Archives mensuelles : avril 2010

Vox populi

A une semaine des élections, voici un petit sondage sans prétention. Il sera ouvert jusqu’au lundi 3 mai. Votez et rameutez vos amis et connaissances pour qu’ils votent aussi! Bien évidemment, cet exercice reflètera uniquement les perceptions et non pas la réalité des rapports de forces politiques.

Vous remarquerez que j’ai bloqué l’affichage des résultats. Pour une raison très simple, je veux essayer d’éviter le “hein guette nou pe perdi dans sa sondaz la, degaze al vot pou nou.” Toutefois, pour vous donner un petit aperçu des tendances, je débloquerai l’affichage d’une ou deux circonscriptions chaque jour. Le 3 mai, tout s’affichera et on fera les comptes ensemble!

La question est donc: Pour qui vous allez voter ou qui pensez-vous être en mesure de gagner dans les 20 circonscriptions du pays ?


Le vote cynique

Pourquoi couper le pays en deux ? C’est ce que se demande Rama Sithanen (interview partie 1, 2, 3) au sujet de la stratégie politique du moment de Navin Ramgoolam. Il faut relativiser les propos du ministre des Finances. S’il avait été candidat et s’il avait reçu l’assurance qu’il resterait à son poste, il aurait peut-être affirmé que l’Alliance de l’avenir ne polarise en rien l’électorat ! Passons donc sur les discours politiques. Pour nous intéresser à la réalité du terrain. Elle est inquiétante.

Plusieurs commentateurs avaient exprimé des craintes au sujet d’un rapprochement Parti travailliste (PTr)-MSM au lendemain de l’élection partielle de Moka/Quartier-Militaire. Postulant que ce bloc pourrait être perçu comme une force politique homogène, proche des préoccupations d’une population rurale et traditionnelle soucieuse de préserver ses privilèges. Le risque de voir les élections législatives de 2010 se résumer à l’affrontement de la majorité contre les minorités était brandi. Cela ne s’est pas produit. Ce qui s’est vraiment passé est pire !

Les coups calculés, dictés ou mal maîtrisés de Ramgoolam le placent aujourd’hui dans une situation compliquée. Il y a d’abord eu ces alignements douteux de certains profils précis dans quelques circonscriptions ciblées. Ensuite il y a cette aura – qui se dissipe de Rashid Beebeejaun, toujours présenté comme n° 2 du futur gouvernement Ramgoolam. En 2005, Beebeejaun était la carte de garantie d’une communauté. Cinq ans après, les détenteurs de la carte se rendent compte que la garantie n’a pas beaucoup joué en leur faveur.

Il y a aussi l’effet Sithanen qui a achevé de convaincre une partie des électeurs que Ramgoolam ne fait finalement pas grand cas de la méritocratie ou de la valeur symbole de certaines personnes. Si pour son intérêt personnel, some guy must go, then he’ll go. Enfin, il y a ce Jocelyn Grégoire qui donnait un temps l’impression d’être docile. Mais qui finalement ne fait pas le jeu d’un Ramgoolam bien embarrassé de constater que Xavier Duval peine à rassembler « généralement » une certaine population.

Du coup, nous voici devant un scénario un peu plus complexe que le classique « majorité contre minorités ». Ce que nous voyons se profiler, ce sont des élections où les minorités affrontent une certaine majorité. Cette donne n’est pas sans conséquences pour l’alliance de Ramgoolam. Nous en comptons trois.

D’une, le rêve de la majorité des trois-quarts de Ramgoolam s’éloigne. Deuxièmement, ce réalignement consolide les bases de l’alliance de Paul Bérenger dans les circonscriptions dites marginales. Où des 2-1 en faveur de Ramgoolam pourraient s’inverser au profit de Bérenger. Enfin, dans les bastions travaillistes, une certaine frange de l’électorat majoritaire est en train d’avoir les mêmes réflexes de sanction que les minorités. « Pas kapav vot zis ene sel kalité. » Ces épiphénomènes ne feront pas perdre le PTr dans ces circonscriptions. Ils contribueront toutefois à ternir l’image d’invincibilité de l’équipe de l’avenir. Mises bout à bout, ces tendances démontrent certes une remontée de l’Alliance du cœur. Mais elles demeurent encore insuffisamment puissantes pour créer une réelle dynamique de victoire chez les mauves.

Le constat que nous faisons ici doit déjà avoir été exposé à Ramgoolam. Il a le choix. Il peut d’abord revoir sa stratégie en multipliant les efforts pour apaiser les minorités. Nous l’en croyons incapable. Prisonnier qu’il est du « ghetto » où le MSM l’a mené. Reste l’autre solution : la diversion.

Deux occasions se présentent pour faire diversion. D’abord grâce au programme politique de l’alliance de l’avenir. Les échos en provenance du camp rouge font état de quelques mesures choc et populistes. Susceptibles de rallier un soutien électoral massif. Ensuite, il y a ce meeting du 1er Mai à Vacoas. Non seulement Ramgoolam doit réussir à y rassembler une importante foule. Mais il doit aussi pouvoir donner l’impression que celle-ci est largement plus fournie que celle du MMM à Port-Louis.

Les dividendes de ces deux manœuvres seront réels. En effet, l’électeur moyen est cyniquement intelligent. Surtout devant le choix suivant. D’une part, quelques réels avantages offerts par un bloc qui donne par ailleurs l’impression d’être en position de force. D’autre part, un discours « everybody on board », dont on ne sait pas si les défenseurs se retrouveront réellement au pouvoir. Face à un tel cas de figure, on sait déjà pour qui l’électeur va voter. C’est cela le pragmatisme du Mauricien !


Quelle honte!

C’est une honte. Quelle belle image de l’ile Maurice! Quelle belle image éthylique, pardon, idyllique, de notre dynamique ministre du Tourisme. Je ne vois pas grand chose d’autre à rajouter sur ce sujet. La vidéo de Thalassa parle d’elle-même.

Bien évidemment, les opinions de la personne qui parle à la fin de la vidéo n’engagent qu’elle-même. J’ai posté la vidéo dans son intégralité car je n’ai pas souhaité la couper et ainsi m’approprier le scoop de M. Oudin.


Veux-tu être mon ami ?

Une campagne électorale c’est une drôle de période. Pour les candidats d’abord, bien sûr. Pour les citoyens aussi, sans doute. Mais aussi pour nous, les journalistes. Pour que vous sachiez ce qui se passe durant une campagne, je vais vous raconter une histoire de fantôme.

Hormis les quelques énergumènes (d’un parti politique particulier) l’essentiel des candidats et politiques qui battent la campagne tiennent à une chose : faire copain-copain avec les journalistes !

J’ai ma petite théorie sur la question. Avant de vous l’exposer, je dois toutefois faire appel à votre mémoire. Casper, le gentil fantôme. Vous connaissez ? C’est ce dessin animé où un revenant sympathique dit à tous ceux qu’il rencontre : « je suis Casper. Veux-tu être mon ami ? » Ces politiques qui veulent faire ami-ami, je les appelle les Caspers. Je peux maintenant aborder le vif du sujet.

J’ai identifié deux sortes de Casper. Il y a d’abord le Casper tout nouveau tout beau qui vient d’être jeté dans la marmite. On le reconnaît à des kilomètres à la ronde. Il ou elle a l’expression distinctive du lapin pris dans les phares !

Perdue, éblouie par le rythme de la campagne, sa dureté, sa cruauté parfois…la jeune pousse politique est bien obligée de donner le change afin de rassurer les vieux mammouths qui l’accompagnent sur le terrain. Tout en faisant croire à ses partisans qu’elle a la peau dure. Tout ce qu’on attend d’un politique, quoi !

Mais intérieurement, le nouveau Casper panique. Recherche à tout prix des regards et voix rassurants ou une petite phrase d’approbation. Bien souvent ces Casper là, voient dans le journaliste un « ami » tout indiqué. A qui ils peuvent dire leurs doutes ou raconter leur enthousiasme sans craindre d’être rabroués. Les journalistes leur servent aussi de thermomètres de la campagne.

En 2005, un Casper de l’alliance sociale m’avait ainsi bien fait rire. Dès qu’il me voyait dans un meeting, il accourait « eh Rabin, ki manière ? Couma to trouve lafoule ? Ki sondage terrain ? Circonscription cot moi ki to pé tandé là ? »* Sa situation était tout à fait confortable en 2005. Il a été élu mais le fait est que même s’il avait été dans une circonscription « abattoir », je ne lui aurais probablement rien dit de vraiment décourageant.

C’est ce que j’ai notamment fait avec un autre Casper, du MSM cette fois-ci toujours en 2005. Le jour de la présentation des candidats, on se parle et il se met à me décrire avec force détail comment lui et ses colistiers sont assurés d’un trois-zéro. Dans un fief travailliste du nord !!! J’ai dit « oui » à tout ce qu’il disait. Et je me souviens encore de l’expression de son colistier, un vieux de la vieille, levant les yeux au ciel en écoutant le discours aveuglément enthousiaste de son jeune partenaire. Pour la petite histoire, ils ont perdu la circonscription par 3-0!

Les nouveaux Caspers se retrouvent dans tous les camps, aussi bien chez celui du gouvernement sortant que de l’opposition. Mais il y a une autre sorte de Casper que l’on ne retrouve que chez les candidats du bloc de l’opposition lors d’une élection. Ce sont les Casper tacticiens. Ils croient qu’on ne les voit pas venir, mais ils se trompent.

Ces Caspers là ont une méthode usitée. Qu’ils soient anciens ministres, députés ou vieux routiers de la politique, ils procèdent de la même manière. Les travaillistes étaient dans cette position en 2005. Les MMM se retrouvent dans la même situation en 2010.

Pour eux, l’objectif à atteindre, c’est instaurer de la complicité entre lui et le journaliste. Le tutoiement est forcément de rigueur. Et la familiarité…n’en parlons même pas ! J’ai eu droit à quelques variantes du « hey Rabin, mo bien contan lire toi. To bann l’artik top ! »** Merci, merci. Mais ces compliments ne sont sans doute pas très sincères !

Leur jackpot, ils l’obtiennent quand le gouvernement sortant est hostile à la presse. C’est le cas en ce moment. Alors ils ne ratent aucune occasion pour envoyer un petit message de soutien pour dire à quel point ils sont d’accord au sujet d’une critique (adressée dans un édito) au pouvoir en place. Tout comme ils sont les premiers à reconnaître l’indépendance ou la liberté de ton du titre pour lequel vous travaillez.

Les Casper tacticiens croient toujours berner le monde. Mais ils finissent sans doute tous par réaliser que tout le monde voit au travers de leur jeu. Peut-être parce que personne n’est dupe. Car tous les journalistes savent que ces Caspers là, une fois élus, ou pire, une fois devenus ministres, oublient, pour la plupart d’entre eux, ceux qu’ils appelaient « mon camarade» durant la campagne électorale.

Je croyais tout savoir sur les Casper jusqu’ici. Mais la campagne 2010 m’a réservé un surprise. Je crois avoir découvert un nouveau genre de Casper !!! C’est le Casper Facebook. Celui là, il ne vous appelle pas et ne vous croise pas nécessairement dans les meetings. Mais se fait par contre un point d’honneur à vous envoyer un « friend request » sur Facebook.

Je pratique la plus grande tolérance et une éthique très simple sur Facebook. Je suis membre de TOUS les groupes des principaux partis politiques du pays. Mais je n’envoie jamais de « friend request » aux politiques. Toutefois, je ne refuse jamais par contre les leurs. Sauf dans deux cas : quand ils sont ouvertement racistes ou intolérants ou quand ils traînent derrière eux des casseroles par rapport à des affaires de mœurs ou de corruption. Car au final, je veux bien des Caspers parmi mes 500+ « friends » de facebook. Mais des Poltergeists, non merci !

* Eh Rabin, comment vas-tu ? Que penses-tu de la foule ? Quelle est la situation sur le terrain ? Qu’entends tu à propos de mes chances dans la circonscription ?

** J’aime beaucoup ce que tu écris, tes articles sont très bien !


Saisis par l’image

Des images saisissantes. La psychologie des foules nous enseigne que celles-ci font partie des éléments déterminants dans le choix de l’électeur. Dans une certaine mesure, les théories élaborées par Gustave Lebon en 1895 se vérifient encore aujourd’hui. C’est ce qui explique en grande partie l’obsession des partis politiques pendant les campagnes électorales : frapper les esprits ! Nous en avons eu l’illustration hier, lors du Nomination Day. Ce cirque du « nous allons leur en mettre plein la vue » dure depuis la dissolution du Parlement le 31 mars. Il n’est pas prêt de s’arrêter. Il faut relever l’absurdité de la situation.

Déjà, l’absurde évidence. A elles deux, les alliances du cœur et de l’avenir ont dépensé des dizaines de milliers de roupies par circonscription pour maquiller grossièrement chaque coin de rue et ronds-points de leurs couleurs. Dans leur souci de frapper les esprits, ils ont considérablement réduit la visibilité sur certains axes routiers. Jusqu’à mettre en danger la vie de motocyclistes et automobilistes incapables de voir arriver d’autres véhicules. Rouge, mauve, bleu, blanc. Pourvu qu’on voie la couleur du parti, même si cela implique qu’on ne voit plus la couleur du danger.

L’image devient (encore) plus saisissante avec cette complicité à peine dissimulée. Celle d’une station de télévision nationale qui « storyboarde » les entrées en scène du prince. Qui étudie les angles de vue à utiliser afin de mettre en valeur le maître et grossir le plus possible les foules venues l’écouter. Tandis que l’adversaire du maître est, lui, le plus souvent, montré à son désavantage. A travers des bribes de discours anecdotiques ou une qualité d’image et de prise de vue diamétralement opposée à celle réservée au maître. L’image du premier en devient saisissante. Celle du second triviale.

Au moment où de récentes études démontrent que prés d’un électeur sur trois n’a toujours pas décidé pour qui il va voter le 5 mai, la nécessité de frapper l’esprit des brebis égarées devient impérieuse. Si, dans cette bataille, un camp a l’avantage combiné des moyens financiers et techniques ainsi que de l’appareil d’Etat, l’autre capitalise sur le facteur humain pour lui donner le change. Notamment en redoublant sa présence sur le terrain. Pour donner l’impression d’être partout. Tout le temps. Est-ce suffisant ? Sans doute pas.

Alors on saisit chaque occasion. Hier, il y en avait une. Aprés – parfois avant – le dépôt de candidature, le traditionnel « défilé » est de rigueur. Mu par une croyance primitive, chaque camp en vient à croire que la popularité du ou des candidats est directement proportionnelle au nombre de véhicules participant à son rallye. Beaucoup d’entre eux perpétuent donc ce rituel absurde du Nomination Day. Ainsi, une trentaine de véhicules en moyenne ont participé aux rassemblements des deux grandes alliances dans les vingt circonscriptions du pays.

Six cent véhicules au moins ont sillonné les quartiers hier. Bloquant la circulation, dérangeant les activités du week-end des citoyens. Brûlant aussi, au passage, des centaines de litres d’essence et de Diesel. Autant pour Maurice Ile Durable, autant pour cette conscience écologique que certains candidats proclament avoir découvert depuis des décennies !

Si l’image est saisissante, c’est à travers le son – celui des radios privées et des auditeurs qui s’y expriment – que l’on entend clairement ce que pensent les citoyens des fanfaronnades et démonstrations de force des partis politiques. N’en déplaisent aux censeurs de l’Independant Broadcasting Authority, c’est là, dans cet espace de liberté, que les citoyens sensés expriment trés clairement leur défi ance vis-à-vis de ces méthodes d’un autre âge. C’est également là qu’ils démontrent leur capacité à dénoncer cette attitude toute politicienne qui consiste à penser que l’électeur est un décérébré qu’un peu de bruit et de couleur suffit à convaincre.

Etre accompagné de 500 personnes et de 50 véhicules lors du dépôt de sa candidature, c’est une image saisissante. Mais toute saisissante qu’elle soit, elle ne garantit pas une élection. Certains gagneraient à s’en souvenir durant les jours à venir… Cela leur évitera d’être perplexes le jour du dépouillement.


Pour les étudiants de l’UoM

Voici la présentation du 15/04/2010 à l’Université de Maurice.

Écriture journalistique : du journal au news-magazine


IBA, la suite

La réunion a donc eu lieu. L’Independant Broadcasting Authority était représentée par son président Trilock Dwarka, son directeur Suraj Bali ainsi que par son homme de loi. Les représentants de Radio One étaient Nicolas Adelson, le directeur, Me Michel Ahnee, avocat du groupe et moi.

Le ton était déjà donné dans les premières secondes de la rencontre. Trilock Dwarka a adopté une attitude amicale « ki manière Rabin? » avant de s’empresser de dire « narien grave, ene réunion informel ca.”

La réunion était en effet informelle. L’IBA voulait “express” son « concern » à l’effet que des expressions et formulations utilisées à répétition dans mes éditoriaux pouvaient finir par contrevenir à la loi de l’IBA et à son code de conduite.

Ainsi donc les mots suivants: « obsession » « polytraumatisé » « insécurité maladive»  et « insécurité », sont à proscrire quand je fais référence au Premier ministre ou à n’importe quel autre candidat. Car ceci pourrait revenir à violer cet article du Code de conduite de l’IBA.

A.3 Political programmes and paid political announcements
(1) Political programmes and paid political announcements shall not -

(a) involve character assassination or vilification of any candidate or other person, or any adverse comment on the integrity of any person;

(b) involve any attack on the integrity of the President, the Vice-President and members of the Judiciary;
(c) contain political appeals based on race, colour, caste, creed or place of origin;
(d) contain any defamatory, offensive or blasphemous language, or any language (or tone of language) which may provoke violence or sedition;
(e) contain any remarks likely to hurt the feelings of any person by reason of his sex, race, colour, caste, creed or place of origin;
(f) contain any statement which may constitute or result in a breach of law.

Bon, ils ont parlé, nous avons écouté. Aucune suite n’est donnée à cette rencontre. Aucun avertissement servi. Aucune sanction prise, ni aucune excuse prononcée. Néanmoins, Me Ahnee s’est proposé d’envoyer une correspondance à l’IBA pour lui rappeler la jurisprudence  en matière de commentaires et d’éditorialistes. La loi et les tribunaux sont en effet très attachés au principe de la libre expression des opinions dans les journaux. Ce sera un rappel utile à l’IBA.


…And justice for all

J’ai appris ce soir que l’Independant Broadcasting Authority veut m’entendre, ainsi que la direction de Radio One, ce jeudi. Motif: mon édito radio de ce matin aurait violé l’IBA Act et le code de conduite que l’autorité régulatrice de l’audiovisuel local a mis en place dans le cadre de la campagne électorale.

J’ai écouté et réécouté l’édito en question. Mes confrères à la radio ont également fait le même exercice. Et personne, jusqu’ici, n’a pu trouver en quoi cette opinion contrevient au code de conduite ou à la loi IBA. J’ai ma petite idée sur l’explication derrière cette mise en demeure et sur pourquoi on nous cherche noise. Je compte la dire de vive voix  et sans détour aux « sages » de l’autorité ce jeudi!

Ce qui m’étonne beaucoup, par contre, c’est que ces mêmes « sages » ne semblent absolument pas se rendre compte du déséquilibre flagrant qui règne sur la télévision nationale en matière de couverture politique. Que dire devant cette incongruité? La « sagesse » de l’IBA a peut-être ses raisons que la raison (politique) n’ignore pas!!!


Le bon élève

C’est le propre des chefs politiques que d’être trahis et de trahir eux-mêmes. Navin Ramgoolam n’échappe pas à la règle. Mais son problème, c’est d’avoir érigé la méfiance et l’obsession de déjouer toute velléité (avérée ou fantasmée) de trahison comme méthode de gestion de son conseil des ministres. Mon édito du jour était consacré au feuilleton Sithanen. Une fois n’est pas coutume…

Le bon élève


Au-delà de l’homme

Stop ! Le sort d’un seul homme, Rama Sithanen, a suffisamment monopolisé le débat public. Il est désormais temps de l’en évacuer. Si Navin Ramgoolam – par calcul politique ou par compromission – a choisi d’éliminer l’homme, il faut toutefois que nous exercions la plus grande vigilance afin que les idées du ministre des Finances perdurent. Les réformes mises en place depuis 2006 sont encore fragiles. Il est donc hors de question qu’un apprenti-sorcier de l’économie décide de les changer dans le seul but de satisfaire son ego.

Si l’on prend pour postulat que Navin Ramgoolam apparaît, pour l’instant, en mesure de gagner les élections du 5 mai, l’on se doit également de considérer que c’est Pravind Jugnauth qui héritera du ministére des Finances. Résistera-t-il alors à la tentation de reformuler les politiques économiques initiées depuis 2006 ? Dans quelle mesure, Navin Ramgoolam – le Premier ministre si « fort » mais en même temps si faible devant les exigences de son allié – acceptera-t-il qu’on défasse une réforme dont il a endossé la paternité depuis qu’il a évincé Sithanen ? Pour tenter des réponses à ces questions, il faut regarder en arriére.

A quelques mois des élections de juillet 2005, Navin Ramgoolam, alors leader de l’opposition nous avait accordé une interview. Dans laquelle il disait sans ambages : « Nous voulons des investissements…sans pour autant donner toutes les terres… aux étrangers. Je ne suis pas d’accord… que l’on obtienne un permis de résidence permanent et le droit de vote en échange de ce type d’investissement. » Il faisait allusion à l’Intergrated Resort Scheme (IRS) nouvellement lancé par le gouvernement MSM-MMM d’alors.

A peine quelques mois aprés, le même Ramgoolam consentait à ce que son propre gouvernement mène une politique exactement similaire à celle de l’équipe sortante. Pour être précis, les efforts ont même été redoublés dans cette direction. D’importantes superficies de terre ont été concédées à JinFei ou à Neotown. Des centaines de permis de résidence accordés aux acquéreurs de villas IRS. Le fossé entre ce qui avait été dit et ce qui a finalement été fait est énorme.

Cinq ans plus tard, on se prend donc à se demander si le départ de Sithanen équivaudra forcément à ce que sa politique économique soit revue et corrigée. Première possibilité : le bon sens l’emporte. Arrivé aux commandes, Pravind Jugnauth se rend compte qu’au final, de bonnes décisions économiques ont été prises aux moments opportuns. Qu’il n’y a donc que peu de choses à changer dans notre maniére de gérer l’économie et les finances publiques. Mais pour cela, il faudrait avoir aux finances une personne dont la vue et la capacité de décision ne soient pas gênées par un ego surdimensionné. Ce n’est pas dit que ce sera le cas…

Deuxième possibilité. Face à un Navin Ramgoolam mollasson, Pravind Jugnauth décide d’imposer sa vision des choses. De mettre en pratique toutes ses promesses. Il faut rappeler ce qu’elles sont ! L’élimination des droits de douanes dans le pays. L’abolition de la National Residential Property Tax et de l’impôt sur les intérêts. Ainsi que la réintroduction des déductions fiscales d’avant 2007. Pour couronner le tout, Pravind Jugnauth promet la « baisse progressive du taux d’imposition jusqu’à l’élimination compléte de l’impôt sur le revenu ». Il assure que « ces mesures, nous pourrons les appliquer sans augmenter la TVA ».

Durant le deuxiéme mandat de Ramgoolam, nous avions un économiste au ministére des Finances. Pour le troisiéme, on aura droit à un prestidigitateur qui fera disparaître des milliards de revenus fi scaux pour ensuite faire apparaître le double en recettes ! A moins d’avoir de parfaits irresponsables à la tête du gouvernement, il y a peu de chances pour que la politique économique initiée depuis 2007 soit drastiquement revue. Les bonnes réformes économiques, du fait même qu’elle ont fait leurs preuves durant les temps de crise, pourraient difficilement être remises en cause. Du coup, nous aurions là une bien ironique revanche. Non pas celle d’un homme mais de ses idées. En effet, malgré lui, Pravind Jugnauth pourrait être obligé de reconnaître le bienfondé de la politique économique de son prédécesseur. En étant forcé de marcher dans ses pas !


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