Archives mensuelles : septembre 2010

Le chiffre du jour …

C’est le 2. Comme 2 ans. En effet, ça fait deux ans que le blog existe. Merci de votre fidélité !


Le mirage Singapourien

L’édito radio du jour porte  sur la visite du Premier ministre à Singapour durant ce weekend. Une piste pour expliquer pourquoi tous nos efforts pour nous hisser au niveau de cette minuscule île d’Asie sont restés vains jusqu’ici…

Le mirage singapourien


Ramgoolamiste ou Bérengiste

Doit-on être Ramgoolamiste pour être membre du Parti travailliste ? Est-ce que « militan koltar » est la définition standard du mot « Bérengiste » ? Dans un pays où être militant d’un parti signifi e avant tout jurer allégeance à son leader, Chetan Ramchurn, président de l’aile jeune du MMM, donne sa définition de la politique locale. « Ce sont les Ramgoolamistes contre les Bérengistes, et plus personne ne s’intéresse aux débats d’idées.» Le propos est lapidaire. Mais notre courte histoire postindépendance nous aide à comprendre pourquoi ce qu’avance Chetan Ramchurn n’est, après tout, que la stricte vérité.

Les faits sont difficilement contestables. Depuis 1968, le pouvoir politique s’envisage comme un patrimoine familial. Mû par la règle voulant que la direction du parti se transmette de père en fi ls. C’est le cas chez les Ramgoolam (hormis la parenthèse Satcam Boolell), les Jugnauth, les Duval. D’aucuns voudraient que le MMM suive la même logique. Quand c’est le leader qui finit par incarner le parti, on comprend pourquoi il est à ce point-là facile pour les sympathisants de se proclamer « Ramgoolamistes » ou « Bérengistes » d’abord, travaillistes ou militants ensuite.

Le phénomène des alliances a accentué cette propension à vénérer les chefs politiques. En leur conférant, au passage, l’incroyable faculté d’avoir raison en toute circonstance. Depuis l’indépendance, les leaders des quatre principaux partis du pays ont ainsi démontré qu’ils peuvent s’allier entre eux sans le moindre problème. Tant que l’enjeu de l’alliance demeure la préservation ou la conquête du pouvoir – souvent précédemment acquis à l’aide d’un autre partenaire !

Très vite les leçons ont été retenues à partir de ce mode opératoire. Un militant MMM foncièrement anti-travailliste a appris à tempérer sa hargne. Tout comme un camarade du MSM hostile à l’idée de tout rapprochement avec le MMM a dû, par moments, ravaler ses convictions. L’enjeu : ne pas être pris au dépourvu et être prêt à cautionner les décisions ou volte-face du leader. Le moyen le plus efficace d’y arriver est justement de se faire Ramgoolamiste, Duvaliste ou Bérengiste.

Cette posture permet par exemple d’escamoter le fait qu’on est anti peine de mort dans un gouvernement qui prône sa réinstauration. Ou encore à faire semblant d’épouser une politique économique libérale que mène le pouvoir alors qu’on ne jure que par le protectionnisme et l’interventionnisme étatique. C’est en effet tellement plus facile de commencer sa phrase par le rituel « comme le dit le leader… » Surtout quand on cherche à éviter d’exprimer des opinions contradictoires.

Ce fonctionnement a permis aux leaders politiques d’instaurer autour d’eux une culture de suivisme. Alors comment les Chetan Ramchurn peuvent-ils prétendre bousculer des mœurs politiques paraissant si solidement établies ? La première étape consiste sans doute en un retour aux valeurs fondamentales de chaque courant politique. L’approche pragmatique du MSM. La volonté travailliste d’émanciper toutes les couches de la population, notamment par le travail. Ou encore la lutte du MMM pour l’égalité en droit de tous les Mauriciens.

Le retour aux sources n’est toutefois pas si aisé qu’on ne le pense. Un partisan MSM peut-il risquer de dire à Pravind Jugnauth que son approche mollassonne vis-à-vis du gouverneur de la Banque de Maurice donne l’impression que le principal décideur économique du pays se trouve à la BoM Tower ? Comment dire à Bérenger que sa stratégie électorale depuis 1981 est en totale contradiction avec les idéaux égalitaires et unitaires du MMM ? Comment confronter Navin Ramgoolam sur la question de la lutte contre la pauvreté qu’il gère avec des arrière-pensées purement politiques depuis quelques mois ?

Il est évident que ceux qui oseraient tenir ce type de discours au sein de leur parti  s’exposeraient à la vindicte de leurs camarades suivistes. Mais il est aussi probable que ce type de discours réveille quelques consciences endormies. Lançant ainsi des débats contradictoires au sein de ces partis. De tels exercices pourraient toutefois aboutir à la remise en question de telle ou telle décision des leaders. Or, ces derniers, habitués à ne pas devoir rendre des comptes – ou si peu –, ne toléreront sans doute que très mal la présence de contestataires au sein de leur parti. Deux issus possibles : ces audacieux seront ramenés à la raison. Ou alors éjectés du parti.

C’est ce qu’il se passera si les suivistes continuent à être les membres majoritaires de nos principaux partis. Mais si ce n’est pas le cas. Si des Chetan Ramchurn s’imposent au PTr, au PMSD ou au MMM ? La remise en question qu’on dit impossible au sein de notre classe politique pourrait alors arriver bien plus vite qu’on ne le croit…


La solitude de SAJ

Il est bien seul, le président de la République. Depuis le décès du vice-président Angidi Chettiar, sir Anerood Jugnauth (SAJ) et d’autres Mauriciens se posent une double question. Qui va remplacer le brave Angidi ? Et surtout, conservera-t-on le poste que ce dernier a occupé jusqu’à 20h30 ce mercredi ? Une personne, une seule, a des éléments de réponse : le Premier ministre. Mais encore faut-il que Navin Ramgoolam ait commencé à réfléchir à la question !

Dans le cadre de ce type de remplacement, l’équation à résoudre est complexe. Mais elle peut néanmoins être posée clairement. Les éléments à prendre en compte sont en effet connus. Il y a d’abord la perception. Ramgoolam aurait lui-même identifié en toute lucidité le problème il y a quelques mois. Le Premier ministre, l’un de ses adjoints et la Présidence sont tous issus de la même ethnie…plus précisément de la même caste. Nommer le même type de profil en remplacement de Chettiar ne ferait alors qu’accentuer cette perception. Le prochain vice-président, s’il y en a un, risque donc fort ne pas être un membre de la population majoritaire. Il faudra chercher ailleurs.

Mais où ? Si le fait que le vice-président doit provenir d’une frange minoritaire de la population apparaît comme une évidence, il est par contre moins aisé d’identifier celle-ci. Ramgoolam n’est pas sans savoir que Rashid Beebeejaun ne jouit pas d’une cote de popularité folle auprès de l’électorat traditionnel travailliste. Il est donc très peu probable qu’il installe à la vice-présidence une personne ayant le même profil. Car il risquerait alors d’étayer la thèse selon laquelle l’actuel numéro 2 du gouvernement exerce une trop grande influence sur lui.

Restent donc deux profils susceptibles de faire l’affaire. D’abord l’évidence. On ne remplace pas une pomme par une poire. Si un Chettiar quitte la scène, il serait logique qu’on le remplace par un autre travailliste provenant de la même minorité. Ce serait là un signal fort renouvelé à l’intention d’une composante de la population dont on dit que la couleur du coeur oscille entre mauve et rouge.

Toutefois, sur papier, la carte Chettiar bis semble n’être qu’un second choix pour le Premier ministre. En effet, voici plus de cinq ans que Ramgoolam joue avec l’idée de réaliser un coup politique en nommant un membre de la population générale au Réduit. La place étant prise par SAJ jusqu’en 2013, Ramgoolam peut être tenté de se rabattre sur la vice-présidence pour marquer les esprits. L’enjeu, c’est la consolidation de l’image de son gouvernement auprès de la population générale. Qui, à raison sans doute, considère qu’elle est insuffisamment représentée aux plus hauts échelons de l’Etat. Malgré la présence de Xavier Duval au front bench du gouvernement. L’heure d’installer un Karl Offman bis – mais travailliste cette fois – à la viceprésidence a peut-être sonné.

Voici donc de quel côté penche la balance. Toutefois, Ramgoolam demeure un décisionnaire imprévisible. Capable d’audace dans ses choix. Et si finalement le Premier ministre décidait de remplacer une pomme… par une poire? Et si Chettiar laissait finalement sa place à une personne pas si différente de lui. Un autre compagnon de lutte et ami de sir Seewoosagur Ramgoolam. Mais qui aurait une particularité par ailleurs: celle de provenir de la minorité laissée officiellement orpheline au Parlement depuis la fin de mandat de Sylvio Tang.

Tout est possible. Toutefois, ce qui le semble moins, c’est l’abolition de la vice-présidence. On l’a vu, cette fonction est trop stratégique, trop utile pour satisfaire tel ou tel électorat, voire récompenser un proche, pour être rayée de nos institutions. Au diable donc les arguments faisant valoir que ce poste coûte inutilement cher à l’Etat. SAJ est bien seul. Mais quelque part, il doit savoir qu’il ne le restera pas longtemps.

D’autres commentaires sur cet édito


Bouledogue avec dents !

Des lecteurs, des auditeurs et même des confrères ont émis l’idée que la presse cesse de relayer les activités des associations socioculturelles et castéistes du pays. Si, sur papier, la chose parait faisable et même souhaitable, en pratique, cela pourrait se révéler improductif. C’était le sujet de mon édito du jour sur Radio One :

Bouledogue avec dents !


Un métier qui rapporte

La scène est grotesque. Somduth Dulthumun, le leader autoproclamé des hindous du pays, craque une allumette. Sous les applaudissements des membres du Front commun hindou, il met le feu à la couverture de l’express dimanche. Mais la flamme meurt après quelques secondes. Dulthumun s’y remet méticuleusement
pendant que crépitent les flashs des photographes. Ouf, le feu a pris ce coup-ci. Le show a bien eu lieu ! Si le côté ridicule des facéties de Dulthumun prête à sourire, les raisons qui motivent son action sont bien trop graves pour être prises à la légère.

La séquence des événements depuis le retour au pays du Premier ministre, dimanche dernier, est intéressante à décrypter. Ce jour-là, Navin Ramgoolam fait volte-face. Alors qu’il s’était totalement désolidarisé des propos de son ministre Mookhesswur Choonee, il explique désormais que la polémique est une invention de la presse. De fossoyeur des principes républicains, voilà que Choonee devient victime en puissance des médias. La presse remplace Choonee dans le box des accusés. Les organisations sectaires du pays semblaient n’attendre qu’un signal clair du « patron » pour sonner la charge. Dirigée, bien évidemment contre le meilleur ennemi de Ramgoolam : le groupe La Sentinelle.

La cible toute trouvée est l’express dimanche. Nous sommes accusés de « balkaniser la communauté hindoue » et de mettre le pays « à feu et à sang ». Notre faute ? Avoir appelé un chat un chat dans notre dernier numéro en titrant en Une « Le vrai pouvoir des castes ». Selon Dulthumun et ses pairs, tout le dossier est bidon. Les castes n’existent pas à Maurice.

Le mensonge est éhonté. Les dizaines de SMS, appels, mails et commentaires reçus de nos lecteurs indiquent qu’ils ont vu au travers du bluff. Même Nita Deerpalsing, si prompte à défendre son leader Navin Ramgoolam, a préféré ne pas se couvrir de ridicule dans l’entretien qu’elle accorde cette semaine à Mauritius Times. En effet, elle ne remet pas en doute l’existence des castes dans la communauté hindoue. Se contentant de descendre notre dossier en se demandant : « What did it bring other than say these things exist in parts of our society ? »

Si Nita Deerpalsing a des raisons objectives de défendre son leader et de pourfendre le meilleur ennemi dès que son patron lui en intime l’ordre, on comprend moins bien pourquoi Dulthumun et consorts se sentent à ce point obligés de régler leurs discours sur celui de Ramgoolam et d’appeler, comme lui au boycott de l’express. La lecture de notre dossier de la semaine dernière fournit, selon nous, quelques pistes de réponse.


« Certains leaders familiaux profitent … pour nouer des liens avec le candidat. On ne sait jamais où cette proximité … peut mener : une décoration de la République, une nomination au conseil d’administration d’un petit organisme parapublic… », peut-on y lire. Une situation théorique énoncée dans un article peut parfois rejoindre la réalité.  En effet, Dulthumun est un nominé politique. Il est membre du conseil d’administration de la Banque de Développement. Par ailleurs, le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) a également été élevé au rang d’Officier de l’Ordre de l’Etoile et de la Clé de l’océan Indien par le gouvernement en mars 2008.

On pourrait penser que Dulthumun mérite sa décoration pour son action dans la sphère socioculturelle. On a par contre beaucoup plus de mal à comprendre comment un ancien Chief Valuation Technician au ministère des Finances devient expert en financement des PME sur le conseil d’administration de la DBM. A moins que ces deux nominations aient à faire avec les prises de position passées et actuelles de Dulthumun. N’a-t-il pas déjà expliqué qu’en « tant que dirigeant de la communauté hindoue, j’ai le droit de donner le mot d’ordre de voter pour un candidat. Et on n’a pas le droit de m’en empêcher. » Et d’ajouter, quelques jours après l’élection de Pravind Jugnauth à la partielle de mars 2009, que c’est grâce au soutien de son association que le leader du MSM a été élu.

D’élections, il sera encore question en mai-juin 2011. Mais cette fois-ci, ce seront celles visant à remplacer l’exécutif de la MSDTF. Dulthumun serait candidat à sa propre succession. Et si tout ce cirque n’était en fait que le début de la campagne d’un dirigeant d’association socioculturelle soucieux de se faire réélire ? Car au vu des faits, « dirigeant de la communauté hindoue », c’est un métier qui rapporte !


Les vrais incendiaires, ce sont eux !

La conférence de presse de Dulthummun et consorts a été largement commentée. Je n’ai donc pas grand chose à rajouter à ce qui a déjà été dit. Sauf peut-être redire que cet épisode démontre que les Mauriciens ne sont pas dupes. Il n’y a qu’à écouter leurs réactions à la radio ou les lire par mail ou sur www.lexpress.mu pour se rendre compte que ce front commun n’a convaincu personne. Nous avons appelé un chat un chat. Dulthummun veut faire croire que le chat n’existe pas. Il ne s’est pas rendu compte que personne n’est aveugle !

L’interview de ce matin sur Radio One


Manœuvre de diversion

Le lendemain de la sortie de Ramgoolam contre la presse en général et contre la Sentinelle en particulier, la Voice of Hindu s’est elle-aussi décidée à « mettre la presse au pas ». En accusant, au passage, l’express (l’express dimanche inclu, je présume) de pratiquer du « hindu-bashing ». Comme d’habitude la meute aboie dès que le le maître dit « Tchiou li ** ». Mais il faut voir à travers du jeu,  tout ceci n’est qu’une maladroite manoeuvre  de diversion. C’était le sujet de mon éditorial d’aujourd’hui sur Radio One :

Edito : Manœuvre de diversion

** La seule traduction française que je trouve équivalente est  « Aboie Médor ! »


Le vrai pouvoir des castes à Maurice

Voici la version complète du dossier de l’express dimanche sur le vrai pouvoir des castes à Maurice. Cliquez sur l’image de chaque page pour la lire en grand format. Petite anecdote, comme tous les dimanches matins, je laisse mon téléphone en mode silence…pour pouvoir dormir jusqu’à tard. Hier, en me réveillant… j’avais 16 appels en absence. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Certaines personnes m’ont appelé hier pour me dire exactement cela !

Pour la petite histoire…ce dossier a été primé dans le cadre des CNN Multichoice African Journalist Awards 2011.


Ki pou dir ?

Une version française du texte se trouve plus bas.

Nou bizin aret fer ipokrit. Finn ariv ler nou essay sanz bann zafer ki nou ankor kapav sanze dan nou pei.

Dimans dernie, bien malgre li, minis Mookhesswur Choonee finn montre antie Moris a ki pwin li fasil diviz nou sosiete. Dan enn diskour, li finn dir klerman ki sertin sitwayin nou repiblik ena plis drwa ki lezot. San ki li rann li kont, li finn andomaz enn tipe lape interetnik nou pei. O nom bann lozik casteistes, akoz presion bann organizasion sosiokiltirel, Premier minis Navin Ramgoolam pa pou fer li narien. Pou le moman, Choonee pou gard so minister. Nou en plin dan seki nou pa kapav sanze dan nou sosiete. Seki nou pa kapav sanze tou deswit.

Me ena kiksoz ki paret pe evolie. Enn zour apre ki so koleg Choonee finn fane, minis ledikasyon Vasant Bunwaree finn montre lekzamp. Lindi, li finn anons ki nou langaz, Morisien, pou rant dan bann lekol. Nou bann zanfan pou kapav aprann li. Se enn gran pa an avan. Ki montre lespri progresis minis Bunwaree. Ek so volonte pou pa laiss li dikte par bann lobi ki refiz devwal zot lintere. Ek ki azir parski zot krwar ki si nou montre nou bann zanfan langaz Morisien dans lekol, zot pou an danze. Zot kiltir pou menase. Sa li enn fos krwayans.

Dan so lanons minis ledikasyon finn poz enn kestion bien interesan. Li finn dimann si li pa ti pou pli korek si nou servi mo « Morisien ». Olie Kreol morisien. Enn term ki melanz enn lidentite etnik ek langaz ki nou tou morisien koze. Ou, lekter sa magazine la, ou konne ki nou finn privilezie enn lapross. Pou nou, langaz ki tou dimounn nou pei koze se Morisien. Donk nou dakor ek minis Bunwaree lorla.

Avek lepisod Choonee, nou finn trouve a ki pwin li fasil diviz sa pei la. Alor, nou bizin fer an-sort ki nou langaz nasional li vinn enn fakter inifikation ek apezman dan nou sosiete. E non enn lot rezon diviz nou ankor. Enn an de sela, Fédération des Créoles Mauriciens finn dir ki bizin introdir « Kreol morisien » dans lekol parski li « lang ansestral bann kreol » et selma apre « lang maternel ek lang kominikasion tou bann morisien ». Zot ti ousi dir ki « drwa bann zanfan Kreol a zot langaz li enn drwa lingwistik ek kiltirel ». Me parey kouma Premier minis ek gouvernma nou pei, zot pa apartenir an priorite a enn caste ou enn kominote. Parey, nou lang nasional li pa kapav apartenir a enn kominote dabor.

Kestion bann lang li finn totalman politise ek etnisize dan Moris. Ziska enn pwin kot tou etni ek tou kominote finn bizin gagn so « speaking union ». Gouvernman kapav dir seki li oule. Me sa politik morselman nou bann identite lingwistik la pa pe ed « nation building ». Eski enn Manoj interes li avek bann aktivite « Urdu Speaking Union » ? Eski enn Alexandra pou anvi vinn enn mam aktif « Tamil Speaking Union » ? Non. Parski zot anvi pler tou dimounn, nou bann gouvernman zame pou anvi kre enn sel Institi Nasional de Lang. Pourtan samem ti pou solision pli swetab.

Bann gouvernman pa finn fer sa, parski a sak fwa zot finn zis reflesi an term ki bout pou donn ki sann la. Sakenn so pouvwar rest dan so lame…tou dimounn kontan. Finn ariv ler pou gouvernman montre lekzamp ek adopte denominasion Morisien pou nou lang nasional. Sa pou enn signal for ki pou ed dedramatiz ek dezetnisiz nou relasion avek nou bann lang. Moris dan enn letap krisial so developman ekonomik. Nou finn bien flatt nou mem pou dir ki nou biling : angle/franse. Sa nepli asse !

Lavenir ekonomik Moris li trouve dan Lasinn, Lind, Larissi. Bizin « Go East ». Nou bizin mazinn tou sa bann lavantaz ki ena pou appran sa bann lang la. Enn François ki appran hindi dan lekol, kolez ek liniversite kapav vinn enn « Liaison Officer » group indien Tata dan Moris. Parey kouma enn ti Ejaz kapav vinn enn redoutab negosiater komersial enn gran group morisien ki al fourni li dan lasinn. Si nou rest lor nou mantalite aktiel, zis Meilan ki pou al appran mandarin. Zis Sarita ki pou appran hindi. Ek si nou ekout bann revandikasion etnik, dimin zis Jason ki pou appran « Kreol Morisien » dans lekol. Li pou desolan si arriv sa !

Boul dan kamp gouvernman. Li bizin desid ki signal li pou avoye. Bann pessimis pou dir ki bann lobi ek bann presion etnik bien for dan pei. Donk zot pou gagne. Nou prefer mett nou dan kan bann optimis…

Que dirons-nous ?

L’hypocrisie doit cesser. Il est temps que l’on essaye de changer ce qui peut encore l’être dans notre pays.

Dimanche dernier,  le ministre Mookhesswur Choonee a démontré bien malgré lui à quel point il est facile de diviser notre société. En effet, dans son discours, il dit clairement que certains citoyens de la République on davantage de droits que les autres. Sans s’en rendre compte, il a nuit, dans une certaine mesure, à la paix interethnique du pays.

Au nom de logiques castéistes, mais aussi à cause de la pression des organisations socioculturelles, le Premier ministre Navin Ramgoolam ne sanctionnera pas Choonee. Il conservera donc son ministère pour le moment. Cet épisode met en lumière tout ce que l’on ne peut pas changer dans notre société. Tout ce que nous ne pouvons changer…pour le moment.

Ailleurs, toutefois, les évolutions sont notables. Un jour après la bourde de Choonee, son collègue Vasant Bunwaree a, lui, montré l’exemple. En annonçant, lundi, que notre langue, le moricien, fera son entrée à l’école. La langue maternelle de nos enfants leur sera bientôt enseignée.

Ce grand pas en avant démontre la vision progressiste du ministre de l’éducation. Mais aussi sa volonté de ne pas laisser des lobbys lui dicter sa conduite. Ceux-ci refusent de dévoiler leurs intérêts. S’ils sont hostiles à l’enseignement du morisien, c’est parce qu’ils pensent que cela les met en danger. Et menace leur culture. Rien de plus faux !

Lors de l’annonce, Bunwaree a posé une question très intéressante. Il s’est interrogé sur l’opportunité d’utiliser le mot « morisien » au lieu de « kreol morisien. » Un terme qui donne à notre langue nationale une connotation ethnique.

Les lecteurs de l’express-dimanche savent que nous privilégions le morisien. Car il renvoie au fait que cette langue est parlée de tous à Maurice. Nous ne pouvons donc que soutenir le ministre Bunwaree s’il choisit d’aller dans cette direction.

A la suite de l’épisode Choonee, nous avons constaté avec quelle facilité nous pouvons diviser le pays. Nous devons désormais faire de notre langue nationale un facteur d’unification et d’apaisement dans notre société. Et non une énième raison de divergences entre citoyens.

Il y a un an, la Fédération des Créoles Mauriciens réclama l’enseignement du « Kreol morisien » dans les écoles. D’abord parce que c’est « la langue ancestrale des créoles » et seulement ensuite « la langue maternelle et de communication de tous les Mauriciens. » La FCM n’avait également pas manqué de dire que cette langue est un « droit linguistique et culturel » des « enfants créoles ». Nous ne pouvons être d’accord avec cette approche. Le Premier ministre et le gouvernement de ce pays n’appartiennent pas en priorité à une caste ou une communauté. Par analogie, notre langue nationale ne peut appartenir prioritairement à une communauté.

La question des langues a été totalement politisée et ethnicisée à Maurice. Désormais, chaque ethnie et communauté du pays est propriétaire de son « speaking union ». Le gouvernement pourra dire le contraire, mais sa politique de morcellement de nos identités linguistiques n’aide pas au « Nation Building ». La preuve : un Manoj s’intéresse-t-il aux activités de la « Urdu Speaking Union » ? Une Alexandra aura-t-elle envie d’être membre actif de la «  Tamil Speaking Union » ? Non.

Nos gouvernements successifs, obnubilés par leur besoin de plaire à chaque groupe, n’ont jamais songé à créer un unique Institut National des Langues. Pourtant c’est la solution qui paraît la plus censée. Les gouvernements ne l’ont pas fait parce qu’ils ont privilégié l’approche clientéliste. Donnant à chaque groupe un peu de pouvoir afin d’acheter leur silence. Mais il est désormais temps que le pouvoir montre l’exemple en appelant notre langue nationale le morisien. Cela constituera un signal fort qui va aider à dédramatiser et desethniciser notre relation avec les langues.

Le pays traverse une phase cruciale de son développement économique. Nous nous sommes suffisamment flattés d’être bilingue français/anglais. Mais cela ne suffit plus ! Notre avenir économique se trouve en Chine, en Inde et dans le bloc de l’Est. Il nous faut donc imaginer à quel point il serait bénéfique que nous apprenions leurs langues.

Un François apprenant le hindi à l’école, puis au collège et à l’université pourrait demain devenir l’agent de liaison du groupe indien Tata à Maurice. Tout comme un petit Ejaz pourrait devenir un redoutable négociateur commercial d’un grand groupe Mauricien faisant du commerce avec la Chine. Si toutefois, les mentalités actuelles persistent, seule une Meilan ira apprendre le mandarin. Et Sarital le hindi. Si les revendications ethniques l’emportent, demain seul Jason ira apprendre le « Kreol Morisien » Il serait désolant qu’on en arrive là !

La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Il doit décider du signal qu’il enverra. Les pessimistes diront que les lobbys et pressions ethniques sont puissants. Que donc, ils gagneront. Mais nous préférons nous placer résolument dans le camp des optimistes…


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