volontairement – Pravind Jugnauth, chef de parti et opposant politique du régime en place, avec Pravind Jugnauth, ministre des Finances de la République.

Le réveil est difficile. Assommés par la supercherie – qui n’en était pas une – les syndicalistes, incapables de faire fl échir leur interlocuteur en sont réduits à utiliser des astuces de langage comme mode de protestation. « Le vice- Premier ministre » est ainsi devenu « ti- Jugnauth . » On vilipende à défaut de convaincre.

Le cas Mohamed est plus complexe que celui de Jugnauth. En effet, si le ministre des Finances avait plus ou moins laissé planer le doute sur ses intentions réelles depuis son entrée en fonction, son collègue du Travail avait, lui, été plus affi rmatif. En coulisses Mohamed a avoué à plus d’un interlocuteur qu’il avait une mission : corriger les injustices commises par Sithanen à l’égard des salariés. « Si Sithanen est propatron, moi je suis pro- travailleurs » , s’est- il flatté. Le discours a sonné comme une douce sérénade aux oreilles des Benydin, Sadien, Imrith, Chuttoo et autres.

La musique est toutefois devenue grinçante. Pour tout le monde. Les syndicalistes se retrouvent face – à quelques nuances près – à un Sithanen déguisé en Pravind Jugnauth. Mohamed, conscient de ne plus pouvoir jouer la carte pro- syndicale s’est enfermé dans un semi- mutisme. Contraint qu’il est de suivre la position gouvernementale sur la question de la compensation salariale : celle de la rigueur. Pravind Jugnauth réalise, lui, maintenant qu’il a les chiffres en main et une économie à gérer, qu’on ne peut être ministre des Finances et populaire à la fois durant les périodes de ralentissement économique.

Dans l’affaire, il semble y avoir beaucoup de cocus magnifi ques. A l’exception, peut- être, du patronat. Qui semble convaincu que le gouvernement ne mettra pas en péril des centaines d’entreprises uniquement pour un peu de popularité ponctuelle. Mais ils ont peut- être tort. Pravind Jugnauth a en effet pu apprendre un autre truc de son prédécesseur. Préparer les esprits dans un sens… et décider dans l’autre !

 


Vini nou koz koze !

Un de nos leaders politiques aurait-il développé un gout immodéré pour les sessions  ”koz koze” avec son principal adversaire ? Est-ce suffisamment grave pour que cela soit une bonne raison, pour lui, de prendre sa retraite ? C’était le sujet de l’édito du jour sur Radio One.

En attendant le retraite


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Noel était là. Avec plus d’un mois d’avance. C’était vendredi ; partout dans le pays. Il y a quelque chose de profondément émouvant dans la manière dont tous les Mauriciens ont adopté Divali. Cette célébration est certes hindoue. Mais elle porte avant tout un message universel d’espoir et de partage. Un message que l’écrasante majorité de nos compatriotes semblent comprendre et pratiquer. Malgré notre tentation atavique de trouver les différences plutôt que les similitudes d’avec nos voisins.

Divali a été complètement appropriée par les Mauriciens, toutes fois et origines confondu. Vendredi soir, des Denis ont souhaité Happy Divali à des collègues et amis qu’ils savent non hindous. Tout comme ils auraient souhaité Joyeux Noël aux mêmes personnes un 24 décembre. Des Zubeida ont fait plaisir à leurs enfants en allumant des lampes chez elles. Et en confectionnant quelques gâteaux à distribuer chez le voisin.

Le commerce a certes accompagné l’essor de cette fête. Mais l’ampleur et la ferveur avec laquelle on célèbre Divali n’a rien à voir avec les campagnes commercialo-marketing que sont la St Valentin, la Fête des Mères ou Halloween. Oui les Mauriciens, aiment le partage. Dommage qu’ils ne le pratiquent pas tous les jours…

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Pravind Jugnauth, doit également découvrir en ce moment ce qu’il a en partage avec un certain…Rama Sithanen. Son prédécesseur et ancien ennemi juré aux finances. Les plus cyniques d’entre nous ne manqueront pas de remarquer que les deux politiques partagent déjà une certaine attitude depuis des années : leur arrogance. Sithanen se fonde sur sa profonde connaissance technique de l’économie pour afficher son air supérieur. Tandis que Pravind Jugnauth, tire probablement une bonne partie de sa suffisance de l’aura de son père…et du pouvoir que celui-ci semble encore détenir. Mais il y a autre chose…

Jugnauth et Sithanen se rejoignent depuis peu à un tout autre niveau : le sens de l’Etat. Le ministre des finances semble doucement vouloir se défaire de l’image de prestidigitateur économique qu’il s’était donnée quand il était dans l’opposition. Fini le temps du « tout est possible. » Jugnauth parait avoir pris la mesure de sa responsabilité au sujet des finances publiques. Il n’y a qu’à voir son attitude réservée et responsable par rapport à la détermination de la compensation salariale 2011 pour comprendre qu’il ne cherche plus à faire de l’anti-Sithanen à tout prix. Sans doute a-t-il enfin admis que son prédécesseur avait de bonnes raisons de prôner l’austérité.

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Austère n’est certainement pas le mot que l’on pourrait utiliser pour qualifier l’attitude du Premier ministre envers la perfide Albion. En 2004, déjà Navin Ramgoolam s’était opposé à Paul Bérenger, alors chef du gouvernement, sur l’attitude à adopter envers le gouvernement britannique sur la question des Chagos. Bérenger et son ministre des affaires étrangères, Jayen Cuttaree, n’y étaient pas allés de main morte pour critiquer le gouvernement britannique et Tony Blair. Bérenger avait même suggéré que Maurice se retire du Commonwealth afin d’être libre d’intenter des actions internationales contre le Grande Bretagne. Ce qui avait suscité l’ire de Ramgoolam.

Cinq ans après, c’est un Premier ministre hors de lui qui s’est chargé de traiter l’ancien ministre britannique des affaires étrangères, David Miliband, de « personne malhonnête » tout en dénonçant l’hypocrisie de la Grande Bretagne autour du Marine Protected Area des Chagos. Voila désormais Bérenger et Ramgoolam sur la même longueur d’ondes. Les deux patrons politiques partagent (presque) la même opinion sur nombre de sujets en ce moment. Allant des Chagos à la réforme constitutionnelle en passant par la mise en place des «speaking unions. » C’est à croire qu’emportés dans leur élan de partage, les deux leaders politiques ont oubliés qu’ils sont opposants. Ce qui est certain, c’est qu’entre les deux, l’esprit de Divali ne va pas durer longtemps…


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