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Archives mensuelles : septembre 2010
Le mirage Singapourien
L’édito radio du jour porte sur la visite du Premier ministre à Singapour durant ce weekend. Une piste pour expliquer pourquoi tous nos efforts pour nous hisser au niveau de cette minuscule île d’Asie sont restés vains jusqu’ici…

Ramgoolamiste ou Bérengiste
Doit-on être Ramgoolamiste pour être membre du Parti travailliste ? Est-ce que « militan koltar » est la définition standard du mot « Bérengiste » ? Dans un pays où être militant d’un parti signifi e avant tout jurer allégeance à son leader, Chetan Ramchurn, président de l’aile jeune du MMM, donne sa définition de la politique locale. « Ce sont les Ramgoolamistes contre les Bérengistes, et plus personne ne s’intéresse aux débats d’idées.» Le propos est lapidaire. Mais notre courte histoire postindépendance nous aide à comprendre pourquoi ce qu’avance Chetan Ramchurn n’est, après tout, que la stricte vérité.
Les faits sont difficilement contestables. Depuis 1968, le pouvoir politique s’envisage comme un patrimoine familial. Mû par la règle voulant que la direction du parti se transmette de père en fi ls. C’est le cas chez les Ramgoolam (hormis la parenthèse Satcam Boolell), les Jugnauth, les Duval. D’aucuns voudraient que le MMM suive la même logique. Quand c’est le leader qui finit par incarner le parti, on comprend pourquoi il est à ce point-là facile pour les sympathisants de se proclamer « Ramgoolamistes » ou « Bérengistes » d’abord, travaillistes ou militants ensuite.
Le phénomène des alliances a accentué cette propension à vénérer les chefs politiques. En leur conférant, au passage, l’incroyable faculté d’avoir raison en toute circonstance. Depuis l’indépendance, les leaders des quatre principaux partis du pays ont ainsi démontré qu’ils peuvent s’allier entre eux sans le moindre problème. Tant que l’enjeu de l’alliance demeure la préservation ou la conquête du pouvoir – souvent précédemment acquis à l’aide d’un autre partenaire !
Très vite les leçons ont été retenues à partir de ce mode opératoire. Un militant MMM foncièrement anti-travailliste a appris à tempérer sa hargne. Tout comme un camarade du MSM hostile à l’idée de tout rapprochement avec le MMM a dû, par moments, ravaler ses convictions. L’enjeu : ne pas être pris au dépourvu et être prêt à cautionner les décisions ou volte-face du leader. Le moyen le plus efficace d’y arriver est justement de se faire Ramgoolamiste, Duvaliste ou Bérengiste.
Cette posture permet par exemple d’escamoter le fait qu’on est anti peine de mort dans un gouvernement qui prône sa réinstauration. Ou encore à faire semblant d’épouser une politique économique libérale que mène le pouvoir alors qu’on ne jure que par le protectionnisme et l’interventionnisme étatique. C’est en effet tellement plus facile de commencer sa phrase par le rituel « comme le dit le leader… » Surtout quand on cherche à éviter d’exprimer des opinions contradictoires.
Ce fonctionnement a permis aux leaders politiques d’instaurer autour d’eux une culture de suivisme. Alors comment les Chetan Ramchurn peuvent-ils prétendre bousculer des mœurs politiques paraissant si solidement établies ? La première étape consiste sans doute en un retour aux valeurs fondamentales de chaque courant politique. L’approche pragmatique du MSM. La volonté travailliste d’émanciper toutes les couches de la population, notamment par le travail. Ou encore la lutte du MMM pour l’égalité en droit de tous les Mauriciens.
Le retour aux sources n’est toutefois pas si aisé qu’on ne le pense. Un partisan MSM peut-il risquer de dire à Pravind Jugnauth que son approche mollassonne vis-à-vis du gouverneur de la Banque de Maurice donne l’impression que le principal décideur économique du pays se trouve à la BoM Tower ? Comment dire à Bérenger que sa stratégie électorale depuis 1981 est en totale contradiction avec les idéaux égalitaires et unitaires du MMM ? Comment confronter Navin Ramgoolam sur la question de la lutte contre la pauvreté qu’il gère avec des arrière-pensées purement politiques depuis quelques mois ?
Il est évident que ceux qui oseraient tenir ce type de discours au sein de leur parti s’exposeraient à la vindicte de leurs camarades suivistes. Mais il est aussi probable que ce type de discours réveille quelques consciences endormies. Lançant ainsi des débats contradictoires au sein de ces partis. De tels exercices pourraient toutefois aboutir à la remise en question de telle ou telle décision des leaders. Or, ces derniers, habitués à ne pas devoir rendre des comptes – ou si peu –, ne toléreront sans doute que très mal la présence de contestataires au sein de leur parti. Deux issus possibles : ces audacieux seront ramenés à la raison. Ou alors éjectés du parti.
C’est ce qu’il se passera si les suivistes continuent à être les membres majoritaires de nos principaux partis. Mais si ce n’est pas le cas. Si des Chetan Ramchurn s’imposent au PTr, au PMSD ou au MMM ? La remise en question qu’on dit impossible au sein de notre classe politique pourrait alors arriver bien plus vite qu’on ne le croit…
La solitude de SAJ
Il est bien seul, le président de la République. Depuis le décès du vice-président Angidi Chettiar, sir Anerood Jugnauth (SAJ) et d’autres Mauriciens se posent une double question. Qui va remplacer le brave Angidi ? Et surtout, conservera-t-on le poste que ce dernier a occupé jusqu’à 20h30 ce mercredi ? Une personne, une seule, a des éléments de réponse : le Premier ministre. Mais encore faut-il que Navin Ramgoolam ait commencé à réfléchir à la question !
Dans le cadre de ce type de remplacement, l’équation à résoudre est complexe. Mais elle peut néanmoins être posée clairement. Les éléments à prendre en compte sont en effet connus. Il y a d’abord la perception. Ramgoolam aurait lui-même identifié en toute lucidité le problème il y a quelques mois. Le Premier ministre, l’un de ses adjoints et la Présidence sont tous issus de la même ethnie…plus précisément de la même caste. Nommer le même type de profil en remplacement de Chettiar ne ferait alors qu’accentuer cette perception. Le prochain vice-président, s’il y en a un, risque donc fort ne pas être un membre de la population majoritaire. Il faudra chercher ailleurs.
Mais où ? Si le fait que le vice-président doit provenir d’une frange minoritaire de la population apparaît comme une évidence, il est par contre moins aisé d’identifier celle-ci. Ramgoolam n’est pas sans savoir que Rashid Beebeejaun ne jouit pas d’une cote de popularité folle auprès de l’électorat traditionnel travailliste. Il est donc très peu probable qu’il installe à la vice-présidence une personne ayant le même profil. Car il risquerait alors d’étayer la thèse selon laquelle l’actuel numéro 2 du gouvernement exerce une trop grande influence sur lui.
Restent donc deux profils susceptibles de faire l’affaire. D’abord l’évidence. On ne remplace pas une pomme par une poire. Si un Chettiar quitte la scène, il serait logique qu’on le remplace par un autre travailliste provenant de la même minorité. Ce serait là un signal fort renouvelé à l’intention d’une composante de la population dont on dit que la couleur du coeur oscille entre mauve et rouge.
Toutefois, sur papier, la carte Chettiar bis semble n’être qu’un second choix pour le Premier ministre. En effet, voici plus de cinq ans que Ramgoolam joue avec l’idée de réaliser un coup politique en nommant un membre de la population générale au Réduit. La place étant prise par SAJ jusqu’en 2013, Ramgoolam peut être tenté de se rabattre sur la vice-présidence pour marquer les esprits. L’enjeu, c’est la consolidation de l’image de son gouvernement auprès de la population générale. Qui, à raison sans doute, considère qu’elle est insuffisamment représentée aux plus hauts échelons de l’Etat. Malgré la présence de Xavier Duval au front bench du gouvernement. L’heure d’installer un Karl Offman bis – mais travailliste cette fois – à la viceprésidence a peut-être sonné.
Voici donc de quel côté penche la balance. Toutefois, Ramgoolam demeure un décisionnaire imprévisible. Capable d’audace dans ses choix. Et si finalement le Premier ministre décidait de remplacer une pomme… par une poire? Et si Chettiar laissait finalement sa place à une personne pas si différente de lui. Un autre compagnon de lutte et ami de sir Seewoosagur Ramgoolam. Mais qui aurait une particularité par ailleurs: celle de provenir de la minorité laissée officiellement orpheline au Parlement depuis la fin de mandat de Sylvio Tang.
Tout est possible. Toutefois, ce qui le semble moins, c’est l’abolition de la vice-présidence. On l’a vu, cette fonction est trop stratégique, trop utile pour satisfaire tel ou tel électorat, voire récompenser un proche, pour être rayée de nos institutions. Au diable donc les arguments faisant valoir que ce poste coûte inutilement cher à l’Etat. SAJ est bien seul. Mais quelque part, il doit savoir qu’il ne le restera pas longtemps.
Bouledogue avec dents !
Des lecteurs, des auditeurs et même des confrères ont émis l’idée que la presse cesse de relayer les activités des associations socioculturelles et castéistes du pays. Si, sur papier, la chose parait faisable et même souhaitable, en pratique, cela pourrait se révéler improductif. C’était le sujet de mon édito du jour sur Radio One :
Un métier qui rapporte
La scène est grotesque. Somduth Dulthumun, le leader autoproclamé des hindous du pays, craque une allumette. Sous les applaudissements des membres du Front commun hindou, il met le feu à la couverture de l’express dimanche. Mais la flamme meurt après quelques secondes. Dulthumun s’y remet méticuleusement
pendant que crépitent les flashs des photographes. Ouf, le feu a pris ce coup-ci. Le show a bien eu lieu ! Si le côté ridicule des facéties de Dulthumun prête à sourire, les raisons qui motivent son action sont bien trop graves pour être prises à la légère.
La séquence des événements depuis le retour au pays du Premier ministre, dimanche dernier, est intéressante à décrypter. Ce jour-là, Navin Ramgoolam fait volte-face. Alors qu’il s’était totalement désolidarisé des propos de son ministre Mookhesswur Choonee, il explique désormais que la polémique est une invention de la presse. De fossoyeur des principes républicains, voilà que Choonee devient victime en puissance des médias. La presse remplace Choonee dans le box des accusés. Les organisations sectaires du pays semblaient n’attendre qu’un signal clair du « patron » pour sonner la charge. Dirigée, bien évidemment contre le meilleur ennemi de Ramgoolam : le groupe La Sentinelle.
La cible toute trouvée est l’express dimanche. Nous sommes accusés de « balkaniser la communauté hindoue » et de mettre le pays « à feu et à sang ». Notre faute ? Avoir appelé un chat un chat dans notre dernier numéro en titrant en Une « Le vrai pouvoir des castes ». Selon Dulthumun et ses pairs, tout le dossier est bidon. Les castes n’existent pas à Maurice.
Le mensonge est éhonté. Les dizaines de SMS, appels, mails et commentaires reçus de nos lecteurs indiquent qu’ils ont vu au travers du bluff. Même Nita Deerpalsing, si prompte à défendre son leader Navin Ramgoolam, a préféré ne pas se couvrir de ridicule dans l’entretien qu’elle accorde cette semaine à Mauritius Times. En effet, elle ne remet pas en doute l’existence des castes dans la communauté hindoue. Se contentant de descendre notre dossier en se demandant : « What did it bring other than say these things exist in parts of our society ? »
Si Nita Deerpalsing a des raisons objectives de défendre son leader et de pourfendre le meilleur ennemi dès que son patron lui en intime l’ordre, on comprend moins bien pourquoi Dulthumun et consorts se sentent à ce point obligés de régler leurs discours sur celui de Ramgoolam et d’appeler, comme lui au boycott de l’express. La lecture de notre dossier de la semaine dernière fournit, selon nous, quelques pistes de réponse.

« Certains leaders familiaux profitent … pour nouer des liens avec le candidat. On ne sait jamais où cette proximité … peut mener : une décoration de la République, une nomination au conseil d’administration d’un petit organisme parapublic… », peut-on y lire. Une situation théorique énoncée dans un article peut parfois rejoindre la réalité. En effet, Dulthumun est un nominé politique. Il est membre du conseil d’administration de la Banque de Développement. Par ailleurs, le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) a également été élevé au rang d’Officier de l’Ordre de l’Etoile et de la Clé de l’océan Indien par le gouvernement en mars 2008.
On pourrait penser que Dulthumun mérite sa décoration pour son action dans la sphère socioculturelle. On a par contre beaucoup plus de mal à comprendre comment un ancien Chief Valuation Technician au ministère des Finances devient expert en financement des PME sur le conseil d’administration de la DBM. A moins que ces deux nominations aient à faire avec les prises de position passées et actuelles de Dulthumun. N’a-t-il pas déjà expliqué qu’en « tant que dirigeant de la communauté hindoue, j’ai le droit de donner le mot d’ordre de voter pour un candidat. Et on n’a pas le droit de m’en empêcher. » Et d’ajouter, quelques jours après l’élection de Pravind Jugnauth à la partielle de mars 2009, que c’est grâce au soutien de son association que le leader du MSM a été élu.
D’élections, il sera encore question en mai-juin 2011. Mais cette fois-ci, ce seront celles visant à remplacer l’exécutif de la MSDTF. Dulthumun serait candidat à sa propre succession. Et si tout ce cirque n’était en fait que le début de la campagne d’un dirigeant d’association socioculturelle soucieux de se faire réélire ? Car au vu des faits, « dirigeant de la communauté hindoue », c’est un métier qui rapporte !
Les vrais incendiaires, ce sont eux !
La conférence de presse de Dulthummun et consorts a été largement commentée. Je n’ai donc pas grand chose à rajouter à ce qui a déjà été dit. Sauf peut-être redire que cet épisode démontre que les Mauriciens ne sont pas dupes. Il n’y a qu’à écouter leurs réactions à la radio ou les lire par mail ou sur www.lexpress.mu pour se rendre compte que ce front commun n’a convaincu personne. Nous avons appelé un chat un chat. Dulthummun veut faire croire que le chat n’existe pas. Il ne s’est pas rendu compte que personne n’est aveugle !
Manœuvre de diversion
Le lendemain de la sortie de Ramgoolam contre la presse en général et contre la Sentinelle en particulier, la Voice of Hindu s’est elle-aussi décidée à « mettre la presse au pas ». En accusant, au passage, l’express (l’express dimanche inclu, je présume) de pratiquer du « hindu-bashing ». Comme d’habitude la meute aboie dès que le le maître dit « Tchiou li ** ». Mais il faut voir à travers du jeu, tout ceci n’est qu’une maladroite manoeuvre de diversion. C’était le sujet de mon éditorial d’aujourd’hui sur Radio One :
Edito : Manœuvre de diversion
** La seule traduction française que je trouve équivalente est « Aboie Médor ! »
Le vrai pouvoir des castes à Maurice
Voici la version complète du dossier de l’express dimanche sur le vrai pouvoir des castes à Maurice. Cliquez sur l’image de chaque page pour la lire en grand format. Petite anecdote, comme tous les dimanches matins, je laisse mon téléphone en mode silence…pour pouvoir dormir jusqu’à tard. Hier, en me réveillant… j’avais 16 appels en absence. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Certaines personnes m’ont appelé hier pour me dire exactement cela !
Pour la petite histoire…ce dossier a été primé dans le cadre des CNN Multichoice African Journalist Awards 2011.











