Une campagne électorale c’est une drôle de période. Pour les candidats d’abord, bien sûr. Pour les citoyens aussi, sans doute. Mais aussi pour nous, les journalistes. Pour que vous sachiez ce qui se passe durant une campagne, je vais vous raconter une histoire de fantôme.
Hormis les quelques énergumènes (d’un parti politique particulier) l’essentiel des candidats et politiques qui battent la campagne tiennent à une chose : faire copain-copain avec les journalistes !
J’ai ma petite théorie sur la question. Avant de vous l’exposer, je dois toutefois faire appel à votre mémoire. Casper, le gentil fantôme. Vous connaissez ? C’est ce dessin animé où un revenant sympathique dit à tous ceux qu’il rencontre : « je suis Casper. Veux-tu être mon ami ? » Ces politiques qui veulent faire ami-ami, je les appelle les Caspers. Je peux maintenant aborder le vif du sujet.
J’ai identifié deux sortes de Casper. Il y a d’abord le Casper tout nouveau tout beau qui vient d’être jeté dans la marmite. On le reconnaît à des kilomètres à la ronde. Il ou elle a l’expression distinctive du lapin pris dans les phares !
Perdue, éblouie par le rythme de la campagne, sa dureté, sa cruauté parfois…la jeune pousse politique est bien obligée de donner le change afin de rassurer les vieux mammouths qui l’accompagnent sur le terrain. Tout en faisant croire à ses partisans qu’elle a la peau dure. Tout ce qu’on attend d’un politique, quoi !
Mais intérieurement, le nouveau Casper panique. Recherche à tout prix des regards et voix rassurants ou une petite phrase d’approbation. Bien souvent ces Casper là, voient dans le journaliste un « ami » tout indiqué. A qui ils peuvent dire leurs doutes ou raconter leur enthousiasme sans craindre d’être rabroués. Les journalistes leur servent aussi de thermomètres de la campagne.
En 2005, un Casper de l’alliance sociale m’avait ainsi bien fait rire. Dès qu’il me voyait dans un meeting, il accourait « eh Rabin, ki manière ? Couma to trouve lafoule ? Ki sondage terrain ? Circonscription cot moi ki to pé tandé là ? »* Sa situation était tout à fait confortable en 2005. Il a été élu mais le fait est que même s’il avait été dans une circonscription « abattoir », je ne lui aurais probablement rien dit de vraiment décourageant.
C’est ce que j’ai notamment fait avec un autre Casper, du MSM cette fois-ci toujours en 2005. Le jour de la présentation des candidats, on se parle et il se met à me décrire avec force détail comment lui et ses colistiers sont assurés d’un trois-zéro. Dans un fief travailliste du nord !!! J’ai dit « oui » à tout ce qu’il disait. Et je me souviens encore de l’expression de son colistier, un vieux de la vieille, levant les yeux au ciel en écoutant le discours aveuglément enthousiaste de son jeune partenaire. Pour la petite histoire, ils ont perdu la circonscription par 3-0!
Les nouveaux Caspers se retrouvent dans tous les camps, aussi bien chez celui du gouvernement sortant que de l’opposition. Mais il y a une autre sorte de Casper que l’on ne retrouve que chez les candidats du bloc de l’opposition lors d’une élection. Ce sont les Casper tacticiens. Ils croient qu’on ne les voit pas venir, mais ils se trompent.
Ces Caspers là ont une méthode usitée. Qu’ils soient anciens ministres, députés ou vieux routiers de la politique, ils procèdent de la même manière. Les travaillistes étaient dans cette position en 2005. Les MMM se retrouvent dans la même situation en 2010.

Pour eux, l’objectif à atteindre, c’est instaurer de la complicité entre lui et le journaliste. Le tutoiement est forcément de rigueur. Et la familiarité…n’en parlons même pas ! J’ai eu droit à quelques variantes du « hey Rabin, mo bien contan lire toi. To bann l’artik top ! »** Merci, merci. Mais ces compliments ne sont sans doute pas très sincères !
Leur jackpot, ils l’obtiennent quand le gouvernement sortant est hostile à la presse. C’est le cas en ce moment. Alors ils ne ratent aucune occasion pour envoyer un petit message de soutien pour dire à quel point ils sont d’accord au sujet d’une critique (adressée dans un édito) au pouvoir en place. Tout comme ils sont les premiers à reconnaître l’indépendance ou la liberté de ton du titre pour lequel vous travaillez.
Les Casper tacticiens croient toujours berner le monde. Mais ils finissent sans doute tous par réaliser que tout le monde voit au travers de leur jeu. Peut-être parce que personne n’est dupe. Car tous les journalistes savent que ces Caspers là, une fois élus, ou pire, une fois devenus ministres, oublient, pour la plupart d’entre eux, ceux qu’ils appelaient « mon camarade» durant la campagne électorale.
Je croyais tout savoir sur les Casper jusqu’ici. Mais la campagne 2010 m’a réservé un surprise. Je crois avoir découvert un nouveau genre de Casper !!! C’est le Casper Facebook. Celui là, il ne vous appelle pas et ne vous croise pas nécessairement dans les meetings. Mais se fait par contre un point d’honneur à vous envoyer un « friend request » sur Facebook.
Je pratique la plus grande tolérance et une éthique très simple sur Facebook. Je suis membre de TOUS les groupes des principaux partis politiques du pays. Mais je n’envoie jamais de « friend request » aux politiques. Toutefois, je ne refuse jamais par contre les leurs. Sauf dans deux cas : quand ils sont ouvertement racistes ou intolérants ou quand ils traînent derrière eux des casseroles par rapport à des affaires de mœurs ou de corruption. Car au final, je veux bien des Caspers parmi mes 500+ « friends » de facebook. Mais des Poltergeists, non merci !
* Eh Rabin, comment vas-tu ? Que penses-tu de la foule ? Quelle est la situation sur le terrain ? Qu’entends tu à propos de mes chances dans la circonscription ?
** J’aime beaucoup ce que tu écris, tes articles sont très bien !
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