Archives mensuelles : octobre 2010

Notre xénophobie ordinaire

Iris Peitzmeier à l’échafaud ! Pour certains étudiants du Fashion and Design Institute (FDI), la cause est entendue. Leur directrice n’est pas à sa place à la tête de l’institution. Loin de vouloir leur faire entendre raison, certains enseignants du FDI semblent même encourager les mutins dans leur croisade contre l’Allemande qui dirige l’école nationale de stylisme. Voici un incident de plus à ajouter aux nombreuses manifestations de la xénophobie ordinaire chez les Mauriciens. Notre xénophobie ordinaire

Il faut toutefois nuancer les choses. La xénophobie sévit d’abord dans les institutions publiques et parapubliques. Bien moins dans le secteur privé. En effet, depuis des années, des cadres étrangers travaillent aux plus hauts échelons de nos entreprises sans que leur compétence ou leurs méthodes soient systématiquement remises en cause. Sans doute est-ce parce qu’une entreprise, qu’elle soit basée à San Francisco, Mumbai ou Brisbane obéit aux même logiques de performance et de résultat. Peu importe la nationalité de ses dirigeants.

Pourquoi donc, à l’inverse, l’arrivée d’étrangers au sein de nos administrations pose autant de problèmes ? L’Ecossais Bill Duff et l’Australien Phillip Cash en 2006. Le Canadien Bert Cunningham en 2008. Le Britannique John Davies, il y a quelques semaines. Ce ne sont là que quelques exemples de professionnels aux compétences reconnues qui ont dû jeter l’éponge à la suite d’une guerre larvée avec leurs collègues ou leur hiérarchie.

La première explication est bien évidemment culturelle. Nos administrations baignent dans une certitude toute insulaire. Qui consiste à penser que nous savons à peu près tout faire à Maurice. Cette attitude volontariste est bien évidemment utile dans certaines circonstances. Mais elle devient contreproductive quand, à la suite de la nomination d’un étranger à la tête d’une administration, ses collègues et ses subordonnés, se mettent en tête qu’un Mauricien aurait très bien pu faire le job à sa place. Et même, très certainement, le faire mieux que lui !

De là s’ensuit la même séquence : quasiment toutes les décisions – surtout celles remettant en cause l’ordre et les règles établis – sont contestées. L’argument roi ne tarde pas à tomber « c’est un étranger qui ne comprend rien à notre système et qui prend les mauvaises décisions. Il aurait mieux valu installer un Mauricien à ce poste ! » Quand on sait que ceux qui tiennent ce genre d’arguments sont souvent des nominés politiques au sein de ces mêmes administrations, on comprend très vite pourquoi le pouvoir finit souvent par arbitrer en la défaveur de ces « étrangers » coupables d’avoir voulu innover…

Quand ce n’est pas le choc des cultures, c’est celui des salaires qui cause bien des dégâts. Nous avons un gros problème avec ceux gagnant bien leur vie à Maurice. A fortiori, les Mauriciens les voient d’un œil encore plus mauvais quand ils sont étrangers. Ainsi, cela a été un scandale, quand fi n 2006, on a appris que Bill Duff, l’ancien commissaire des prisons, percevait des revenus de plus de Rs 200 000 par mois. Même cri d’horreur – notamment en provenance des syndicalistes – quand le salaire (plus de Rs 300 000) de Bert Cunningham a été rendu public en 2007. Pourtant, si l’on regarde les faits, 10 000 dollars par mois, ce n’est vraiment pas cher payé pour s’adjoindre les services d’une personne compétente, au parcours riche et à qui on a demandé de s’expatrier avec toute sa famille le temps de sa mission à Maurice. Seuls les hypocrites diront qu’un traitement salarial adéquat – donc généreux – n’est pas justifié dans ces cas-là.

Les hommes et femmes de qualité sont une denrée rare sur le marché international. Pour les attirer, il faut non seulement leur proposer un bon salaire, mais aussi un challenge professionnel intéressant et un cadre de vie attractif. C’est quelque part le mélange de ces trois facteurs qui explique pourquoi Maurice a parfois pu attirer des compétences étrangères au sein de l’administration publique alors que celles-ci auraient pu percevoir un salaire autrement plus intéressant en s’expatriant au Brésil, en Chine ou dans les pays du Golfe.

Il est temps que nous soignions certains de nos complexes de colonisés. Non, les étrangers ne viennent pas nécessairement nous dire quoi faire et comment penser. Nous les payons pour partager avec nous leur expérience. Et le gaspillage le plus stupide dont nous pouvons nous rendre coupables, consiste à les empêcher de terminer leur mission en trouvant toutes sortes de prétextes pour les renvoyer chez eux…


Interview de Shiv Khera

Vous avez été nombreux à apprécier les propos de Shiv Khera dans  l’express-dimanche. Une version intégrale de l’entretien a également été diffusée sur Radio One ce lundi. Pour ceux qui veulent se rattraper, voici tous les liens.

L’interview sur Radio One

Khera I

Khera II

Khera III

Khera IV

Khera V

 

Interview de l’express dimanche


Pa li sa, mwa sa

C’est l’expression fétiche de nombreux politiciens : « Pa mwa sa, li sa. » Imparable,  quand elle est adressée à des citoyens crédules, cette phrase exonère parfois les politiques des responsabilités qui sont pourtant les leurs. Toutefois, seuls des « semi-politiciens » ont recours à cette tactique. Incapables qu’ils sont de tenir des argumentaires élaborés. Les grands leaders – ceux de la trempe de Navin Ramgoolam – font autrement. Eux, font dans le « pa li sa, mwa sa ! »

Attention, il ne faut absolument pas confondre le « pas li sa, mwa sa » avec sa variante. Le plus laborieux « deklar piti ki pa pou li ». Ce type  d’attitude est plutôt réservé aux opportunistes, viles accapareurs du bilan des autres.

Le style Ramgoolam est différent ! Le Premier ministre se borne, lui, à se réattribuer tout ce qui lui a été injustement confi squé. Le coupable est bien évidemment cette presse manipulatrice et de mauvaise foi qui se plaît à adjuger à d’autres les actions et décisions directement issues du génie politique et décisionnel de Navin Ramgoolam. Prenons  quelques exemples pour étayer ce que nous avançons.

Cette semaine encore, le Premier ministre a dû intervenir pour corriger des faits erronés. Il s’agissait notamment de rétablir la vérité sur le discours qu’Arvin Boolell, le ministre des Affaires étrangères, a prononcé jeudi dernier devant les Nations Unies. Encore une fois, la presse a comploté. Flattant allègrement les propos énergiques de Boolell sur la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos à la tribune. Comme pour mieux donner à croire que Ramgoolam y est d’habitude timoré.

Décidemment, cette certaine presse ne comprend rien à l’action du Premier ministre. Qui, en tant que chef du gouvernement, avalise toutes les positions que prend la diplomatie mauricienne dans les forums internationaux. Et recadre parfois les discours préparés notamment par les fonctionnaires de la UN Desk du ministère de Boolell. Ramgoolam a donc dû préciser les choses. « Aucun ministre ne peut prendre une position sans l’aval du chef du gouvernement. J’ai personnellement corrigé à quatre reprises le discours du ministre Arvin Boolell. » Autant pour ceux qui ont confondu, involontairement ou à dessein, le messager et celui dont il est l’envoyé. La vérité a donc triomphé. Même si, au passage, Boolell a dû être humilié en public. Un peu comme l’élève pris en flagrant délit d’avoir copié les bonnes réponses de la feuille de son camarade de classe.

D’autres vérités ont eu à être dites dans le passé. Comme dans le cas de cette canaille de Sithanen. Il avait décidement trop d’amis dans la presse. Leur stratégie commune était d’ailleurs claire : le présenter comme le ministre des Finances le plus inventif et courageux des 40 dernières années. Dès mai 2006, après le premier discours du budget du gouvernement Ramgoolam II, cette presse s’est entêtée à appeler « Réforme Sithanen » l’ambitieux plan de restructuration économique présenté par le gouvernement. Or, « humble comme ce petit enfant… » Ramgoolam a à peine protesté, quand les journaux barraient leurs Unes uniquement avec de grandes photos de Sithanen au lendemain de ses discours du budget.

Comme tous les très grands politiques, Ramgoolam sait attendre son heure. C’est donc début avril que le Premier ministre s’est résigné à dire la vérité. Sithanen n’était en rien le seul décideur économique du gouvernement ! En effet, Navin Ramgoolam et son conseiller économique britannique Andrew Scott ont tous deux directement supervisé l’élaboration de la réforme économique. Bien évidemment, seules les mesures impopulaires comme l’introduction de la « National Residential Property Tax », l’imposition des intérêts bancaires ou encore l’abolition de certains abattements fi scaux sont l’oeuvre de Sithanen. Dire « pa li sa, mwa sa », c’est quelque part rétablir des vérités historiques. Bafouées de toutes parts ces derniers temps.

Le « pa li sa, mwa sa » de Ramgoolam a donc une réelle utilité. Il sert à rappeler qu’ici comme sur le plan international, l’île Maurice qui réussit, qui brille et qui impressionne, c’est l’île Maurice de Ramgoolam. A défaut d’être notre Sarkozy ou notre Obama, il est une sorte de Louis XIV local qui proclame : « l’Etat, c’est moi ! » Le seul problème avec cette posture toutefois, c’est qu’il requiert de celui qui le tient, un sens de la responsabilité aiguë. Ramgoolam ne pourra pas décider de voler uniquement au secours des victoires. Il lui faudra également assumer les défaites politiques et sociétales durant son mandat.  En a-t-il l’intention ?

 


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