Archives mensuelles : janvier 2010

Vrais problèmes, mauvaises solutions

Ecœurant. C’est le seul qualificatif qui nous vient pour décrire la tournure que prend la question de l’introduction du créole à l’école. D’ailleurs, il faut dès ici prendre une précaution de langage. Notre langue nationale, dans sa version desethnicisée, s’appelle le morisien. Cette précision faite, revenons au débat sur le morisien à l’école…

Depuis juin dernier, la Fédération des créoles mauriciens (FCM) a porté un coup dur au débat. En décrétant que l’introduction du morisien à l’école se justifie par le fait que c’est « la langue ancestrale des créoles,» la FCM a commis une grave erreur. Par son positionnement, cette organisation a minimisé le caractère national de notre langue pour faire d’elle l’affaire d’une communauté d’abord. Ils en payent le prix aujourd’hui. Nos enfants le paieront demain…

Vendredi, les représentants d’une quinzaine d’organisations socioculturelles se sont ainsi prononcés sur la question. Pour eux, la vérité est expéditive. Des dirigeants de la « Voice of Hindu », la « Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation » ou de l’Arya Sabha se sont relayés pour dire non au morisien à l’école.

Ce non monolithique démontre deux choses. D’abord, que ces associations semblent vouloir ignorer les vertus pédagogiques de l’utilisation de la langue maternelle dans les processus d’apprentissage. De nombreuses études, de l’UNESCO notamment, le démontrent. Ensuite, la posture de ces associations indiquent qu’ils n’ont rien compris à la complexité du débat. Et à la palette de possibilités qui s’y rattache. Notamment l’utilisation du morisien comme langue de support pour l’enseignement oral en classe. Ensuite, l’introduction du morisien comme médium d’enseignement. Ce qui impliquerait, par exemple, l’élaboration de manuels d’histoire et de géographie ou de trigonométrie rédigés en morisien. Enfin, troisième possibilité, l’apprentissage du morisien comme langue à part entière. Comme c’est le cas aux Seychelles, par exemple.

Mais tout indique que nous n’aurons pas le loisir de débattre de ces questions. Si Vasant Bunwaree a jusqu’ici été assez avare en propositions sur l’utilisation du morisien dans le cadre de sa réforme de l’éducation, les positionnements rétrogrades de la FCM et des Krit Manohur et Somduth Dulthumun risquent de le convaincre de se réfugier dans le mutisme le plus complet. Le contexte politique est particulier. Aucun gouvernement, même le plus courageux, ne prendrait le risque de laisser perdurer un débat qui a glissé sur le terrain ethnique au moment même où le pays s’apprête à aller aux urnes. Les possibilités de dérapages sont trop nombreuses.

Qui sont donc les gagnants ? Qui sont les perdants dans toute cette affaire ? Les grands gagnants sont tous ceux qui pensent que chaque débat national peut être abordé par le prisme ethnique. Dans la polémique autour de l’utilisation du morisien à l’école, ce sont les réflexes ataviques de certains d’entre nous qui s’en sont trouvés renforcés. Autant dire que ceux qui défendent leurs « bouts » ou qui recherchent le leur sont aujourd’hui convaincus de la justesse de leur mission.

Devant ce blocage, de nombreux membres de la FCM sont peut-être aujourd’hui persuadés de la nécessité de durcir, voire de radicaliser les revendications. Pour d’autres, il est sans doute temps de monnayer de manière ostentatoire les votes créoles pour faire avancer « leur cause » dans le pays. En face, les  Manohur et Dulthummum, sont probablement plus que jamais convaincus de leur pouvoir de persuasion auprès de nos décideurs politiques. Et vont continuer à s’ériger en gardiens d’une certaine petite bourgeoisie. Celle-là même qui considère l’éducation nationale, depuis bientôt 30 ans, comme la fabrique servant à asseoir son hégémonie dans la société mauricienne. Et dont il vaut mieux empêcher l’accès à d’autres sections de la population, jugées trop chercheuses de « bouts ».

Dans toute cette futile bataille, les premiers perdants sont nos enfants. Ceux provenant des milieux les plus défavorisés – qu’ils s’appellent Caroline, Idriss ou Satish – qui, à la rentrée prochaine, continueront à recevoir un enseignement qui ne leur sera pas entièrement accessible. Parce qu’ils seront en train d’apprendre « A for Apple, B for Ball… » sans nécessairement comprendre tout ce que leur enseigne leurs maîtres. Qui se soucie vraiment de leur sort ?

D’autres commentaires sur cet édito


Les moutons

Politique, encore et toujours. Les moutons mauriciens étaient le sujet de l’éditorial d’hier sur Radio One.

http://yourlisten.com/channel/content/31728/Edito mouton


Drôle de métier

En ces temps où la profession de journaliste est raillée, discréditée et vilipendée par nos politiques. A l’heure où quelques uns de mes confrères s’érigent en donneurs de leçons et en chantres du professionnalisme. Au moment où certains « investissent » dans la presse pour des raisons obscures, je vous propose quelques citations sur ce drôle de métier que le mien. Bien évidemment, le choix est subjectif et trahit donc ma pensée …

Le Dalai Lama
Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle.

Coluche
Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent! C’est pire!

Oscar Wilde
The fact is that the public have an insatiable curiosity to know everything, except what is worth knowing. Journalism, conscious of this, and having tradesmanlike habits, supplies their demands.

Milan Kundera
Le pouvoir du journaliste ne se fonde pas sur le droit de poser une question, mais sur le droit d’exiger une réponse.

Geraldo Rivera
The courage in journalism is sticking up for the unpopular, not the popular.

François Mauriac
Un journaliste est d’abord un homme qui réussit à se faire lire.

Henri Beraud
Le journalisme est un métier où l’on passe la moitié de sa vie à parler de ce qu’on connaît pas et l’autre moitié à taire ce que l’on sait.

Jim Hightower
When I entered politics, I took the only downward turn you could take from journalism.

Phillipe Bouvard
C’est l’une des caractéristiques du journaliste que de se croire aussi important que les évènements qu’on le charge de relater. Le cornac préposé à la conduite des éléphants a plus de modestie.

James G. Watt
They kill good trees to put out bad newspapers.

Mason Cooley
Journalism never admits that nothing much is happening.

ps:  Je n’ai pas écrit d’édito ce dimanche. Car l’essentiel de ce que j’aurait dit est déjà dans l’article sur les négociations d’alliances entre les trois principaux partis politiques du pays: Parti Travailliste, MMM et MSM.


Edito radio: équation électorale

On ne peut ignorer l’arithmétique électorale du moment. Encore moins quand on s’appèle Paul Bérenger!

http://yourlisten.com/channel/content/30228/edito 19/01/2010


Révélations

Une tempête dans un verre d’eau. Si c’est votre opinion sur la révélation du travailleur social, Ally Lazer, vous avez peut-être raison. D’ailleurs, « l’express-dimanche » consacre sa couverture cette semaine à démontrer pourquoi Paul Bérenger n’est pas en danger de mort. D’ordinaire, à la suite d’un drame ou de la disparition d’une personnalité, il est de bon ton de se demander « à qui profite le crime ?» Le coup d’éclat d’Ally Lazer appelle, lui, une autre question : « A qui profite la révélation ? »

Paradoxalement, elle arrange d’abord le tandem Paul Bérenger-Navin Ramgoolam. Ils doivent tous deux une fière chandelle au travailleur social de Plaine-Verte. En effet, depuis des semaines, les deux plus importants acteurs politiques du pays se parlent par personnes interposées. Bérenger a même dit ne pas aller à certaines manifestations, de peur que sa présence aux côtés de Navin Ramgoolam ne soit « interprétée » comme un rapprochement. Loin des foules, loin des objectifs, la rencontre a donc eu lieu ce jeudi. Selon Bérenger, il a été question de tout sauf de politique. Bien évidemment, nous ne sommes pas dans l’obligation de le croire…

Ce à quoi nous pouvons croire par contre, c’est que Bérenger tire un crédit personnel de l’épisode en cours. Hier, il a rappelé qu’il en a vu d’autres durant les fameuses « années de braise. » Une posture qui lui permet d’enregistrer un bénéfice net en termes d’image. Voici donc un vieux roublard qui a failli être liquidé dans le passé. Dont le combat actuel contre « la mafia du Subutex » risque de lui coûter la vie.

Ramgoolam pourrait presque être jaloux de la bonne fortune de Bérenger. Mais il exploite aussi le ramdam à son avantage. Lui aussi joue sur l’image de celui qui décide et qui agit. Il a rapidement rencontré Bérenger. Aux Casernes Centrales, l’on confirme que le Premier ministre a demandé au Commissaire de Police de redoubler de vigilance par rapport à la sécurité du chef de l’opposition et d’accentuer la cadence des enquêtes sur le trafic du Subutex. Par la rapidité de sa réaction, Navin Ramgoolam s’est finalement assuré qu’on ne puisse pas l’accuser d’avoir réagi mollement à la déclaration de Lazer.

La liste de ceux profitant des révélations de Lazer est longue, et les associations de lutte contre la toxicomanie en font partie. En effet, certains dirigeants d’ONG œuvrant dans ce domaine n’hésitent pas à dire que les déclarations fracassantes de Lazer ont aidé à conscientiser davantage le public par rapport à la propagation du Subutex dans le pays. De quoi amener la police à redoubler d’effort pour démanteler le réseau dont les ramifications iraient de la Prison Centrale de Beau-Bassin à Paris.

On pourrait croire que la « mafia du Subutex » sort affaiblie de cette affaire. Or, c’est peut-être l’effet inverse qui s’est produit. En l’espace de deux semaines la « mafia » a réussi deux coups d’éclat, plus ou moins malgré elle. Le premier a été l’assassinat de Denis Fine par un sniper – un mode opératoire rarissime à Maurice. Et voilà qu’on la croit puissante au point d’attenter à la vie d’un leader politique de premier plan qui dénonce de manière régulière le trafic du Subutex dans le pays. Si les trafiquants avaient besoin d’une bonne publicité visant à asseoir une image impitoyable d’eux, Ally Lazer vient de la leur fournir !

Revenons finalement à celui par lequel la « révélation » est arrivée. Lazer jouit d’un certain respect de la part de ses camarades luttant contre le trafic des stupéfiants. Mais aussi sincère que soit ce travailleur social, il a accumulé au fil des années une série de dénonciations sans suite. Ses fameuses listes n’ont ni permis de démanteler des réseaux ni d’arrêter des caïds de la drogue. Il rétorque que la connivence entre flics, politiciens et mafieux explique pourquoi ses dénonciations restent sans suite.

Mais au bout de près de 10 ans d’actes manqués, on est en droit de se poser des questions. Soit Ally Lazer dit vrai. Et dans ce cas, il nous faudra conclure qu’il y a un complot généralisé à Maurice visant à protéger la mafia. Ce qui est très peu probable. Ou alors, il nous faudra nous rendre à l’évidence que Lazer, en grossissant de manière outrancière des faits ou ses soupçons, se discrédite au fil des années. Il serait dommage qu’on n’ait de lui que l’image de celui qui crie au loup. Il lui appartient de la rectifier. En agissant de manière réfléchie et non en procédant par coups d’éclats réguliers…


Edito radio: « Silence, on se fiance »

Avec quelques jours de retard, voici l’édito radio de ce mardi. Ma première chronique de 2010 était bien évidemment consacrée à la politique…

http://yourlisten.com/channel/content/29387/Edito Radio 12/01/10

ps: malheureusement le site qui héberge habituellement les sons de ce blog n’est plus accessible depuis quelques jours. J’espère que le nouveau site fonctionne bien. Si vous avez des difficultés à écouter le son, faites-le moi savoir.


Quelle campagne ?

Tentons quelques prévisions au sujet de la campagne électorale à venir. Pour les besoins de cet exercice, on n’aura bien évidemment pas besoin de boules de cristal ou de cartes de tarot. Car prévoir comment se déroulera la prochaine campagne ne relève pas de la divination. Dans ce domaine, il suffit de se souvenir des campagnes passées pour prévoir celle à venir.

Première tendance : la campagne sera technologique. Le Parti travailliste (PTr) a compris avec acuité l’apport des technologies de la communication dans une campagne électorale. Déjà en 2005, des milliers de Mauriciens décrochaient leur téléphone pour entendre, avec stupeur, Navin Ramgoolam, les inviter à un grand meeting régional. Nous avons pu constater l’efficacité de cet outil. Nous nous souvenons encore de cet ouvrier de Piton, qui ne sachant pas qu’il avait écouté un message préenregistré, essayait de nous convaincre : « Navin ti call mwa !* » Dans les jours à venir, on pourrait également entendre des « Paul ti call mwa !** »

D’autres outils technologiques – « Facebook » et « Twitter » seront mis à contribution durant cette campagne. Les jeunes électeurs de 18 à 30 ans se sont complètement approprié ces réseaux sociaux. Il n’y a qu’à voir, par exemple, le dynamisme qui règne, sur les groupes « Facebook » du PTr ou du MMM pour réaliser qu’Internet est désormais un lieu privilégié d’échange et de confrontation des idées politiques de nos jeunes. Il faut quand même remarquer que même si les groupes des partis politiques affichent des milliers de membres, seule une poignée d’entre eux participent activement au débat. Mais malgré ce bémol, aucun parti politique n’envisagera cette campagne sans l’apport de ces nouveaux outils technologiques.

Deuxième tendance : la campagne sera insipide. Nous risquons de redécouvrir les mêmes débats archaïques durant celle-ci : aussi bien dans le fond que la forme. Le souhait de Ramgoolam pour un débat « sans démagogie et attaques personnelles » sur les « issues » n’est pas prêt de se réaliser. La faute en incombe d’ailleurs d’abord aux électeurs. Friands de politique spectacle et adeptes des phrases assassines, ils se contentent facilement des discours démagogiques des opposants. Et se satisfont de la posture habituelle des sortants, qui disent invariablement avoir produit « le meilleur bilan possible » malgré un contexte économique et social difficile.

Si l’on ajoute à cela la fâcheuse propension d’une large frange de l’électorat à rallier invariablement le camp de ceux perçus comme étant les plus forts, on obtient une campagne électorale qui brillera par la vacuité des idées débattues. D’ailleurs, les idées intéressantes, s’il y en a, auront toutes les chances de croupir dans les programmes électoraux. Qui, comme d’habitude, ne seront vraiment lus que par une poignée d’électeurs.

On peut quelque part comprendre cette désinvolture face à une élection sans enjeu. En effet, cette campagne électorale, avec son opposition désunie et quémandeuse d’alliance. Avec son électorat qui perçoit Ramgoolam comme le gagnant de facto de la joute. Avec sa vacuité d’idées et d’argumentaires comme lors de la partielle de Quartier-Militaire-Moka en février. Cette campagne-là ne sera après tout qu’un référendum. Dont la question sera : « Souhaitez-vous que Navin Ramgoolam soit réélu Premier ministre ? »

Cela nous amène à la troisième tendance : la campagne sera sale et vulgaire. Puisqu’on ne défend aucune idée. Puis que l’élection semble être sans enjeu, les partis politiques vont prioritairement recourir aux méthodes basiques, aux démonstrations de force usuelles, pour marquer les esprits. Et ainsi capter ou conserver l’intérêt de l’électeur lambda. Les oriflammes nous polluerons encore la vue. Les posters sales et laids seront placardés sur chaque mètre carré de mur disponible dans le pays. Des « agents » seront payés à ne rien faire, si ce n’est à boire des bières tout en « gardant » des bases à chaque coin de rue de nos villes et villages.

Les partis politiques frappés d’amnésie deviendront « exlex ». Ils emploieront ces mêmes « bouncers ***» qu’ils dénoncent aujourd’hui. Le temps d’une campagne, ces gorilles deviendront des « agents » chargés d’assurer la sécurité des candidats, des meetings ou des colleurs d’affiches. La facilité de ces individus décérébrés à céder à leur pulsion de violence est connue. Aussi, nous pouvons sans nous tromper prévoir que cette campagne sera très violente par moment. Tout comme on peut prévoir que des journalistes, fouineurs et faisant leur métier, seront victimes de ce genre d’énergumènes.

Ce ne sont pas des prédictions de boule de cristal. Tout cela se produira. Parce que nos politiques, tout en épousant les nouvelles technologies, conservent leurs réflexes archaïques. Faisons avec. Car comme dit l’adage, nous avons les politiques que nous méritons…

D’autres commentaires sur cet éditorial

* Navin m’a appelé

** Paul m’a appelé

*** videurs


Une question d’image

Le premier acte de la campagne électorale de Navin Ramgoolam est posé. Lors de ses vœux du 1er janvier, le Premier ministre a verrouillé les règles du jeu selon lesquelles il entend mener la bataille des urnes qui s’annonce imminente. La posture de Ramgoolam est claire. Plus qu’un affrontement des partis politiques, il souhaite une confrontation de leurs chefs. Il se sait avantagé sur le terrain. Il en profite.

« C’est en temps de cyclone…qu’on reconnaît la valeur d’un bon capitaine. Sa capacité », affirme le Premier ministre. Dans la mêlée des chefs, Ramgoolam dépasse en effet d’une tête ses adversaires. Aidé en cela par un mandat durant lequel son autorité sur son parti et son gouvernement a été incontestée. Pravind Jugnauth et Paul Bérenger ne peuvent prétendre au même bilan politique.

L’opposition a régulièrement connu des secousses internes depuis les élections de juillet 2005. A commencer par le douloureux divorce MSM-MMM fin 2005. Suivi d’une animosité grandissante entre les deux factions au fil des années. Si Pravind Jugnauth a retrouvé le chemin du Parlement en mars 2009, son parti a néanmoins perdu trois de ses députés – Ashock Jugnauth, Sekar Naidu et Joe Lesjongard. Tous passés au MMM.

L’autre opposition, moins « loyale » celle-là, n’a pas non plus été épargnée. Jusqu’à la veille du 40e anniversaire du MMM, le parti a été miné par des démissions au sein de ses diverses instances. En plein maelström, la stratégie politique de Paul Bérenger a été régulièrement remise en cause. Jusque par ses proches collaborateurs. Qui, pour certains, sont même allés jusqu’à poser la question de la succession du leader du MMM.

En face, Navin Ramgoolam arrive tranquillement à sa fin de mandat. L’image du Premier ministre a radicalement changé comparé à septembre 2000. Finie l’étiquette « disco boy » ou de fêtard aimant la « Macarena ». Résolu, le casse-tête des ministres déférés devant les juges anti-corruption. C’est à peine si l’on parle encore de la propension de quelques proches du régime casés dans certaines institutions publiques – à abuser outrancièrement de leurs fonctions. Débarrassé de ce parasitage, Ramgoolam se concentre sur l’essentiel : la défense de son bilan économique et politique.

Sur le plan économique, les statistiques volent au secours du Premier ministre. Il consacre d’ailleurs près des deux tiers de son discours à faire un bilan économique comparatif de son gouvernement avec le précédent. « Malgré la crise », Ramgoolam égrène les indicateurs positifs : croissance, inflation, réserves en devises, et investissement direct étranger notamment. La conclusion s’impose selon lui : son gouvernement « a tenu ses promesses » dont celle de faire de l’économie la priorité de l’année 2009.

Navin Ramgoolam, dans ses récents discours sur l’économie, a pris soin de créditer son ministre des Finances pour sa réforme et la relative bonne performance de Maurice en temps de crise. Point de cela durant l’allocution du 1er janvier. Le Premier ministre se veut cohérent dans sa démonstration. C’est avant tout grâce à son « leadership et sa vision à long terme » que le pays enregistre de bons résultats économiques. La rhétorique se fait présidentielle. Ramgoolam a décidé, son gouvernement a exécuté. Selon la formule de l’ancien président français Jacques Chirac.

Perché sur son socle présidentiel, Ramgoolam dicte donc sa vision de la campagne électorale. « Sans démagogie et attaques personnelles » et sur des « issues » comme l’économie, l’emploi, la santé ou l’environnement. Durant cette campagne, Ramgoolam dit vouloir « faire confiance à l’intelligence des Mauriciens » dont il attend le verdict avec « confiance, sérénité et fierté ».

C’est sans doute aussi avec confiance que le Premier ministre attend son heure. Pour décider de l’ordre de bataille qu’il adoptera pour les prochaines élections générales : seul ou en alliance avec l’un des deux partis de l’opposition qui passent tous deux leur temps, en ce moment, à supputer sur le choix de Ramgoolam. Pendant que celui-ci, défend son bilan tout en se permettant, entre-temps, le luxe d’asseoir davantage son image de leader politique au-dessus de la mêlée.

Mais Ramgoolam pourrait tout aussi bien se laisser rattraper par la mêlée. Les leaders politiques ont de bien étranges névroses. La peur de ne pas être aimé en fait partie. C’est peut-être cela ce qui va finalement pousser Ramgoolam à choisir l’option MMM afin de rasseoir son image un peu écornée de « rassembleur ». En s’alliant au MSM, c’est au contraire son image de chef de clan incontesté d’une ile Maurice rurale et traditionnelle qu’il consolidera. Les deux options le mèneront à la victoire. Aussi, il fera son choix « le moment venu. » C’est-à-dire assez vite…

D’autres commentaires sur cet éditorial


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