Archives mensuelles : août 2010

L’innocent Choonee

Depuis hier, le ministre de la Culture, Mukeshwar Choonee, essuie une tempête politico-médiatique. Je ne pense pas qu’il faille hurler avec les loups. Dans toute cette affaire, le brave Choonee n’est pas le vrai coupable… C’était le sujet de mon édito de ce matin sur Radio One:

L’innocent Choonee

 


Callikan le hérisson

Ce coup-ci le bouillant Shakeel Mohamed est tombé sur un os. Si ce n’est pas déjà le cas, le ministre du travail apprendra bien assez vite qu’on n’exige pas aussi facilement du patron de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) qu’il justifie ses décisions. En effet, par essence, un organe de propagande gouvernemental – la MBC en est bien un –  ne rend de comptes qu’à deux personnes : le ministre de l’information et le chef du gouvernement. Puisque dans le contexte local, Navin Ramgoolam est coiffé des deux casquettes, Mohamed attendra longtemps avant que Dan Callikan ne réponde à sa convocation.

Dans le conflit qui oppose le patron de la MBC à Mohamed ce sont deux mondes et deux conceptions du pouvoir qui s’affrontent. Shakeel Mohamed, veut à tout prix asseoir son image de ministre hyperactif prompt à dégainer et à demander des comptes à tous les patrons indélicats du pays. Mais Callikan n’est pas de ce monde là. En bon mandarin, il exerce un pouvoir qui lui a été directement conféré par le Premier ministre. Il est différent.

Pour démontrer qui des deux belligérants perdra la partie, il convient de faire un léger flashback à février dernier. Callikan était alors l’objet de la vive colère d’Ah Fat Lan Hing Choy, le très influent trésorier du Parti Travailliste (PTr) et proche de Ramgoolam. Outré par « le traitement honteux » infligé à sa fille – une employée de la MBC , Ah Fat avait entrepris de dire publiquement sa colère tout en menaçant de démissionner de son poste au PTr si rien n’était fait pour rétablir la situation. Rien n’a été fait ! Ramgoolam est intervenu en personne pour calmer Ah Fat. Tandis que Callikan a vaqué à ses occupations. Récemment, nous avons même appris d’un des protagonistes de l’affaire que la fille d’Ah Fat allait bientôt démissionner de la MBC…

La conclusion semble donc s’imposer d’elle-même. Callikan : qui s’y frotte s’y pique. Shakeel Mohamed le sait-il ? Plus fondamentalement d’ailleurs, la question pourrait être : pourquoi Callikan apparaît-il comme un homme intouchable ? Est-ce au nom d’un quelconque lien « fraternel » et « philosophique » avec le Premier ministre que l’ancien conseiller de Navin Ramgoolam bénéficie d’une telle latitude? Probablement pas.

Si la MBC est gardée par un hérisson, c’est parce que le Premier ministre n’a pas intérêt à ce que qui que se soit – ses ministres y compris– ne s’intéresse de trop près au fonctionnement de la radiotélévision nationale. En effet, si Ramgoolam et ses prédécesseurs ont tous pratiqué la même politique, c’est parce que depuis sa création, la station de la rue Pasteur bafoue allègrement les principes d’indépendance et d’impartialité qui sont pourtant les fondements de la loi qui l’institue. C’est donc pour que la MBC continue à ne pas tourner rond que son patron ne rend de comptes qu’au Premier ministre.

Les conséquences d’une rupture de cet ordre établi seraient graves. Mohamed créerait un dangereux précédent s’il arrive à imposer son arbitrage dans le cas Rehana Ameer. Il établirait, en effet, la règle de l’intervention du ministre du travail dans le fonctionnement interne de la MBC. Dès lors, on peut imaginer que certains employés de la radiotélévision nationale « mis au placard » depuis juillet 2005 songeront à solliciter Mohamed afin de faire valoir leur droit. Tout comme on peut s’attendre à ce que la Mauritius Broadcasting Service staff Association (MBSSA) questionne plus systématiquement certains exercices de recrutement ou de promotion.

La MBC deviendrait vite ingouvernable. Pire, sa direction devra justifier régulièrement ses choix et décisions. De là à imaginer qu’on questionne ensuite le traitement de l’information et les choix éditoriaux du patron de la radiotélévision…il n’y a qu’un pas. Ce scénario cauchemardesque pour Callikan et Ramgoolam ne se produira pas. Parce que demain, Mohamed attendra Callikan en vain. L’affaire Ameer sera donc gérée selon les méthodes habituelles…en toute opacité. Ainsi vont – et iront –  les choses dans la fabrique à propagande.

D’autres commentaires sur cet édito


Oh eau !

Plus de 360 millions de litres. C’est le volume d’eau qui disparait quotidiennement du réseau de distribution de la Central Water Authority. Année après année, la CWA se montre incapable de gérer un problème qui représente plus de Rs 400 millions de manque à gagner par an. C’était le sujet de mon éditorial du jour sur Radio One.

Oh eau!

Extrait de l’interview de Harry Boolauck, directeur général de CWA parue dans l’express-dimanche du 19/11/2006

Q: Puis, il y a l’épineuse question de l’« unaccounted for water », toute cette eau que la CWA perd à cause des fuites ou d’individus qui prélèvent illégalement de l’eau de votre réseau. Comment allez vous régler cette question ?

Nous produisons 500 000 m3 d’eau par jour mais seuls 280 000 m3 sont consommés. Cela veut dire que les 220 000 m3 restants disparaissent ! Il y a les fuites mais aussi les fraudes. Dans certaines régions de l’île les planteurs utilisent maints subterfuges pour voler l’eau et des petits malins se raccordement illégalement aux compteurs. Si on calcule l’impact de l’unaccounted for water à partir d’un prix moyen de Rs 5 par m3, la CWA subit un manque à gagner de Rs 1 million par jour et ce, 365 jours par an !

Il faut savoir que Rs 1,2 milliard ont été mises à la disposition du gouvernement par la Banque européenne d’investissement pour lutter contre ce phénomène. Avec cet argent, nous allons réparer les fuites, acheter de nouveaux compteurs et mieux suivre la consommation des clients. Selon les normes internationales, un taux de perte de 25 % est acceptable. Mais à Maurice nous en sommes à 45 %, c’est trop ! Il va falloir agir, et ce, avec la détection des fuites, mais aussi le recours à une Fraud Squad qui traquera les contrevenants. À partir de janvier 2007 nous aurons le soutien d’un expert allemand qui sera chargé de piloter un programme de trois ans pour régler les problèmes de fuites.


Ramgoolam III…en cent jours

Aujourd’hui, le gouvernement Ramgoolam, troisième du nom, fête ses 100 jours au pouvoir. Mon édito de ce mardi sur Radio One était consacré au bilan de l’équipe en place depuis le 6 mai dernier. On ne peut pas vraiment dire qu’il soit flatteur…

Dans 100 jours


Une vidéo brulante !

Cela s’est passé cet après-midi vers 16h30 aux alentours du Supermarché Lolo à Morcellement St André dans le Nord. Je me demande encore comment le feu a pu se propager aussi vite dans cette voiture. Vraisemblablement, personne n’a eu le temps d’intervenir pour essayer de le circonscrire.
Donc, je passais pas là…et j’ai filmé. Jusqu’à ce que quelque chose explose dans la voiture et que je me rende compte que l’épaisse fumée sortant du véhicule en feu allait envahir ma voiture quand je passerai à côté. J’ai du faire fermer d’urgence ma vitre tout en envoyant valser mon brave E71. Désolé pour le grand n’importe quoi à la fin de la vidéo.

ps: pour ceux que ça intéresse, le morceau de musique que vous entendez s’intitule “Falling Down” d’Andy Timmons, un guitariste instrumental génial!!!


Pour le plaisir

Faut-il s’offusquer du montant de la facture ? La conception ainsi que le lancement de la signature « Mauritius, c’est un plaisir » auront donc coûté un peu moins de Rs 44 millions à l’Etat. On a toutefois tendance à oublier qu’un exercice de « branding » nécessite de longs mois de travail en amont et coûte donc de l’argent. Une soirée fastueuse – dont l’objectif avoué est d’éblouir un auditoire international – ne s’organise pas non plus avec un budget finançant l’achat d’hectolitres de notre bière nationale et de quelques gâteaux-piments. Seules les personnes de mauvaise foi prétendront donc que la facture est démesurée. Mais l’exaspération autour de cette couteuse opération n’en est pas moins réelle. Elle est même légitime !

Le coût de l’opération n’est qu’indirectement à l’origine de la polémique. Car ce que l’on reproche réellement au gouvernement, c’est d’avoir dépensé Rs 44 millions…pour rien. Avec un retour sur investissement quasi nul. Car moins d’un an après la ronflante soirée de lancement d’octobre 2009, « Mauritius, c’est un plaisir » s’avère un échec retentissant. Il n’a été adopté ni par nos professionnels du tourisme et encore moins par la population.

Si vous consultez la page web de la Mauritius Tourism Promotion Authority, il vous faudra vous prévaloir d’une bonne dose de patience et d’ingéniosité avant d’arriver à débusquer la signature ainsi que son logo sur le site. Même absence sur le site et les communications officielles de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice. De nombreux professionnels du secteur n’hésitent d’ailleurs pas à admettre que le slogan a depuis longtemps été remisé dans les tiroirs. Enfin, que dire de l’utilisation dont les Mauriciens font du slogan depuis octobre dernier ? En effet, nous sommes nombreux à conclure régulièrement une discussion tournant autour de ce qui va mal dans le pays par un sarcastique : « Maurice, c’est un plaisir! »

Comment expliquer cet échec ? Le slogan serait-il né sous une mauvaise étoile ? Peut-être. Ce qui est même certain, c’est qu’il a vu le jour dans une mauvaise conjoncture. Thomas Cromwell, un des gourous mondiaux du « Nation Branding » explique dans un article à quel point « governments must get the buy-in of all the key stakeholders » afin de faire de ce type d’exercice un succès. L’un des exemples les plus couramment cités pour illustrer ce propos est le slogan Incredible India de la Grande péninsule.

Les experts aiment en effet à rappeler à quel point cette signature englobe toutes les facettes de l’Inde. Allant de sa Silicone Valley d’Hyderabad aux temples millénaires de Madurai. Le slogan n’en devient que plus crédible. Capable de susciter aussi bien l’adhésion du richissime homme d’affaires de Mumbai que du « tea boy » d’une gare ferroviaire de Delhi. En passant bien évidemment par le touriste étourdi par la coexistence d’autant d’univers dans un même pays.

A Maurice, l’équation était autre. La notion de plaisir n’était vraisemblablement pas le premier mot venant à l’esprit d’un Mauricien pour décrire son pays en 2009. La population, « stakeholder » essentiel du processus de branding, et théoriquement le premier ambassadeur de la marque « Mauritius, c’est un plaisir » l’a donc rejeté d’emblée. En effet, pendant que le gouvernement lui parlait de plaisir, le Mauricien était davantage préoccupé par les questions de l’emploi, du pouvoir d’achat ou de l’insécurité. Mais aussi par les effets néfastes de la crise internationale sur notre économie. Depuis octobre dernier, ce slogan était déjà condamné à une mort lente.

La question demeure toutefois. Un an après, que fait-on de « Mauritius, c’est un plaisir » ? Le bon sens voudrait qu’on le laisse mourir. Des surcoûts sur des projets infrastructurels dans le pays se chiffrent en centaines de millions de roupies chaque année. A coté, cette bourde stratégique du gouvernement apparaît bien insignifiante. Soyons donc philosophes. Notre erreur collective a peut-être été de croire que l’on pouvait dire au monde ce que nous sommes. Alors que nous n’arrivons toujours pas à définir précisément ce qu’est le Mauricien ! Peut-être qu’il faudrait laisser à chaque visiteur étranger le soin de nous définir. En attendant que nous sachions le faire nous-mêmes…

D’autres commentaires sur cet édito


Ce que cache Dubreuil

Le sort et le traitement infligés aux squatters de Dubreuil ont été diversement commentés depuis la semaine dernière. Mon édito de ce mardi sur Radio One portait sur la question. Quelques réactions me sont parvenues après sa diffusion. Le plus étonnant, c’est que deux politiques m’ont envoyé des sms pour me dire que l’analyse est juste. Vous comprendrez pourquoi c’est un comble en écoutant l’édito…

Ce que cache Dubreuil


L’homme qui tombe a pic

Les deux points de vue s’entrechoquent. Certains pensent que ce sont les hommes qui font les institutions. D’autres affirment que c’est l’inverse qui est vrai. L’arrivée de Megh Pillay à la tête de la State Trading Corporation (STC) nous permettra sans doute de confi rmer laquelle de ces propositions est la plus valable.

Pillay prend la tête d’une institution dont le signe distinctif est son manque de transparence. La STC fonctionne ainsi depuis de nombreuses années. Mais depuis l’arrivée de Ranjit Soomarooah à sa tête en 2004, la perception d’opacité n’a fait que s’accentuer. C’est notamment l’autisme de l’institution autour du « small print » de ses contrats d’approvisionnement – on les compte en milliards de roupies – qui a alimenté toutes sortes de spéculations. Les conditions étranges qui ont mené à la décision de renouveler le contrat de Soomarooah sur une base mensuelle et son départ précipité ont achevé de convaincre la population que la STC lui cache des choses.

Enter Pillay. L’homme sait ce que c’est que d’être en permanence « answerable » à une foultitude d’interlocuteurs. De 1993 à 2005, lorsqu’il a dirigé successivement Mauritius Telecom (MT) et Air Mauritius (AM), Pillay n’a pas seulement rendu des comptes aux politiques qui l’avaient nommé à ces postes de responsabilité. En effet, il a dû composer avec des actionnaires et syndicalistes belliqueux, des partenaires stratégiques hégémonistes et trop intrusifs. Ainsi qu’à nous, ses clients exigeants, soucieux d’obtenir le meilleur service possible. En reprenant la barre de la STC, Megh Pillay doit donc savoir que les Mauriciens attendent des comptes de lui.

On peut raisonnablement penser que le nouveau patron de la STC est en mesure de satisfaire cette exigence de la population. Durant l’année financière se terminant au 30 juin 2008, la STC a géré Rs 29 milliards de revenus. Ces chiffres, Pillay les a souvent maniés quand il était à la tête de deux des plus grosses entreprises du pays. L’homme avait également été appelé à leur tête au moment où elles faisaient face à des défi s majeurs. Il a ainsi négocié avec un certain succès l’entrée de Maurice dans l’ère de l’Internet et permis à MT d’avoir les bonnes cartes en main pour affronter la libéralisation des télécoms. A AM, c’est au moment où l’ouverture de l’accès aérien était débattue avec vigueur que Pillay a eu pour tâche de concilier la mission de service public d’un opérateur aérien national à celui de rentabilité et d’efficience dans un contexte de concurrence.

Le nouveau patron de la STC apparaît donc doté de l’expérience nécessaire pour administrer une institution lourdement endettée et dont le  fonctionnement et les choix stratégiques (lait amul, farine turque, hedging) se sont souvent avérés calamiteux dans un passé pas très lointain. Mais voilà, si à MT et AM, Pillay était redevable à une multitude de partenaires, à la STC, il ne prendra ses ordres et ne rendra des comptes qu’au gouvernement.

Il serait intéressant de savoir si, lors de sa conversation téléphonique de jeudi avec Pillay, Navin Ramgoolam lui a également donné comme mandat de redorer le blason de la STC en rétablissant la confi ance des Mauriciens dans l’institution. Si c’est le cas, Pillay devra s’atteler durant les mois à venir à réconcilier la population avec la STC. En faisant la démonstration que toute action ou inaction de la STC…ne cache invariablement des magouilles ou gabegies inavouables.

Mais est-ce seulement là l’une des priorités assignées à Pillay ? On ne le sait pas. Mais même si ce n’est pas le cas, on pourrait s’imaginer que le patron de la STC – en bon professionnel – fasse du rétablissement de la confi ance en l’institution une priorité aussi importante que  l’assainissement fi nancier de l’institution. Mais l’on doit malheureusement aussi envisager le scénario pessimiste. Celui où l’institution l’emporte sur l’homme. Pris dans une nouvelle logique et des directives précises, Pillay pourrait sombrer dans le même mutisme et opacité que Soomarooah.

On comprendra alors que c’est l’institution qui fait l’homme. On pourrait même alors aller jusqu’à penser que ce sont ceux chargés de veiller au bon fonctionnement de l’institution – au gouvernement – qui trouvent un certain intérêt à ce que l’opacité prévale là ou se négocient des contrats en milliards de roupies. De là à deviner le pourquoi de cette culture du secret…il n’y aura alors qu’un pas.

D’autres commentaires sur cet édito.


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