Archives mensuelles : juin 2010

Après la mort, la tisane

L’adage local est de rigueur pour décrire ce qu’il se passe suite à l’évasion de 34 détenus de la prison de Grande Rivière Nord Ouest, ce dimanche. C’était le sujet de mon édito d’aujourd’hui sur Radio One.

Après la mort, la tisane.


Grandir sans détruire

Le pays fait fausse route. C’est à partir de ce postulat que nous avions entamé une réflexion la semaine dernière. Elle consiste à questionner la justesse d’accueillir deux millions de touristes d’ici à 2015. Cette semaine, le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a confirmé le maintien de cette stratégie. Tandis que le ministre du Tourisme, Nando Bodha, annonçait, au même moment, l’intensification de la campagne marketing de Maurice en Europe et dans les pays émergents. Il faut rappeler les incohérences de la voie de développement que nous suivons depuis quelques années.

Trois pôles de croissance ont été créés ou sont en voie de l’être dans l’île : Jinfei dans le Nord, Ebène et Highlands au Centre et Rose-Belle dans le Sud. Sans compter la demi-douzaine d’Integrated Resort Schemes (IRS) champignonnant dans l’arrière-pays. Dans 15 ans, ces pôles auront besoin de ressources pour exister et croître : eau et énergie notamment.

Si, en 2025, le pays accueille deux millions de touristes, cette activité générera des pressions supplémentaires sur notre environnement et notre société. Puisque gouverner c’est prévoir, nos politiques doivent donc absolument apporter une réponse globale à cette question : que fait-on dès maintenant pour gérer les effets négatifs de ces pôles dans 15 ans ? Les réponses sont actuellement floues… dans le meilleur des cas, parcellaires.

Passons en revue la situation. Pendant que vous lisez cet éditorial, des milliers de Mauriciens doivent composer avec un régime de coupures d’eau. Or, tous les projets que nous citons plus haut sont hydrophiles. Comment gérerons-nous la question de l’eau dans 15 ans ? En construisant deux barrages ? Tout en laissant s’évanouir dans la nature 40 % de ce qui transite par les tuyaux de la CWA ? Réponse globale inconnue !

Il y a aussi le problème de l’énergie. Le pays va devoir décupler sa production électrique pour, entre autres, faire tourner la climatisation des villas IRS, éclairer les bureaux à Highlands et Ebène ou frigorifier les entrepôts à Riche-Terre et Rose-Belle. Si en 2025, le pays continue à produire 50 % et 25 % de l’électricité à partir du charbon et de l’huile lourde respectivement, la facture énergétique deviendra insoutenable. Surtout si l’on y ajoute tout le carburant brûlé lors des déplacements des dizaines de milliers de touristes et des professionnels supplémentaires arpentant alors le pays. Les 56 pages de la Long Term Energy Strategy (2009-2010) du pays sont prometteuses. Mais encore faut-il que celle-ci soit étoffée et mise en pratique. Pour l’heure, on en est au début du commencement !

Ces considérations globales et impersonnelles ne doivent pas nous faire oublier les impacts plus « directs » des décisions que nous prenons maintenant. En 2025, il est probable que nous importerons hors taxe la grande majorité des produits disponibles dans le pays. Mais une autre question restera posée. L’afflux des touristes ainsi que des travailleurs et professionnels étrangers dans le pays nécessitera une augmentation considérable de la production vivrière.

Si le statu quo perdure dans notre petit monde agricole, la production vivrière restera sensiblement la même en 2025. Moins d’offre pour davantage de demande égale augmentation des prix ! De là à imaginer qu’une laitue coûte Rs 75 et un kilo de carottes Rs 150, il n’y a qu’un pas. Dans ce contexte, ce qui ne pourra être produit ou acheté localement devra donc être importé. Or, depuis la fin des années 2000, le monde connaît une phase d’Agflation (l’inflation des produits agricoles). C’est une tendance longue, qui ne s’estompera pas car l’agriculture cède globalement du terrain face aux activités industrielles. Nous devons donc nous préparer à payer plus cher ce que nous mangeons, peu importe sa provenance.

Bien entendu, la croissance et l’activité économique généreront des revenus supplémentaires pour les salariés. Ce qui devrait permettre à une bonne partie d’entre eux de maintenir un pouvoir d’achat adéquat. Toutefois, les plus bas salaires et les personnes vulnérables (sans emploi ou vivant en marge de la société) devront, eux, s’adapter à un coût de la vie devenu exorbitant. Si le ministère de l’Intégration sociale échoue, si nous ne prenons pas un temps pour réfléchir à tous les aspects de notre stratégie de développement, nous créerons durablement une société à trois vitesses. Où la catégorie la plus vulnérable le sera davantage

Il ne s’agit pas ici de se transformer en ayatollah de la décroissance. Mais plutôt de redire à quel point les huit ou dix pôles de croissance des années 2025 devront tous tendre vers le même objectif : grandir sans détruire.

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Et si ?

L’avertissement est sans équivoque. Si 2009 a été une mauvaise année pour le tourisme, 2010 pourrait être pire ! En ce milieu d’année, l’optimisme n’est pas le sentiment ambiant parmi les membres de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim).

Face à ce discours alarmiste, nous pouvons d’abord choisir de ne pas être dupes. La récente annonce d’un Tourism and Hotel Investment Trust a probablement donné des sueurs froides à quelques grands patrons du secteur. La confession de l’Ahrim apparaît, du coup, opportune. Décodé, le message dit donc: « Chers Navin et Pravind nous sommes dans une passe difficile. Il nous faut d’abord surmonter les deux années à venir. Ensuite, nous discuterons de l’ouverture de notre capital. » Il n’est pas dit que le Premier ministre et son ministre des Finances apprécient le message ! A moins que…

Cela nous amène à la deuxième lecture possible de la confession de l’Ahrim : et si le tourisme se trouvait effectivement dans une mauvaise passe ? Dans cette conjoncture, ce secteur doit-il continuer à réciter le même mantra ? En se disant qu’il suffi t de rester dans le haut de gamme, conserver son assise sur ses marchés traditionnels tout en ciblant ceux — émergents — d’Asie et d’Europe de l’Est pour réussir.

Et si nous avions tout faux ? Et si notre stratégie de croissance par le nombre (deux millions de touristes en 2015) était fondamentalement mal inspirée ? La crise qui secoue en ce moment la zone euro, notre principal marché touristique, est une sorte de « wake up call ». Allons-nous l’écouter et saisir l’opportunité qui se présente ? Pour faire quoi ?

D’abord freiner notre élan ! En décidant de ne plus laisser construire de nouvel hôtel dans le pays. Puis décider courageusement et collectivement que durant les années à venir, l’objectif maximal d’arrivées touristiques s’établira à un million. Pour ensuite profiter de ce temps d’arrêt afin d’évaluer concrètement l’effet social, économique et écologique de l’industrie touristique.

Depuis 30 ans, l’industrie touristique n’a été obsédée que par la croissance du nombre d’arrivées. Il faut maintenant évaluer concrètement quels dégâts ont été causés à notre environnement — certains lagons comme Grand-Baie sont morts — en raison de l’activité touristique. Mais aussi identifier clairement les fléaux sociaux et les précarités (notamment économiques) que l’industrie a pu générer. Déterminer pourquoi et comment des poches de pauvreté et de délinquance perdurent. Parfois à quelques centaines de mètres de nos plus grands palaces.

L’urgence absolue : agir. « MIDifier » le tourisme en le rendant totalement compatible avec le concept Maurice île Durable (MID). Pour cela, il faut élaborer un grand plan national pour atténuer l’impact environnemental de l’industrie. En protégeant nos côtes ici, gérant mieux les ressources en eau là et révolutionnant le mode de génération et de consommation d’énergie ailleurs.

Parallèlement l’industrie doit inaugurer une nouvelle ère dans ses relations avec ses employés et ses voisins. D’abord, en redoublant de rigueur dans la formation de TOUS ses employés. Leur permettant ainsi d’exceller dans leurs domaines respectifs et assurer leur avancement professionnel. L’industrie doit en même temps cesser la relation paternaliste qu’elle entretient avec son voisinage. Les faits semblent démontrer que l’accompagnement simpliste consistant à financer des projets communautaires ça et là ne marche pas. L’industrie doit désormais s’impliquer efficacement à travers des programmes de sous-traitance ou d’accompagnement social en adéquation avec les réalités locales.

Récapitulons les caractéristiques de ce tourisme « MIDifié ». Il assure un taux de remplissage convenable pour les hôtels et bungalows existants. Il exerce peu – et même de moins en moins — de pression sur l’environnement. Il permet à ceux travaillant dans l’industrie mais aussi à ceux vivant à côté des établissements hôteliers de profiter pleinement de cette activité.

Valeur du jour, les touristes venant à Maurice apprécient seulement une vitrine. Et ignorent souvent tout des effets négatifs de l’industrie. Il faut imaginer un autre scénario. Celui où le touriste sait qu’il n’est pas seulement un chiffre dans le nombre des arrivées. Celui où les euros qu’il dépense profitent aussi bien à l’ébéniste du coin qu’au délinquant repenti vivant 2 km plus loin. Il faut imaginer le scénario où le touriste n’aura eu aucun impact vraiment négatif sur l’environnement du pays entre le moment où il est arrivé puis reparti.

Ce serait en soi une extraordinaire « expérience » à faire vivre à un touriste que de le rendre conscient que son séjour dans le pays a été effectué tout en préservant un équilibre social, économique et écologique. Ce serait un bien beau label. Tout à fait vendable. Pour qu’on arrive à cela, il faudrait toutefois que l’on stoppe la machine. Est-on seulement prêt à le faire ?

D’autres commentaires sur cet édito


Voiture verte : ça pousse toujours !

Certains d’entre vous se souviennent peut-être de cette voiture “verte” dont j’avais parlé en mars. Il se trouve que vendredi dernier, j’ai refait un tour au Lux Shed des services des Douanes, à Mer Rouge. Et j’ai pu constater que la voiture verte se porte très bien. On pourrait même dire qu’en dessous, ça pousse toujours !

Photos prises vendredi dernier :


Les radio pirates font fort

C’est de l’humour. Et comme on le sait, bien des vérités sont dites à travers l’humour…


Imbécillités

«Vous faites preuve d’une ridicule imbécillité. » Ce ne sont pas là les propos d’un de ces malotrus que l’on croise parfois « anba laboutik. » Mais bien les mots du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Ils m’ont été lancés hier, lors de sa conférence de presse (voir page 6). Je dois l’avouer. Je ne suis nullement surpris. Ni par son agressivité et encore moins par son refus de répondre à mes interrogations. Car Ramgoolam déteste qu’on questionne ses actions. Habitué, qu’il est, à ne jamais devoir rendre des comptes.

Hier, il était question de principes. Deux d’entre eux – la liberté de la presse et le droit à l’information – ont été ouvertement bafoués. Par des ministres refusant l’accès à leur conférence de presse à certains journalistes ou plus globalement par l’administration publique. Le Premier ministre, en bon démocrate qu’il dit être, se devait donc de clarifier sa position et celle de son gouvernement au sujet de ces deux principes. Ma question était donc directe. «Est-ce qu’à un moment ou un autre, vous ou un de vos ministres avez donné des instructions pour interdire l’accès à des journalistes ou photographes aux fonctions de la l’Etat?»

Le Premier ministre choisit d’esquiver la question. Il fait de l’esprit. Pour lui, le fait que j’aie été invité à sa conférence de presse indique qu’il n’y a pas boycott. J’insiste. Je réclame une réponse en lui opposant des faits. Navin Ramgoolam qui a truffé son allocution d’attaques contre le rédacteur en chef de l’express, Raj Meetarbhan, s’en prend maintenant à moi. Voilà qu’il me dit que je n’ai « pas à (lui) poser des questions ». Il poursuit dans l’insulte quand je refuse d’obtempérer. « Etes-vous suffisamment intelligent ? » lance-t-il. Avant de justifier son silence par le fait que la Cour suprême tranche en ce moment un litige qui oppose la Sentinelle et l’Etat sur cette question.

Les propos offensants du Premier ministre ne m’empêchent pas de pointer les incohérences issues des rangs du Parti travailliste. Vraisemblablement, Ramgoolam ignore que la directrice de communication de son parti, Nita Deerpalsing, a confirmé le boycott. C’était lundi, lors d’un entretien qu’elle m’a accordé sur Radio One. Mis devant ces faits, le Premier ministre se dresse encore une fois sur ses ergots. « Vous dites tellement de faussetés », assène-t-il en refusant ma proposition de lui faire écouter les propos de Nita Deerpalsing.

Navin Ramgoolam n’en a pas encore fini avec la Sentinelle. Profitant d’une question du Mauricien, il rebondit et contre-attaque. Cette fois, c’est Jean-Claude de l’Estrac, le président du groupe de presse de Riche-Terre que vise le Premier ministre. Il l’accuse d’être « descendu dans l’arène politique » et trouve normal que ce dernier et son entreprise prennent donc des coups.

A ce moment-là, Navin Ramgoolam escamote la vérité. Car il n’avoue pas qu’il avait lui-même suggéré à de l’Estrac de jauger l’intérêt de Paul Bérenger pour une alliance avec le Parti travailliste. Et qu’il a ensuite régulièrement discuté avec de l’Estrac de l’opportunité d’un tel accord. Je choisis encore une fois, de remettre le Premier ministre devant ses incohérences. Mais vraisemblablement cela l’irrite au plus haut point. Sa réplique est cinglante : « Ou pena lespri ? »

Le seuil de tolérance est atteint. Je dis clairement au Premier ministre que je ne suis pas venu à sa conférence de presse pour me faire insulter. Cela n’a pas le mérite de le ramener à la raison. Les invectives reprennent de plus belle. « Vous faites preuve d’une ridicule imbécillité », dit-il en prétextant qu’il n’a pas besoin de Jean Claude de l’Estrac pour parler au MMM. Certes. Mais il n’empêche que ce dernier a participé « à la réflexion » des leaders rouges et mauves au moment où ils pensaient sérieusement s’allier. C’est la vérité. Que nie pourtant Ramgoolam au moment où je choisis de quitter la salle de conférence du Prime minister’s office.

D’autres commentaires sur cet édito.


L’incident

Le ton virulent et insultant qu’a adopté Navin Ramgoolam à mon égard et celui du groupe de presse dont je suis l’un des rédacteurs en chef m’a forcé aujourd’hui à effectuer un “walk-out” de sa conférence de presse. L’incident est largement relaté ici.

Je vous propose d’écouter la version intégrale de l’échange entre le Premier ministre et moi…qui est plus longue que celle (coupée) utilisée à la télévision nationale ce soir. Ma voix est à peine intélligible par moment car je parlais sans micro. Montez le son et tendez l’oreille pour bien entendre.

La Navin Broadcasting Corporation, pardon…la Mauritius Broadcasting Corporation a tourné les choses afin d’essayer de ridiculiser ma démarche. En donnant l’impression que mes confrères n’ont pas été solidaires avec moi. Je ne réponds pas de mes autres collègues du groupe. Par contre, j’ai demandé à Amrish Bucktowarsing, le seul journaliste de mon équipe présent, de rester après mon départ. Afin de rendre compte ensuite de ce qui aura été dit.

Mon édito de demain est consacré à cet incident. J’y explique les choses, de mon point de vue…


Waka waka !

A force d’entendre la chanson, elle commence sérieusement à me taper sur le système. En fait, la Coupe du monde, elle-même, commence à porter sur mes nerfs. Impossible de faire quoi que ce soit ou d’aller où que ce soit sans en entendre parler ou de tomber sur quelque chose qui y fait référence.

Mon problème, c’est que je fais partie de cette infime minorité (d’hommes) qui n’est absolument pas intéressée par le foot. Mais comme nous sommes en démocratie…et que ma liberté s’arrête là où celle des autres commence, je n’ai pas trop le choix. Il me faudra patienter jusqu’au 12 juillet pour enfin avoir la paix.

En attendant, vous voyez ci-dessous ce que je contemple en me tenant assis à mon bureau. Un écran de 150 cm qui diffuse du foot (presque) en permanence. Elle a été installée pile en face de mon bureau pour que l’équipe puisse suivre la coupe du monde en haute définition!

ps: je suis quand même allé chercher ce que Waka Waka veut dire, selon les sources ca voudrait dire “fais-le” ou “brille”


Face à face avec Nita Deerpalsing

L’émission d’hier sur Radio One a été « sportive », comme me l’ont décrit les personnes qui l’ont écouté. Nita Deerpalsing, députée et directrice de la Communication du Parti Travailliste a répondu aux questions sur le boycott de la Sentinelle par le gouvernement. Bien évidemment, de son point de vue, tout se justifie…et il n’y a absolument aucune atteinte à la liberté d’expression et au droit à l’information par le gouvernement. Heureusement que vous n’êtes que peu nombreux à partager cette opinion!

Voici quatre larges extraits du face à face d’hier.

ps: j’ai trouvé un nouveau site pour héberger les interviews. Ce qui veut dire que je recommencerai à poster régulièrement le face à face du lundi sur le blog.


A l’origine du mal

Des propagateurs de «fausses nouvelles». C’est à peu prés le premier qualificatif qui vient à Navin Ramgoolam pour décrire la majorité des journalistes du pays. Défiance, méfiance, paranoïa sont ainsi les sentiments que cultive le Premier ministre envers la presse et plus particulièrement contre le groupe La Sentinelle. Il est persuadé qu’un complot permanent est en marche pour saper son action politique et le discréditer. Ce désamour de Ramgoolam pour la presse ne date pas d’hier…

En rentrant au pays après ses études de médecine le 18 mai 1976, Navin Ramgoolam découvre une presse encore sous le coup de la censure. Qui ne va être levée qu’en octobre de cette année-là. De Dublin, où il étudie, mais aussi à Maurice, il s’est tenu au courant. Cette « presse politique » est au service de « certains intérêts », entend dire Ramgoolam autour de lui. Il est d’avis que l’express et Le Mauricien ont fait beaucoup de mal à son père, au Parti travailliste et au pays. La presse, ou plutôt « une certaine presse » veut du mal aux Ramgoolam, pense-t-il.

Moins de 20 ans plus tard, il va s’en persuader. A peine arrivé au pouvoir en décembre 1995, Navin et son entourage croient savoir qu’une cabale est déjà en cours. Celle-ci viserait à asseoir l’image d’un vice-Premier ministre, Paul Bérenger, « hard worker ». Alors que Ramgoolam, fréquemment en déplacement à l’étranger, acquiert peu à peu une image de dilettante. Il ne fait d’ailleurs rien pour s’en défaire.

L’affaire « Macarena », qui éclate début 1997, améne ainsi toute la presse à parler du coté un peu trop « bon-vivant » du Premier ministre. Il rumine sa colère. Fait le dos rond, en espérant que la tempête passe. Mais celle-ci ne fait que redoubler d’intensité en février 1999. Quand, à l’étonnement général, le Premier ministre tarde à prendre la situation en main alors que la violence gagne les banlieues de Port-Louis à la suite du décès, en cellule, du seggaeman Kaya.

A son image de dilettante s’ajoute désormais celle d’un Premier ministre incapable d’agir sous la pression. La presse ne fait que relater les faits. Mais Ramgoolam et ses proches en sont désormais convaincus : c’est une campagne en vue de lui faire perdre le pouvoir. Une action concertée dirigée contre sa personne. Au lendemain de sa défaite électorale de septembre 2000, Ramgoolam juge même que la presse a largement contribué à faire campagne contre lui durant son mandat.

C’est armé de cette certitude qu’il revient au pouvoir le 4 juillet 2005. Ramgoolam s’est aguerri. Il a appris de ses déboires passés et il est mieux conseillé. Il pense donc pouvoir mater une presse qu’il considère encore largement hostile à lui. Mais les bourdes se suivent. Pendant que son ministre des Finances, Rama Sithanen, parle d’austérité, Navin Ramgoolam se commande une Aston Martin valant Rs 14 millions. La presse, dans son ensemble, ne manque pas de parler de cet achat qui fait tache par ces temps-là. Le Premier ministre est convaincu que le complot contre lui a repris de plus belle.

Ramgoolam croit détecter les mêmes schémas que par le passé. Il soupçonne qu’on cherche à lui ôter le crédit de certaines politiques gouvernementales. Il s’offusque du fait que toutes les lumières restent braquées sur Rama Sithanen et sa réforme économique, mais aussi, dans une moindre mesure, sur Xavier Duval. Le coupable est tout trouvé. Le groupe La Sentinelle, selon Ramgoolam, mène une campagne systématique contre lui, toute en soutenant l’opposition MMM.

Cette fois, il va prendre les devants. Attaques personnelles contre les rédacteurs en chef du groupe, boycott publicitaire, sorties virulentes contre la presse. Ramgoolam choisit l’attaque comme stratégie de défense. La suite on la connaît…


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