Pas convaincants ! C’est à peu près ainsi que mes collègues et contacts m’ont décrit les trois « jeunes » membres du MMM qui étaient les invités de On Record hier sur Radio One. Je n’étais moi-même pas très convaincu de leur prestation. C’est d’ailleurs pourquoi je n’ai pas posté d’extraits de l’émission sur le blog. Je me raviserai peut-être…
Il y a des explications à cette performance moyenne. La principale étant le manque d’expérience avec les médias. Certaines interactions sont plus rassurantes. Un journaliste de la presse écrite intimide moins les jeunes politiques. Car ces derniers savent qu’ils ont la possibilité de répéter une phrase ou réexpliciter un propos flou avant la parution du journal. Mais point de filet de sécurité en radio ou en télé. Quand c’est en direct, ça pardonne encore moins. On se lance. Si on ne sait pas quoi ou comment répondre, tant pis. On bafouille, on improvise. Le résultat est parfois bon, très bon ou carrément médiocre.
Pour décontenancer ou décontracter mes invités, je leur joue parfois un tour en plein direct. Je décris, à l’intention de l’auditeur, l’exaspération, l’amusement ou la fébrilité qui peut parfois gagner l’invité en studio. Hier, ce que j’aurais décrit n’aurait certainement pas aidé nos trois jeunes à mieux faire. Car pendant l’heure qu’a duré l’émission, j’ai parfois croisé des regards me demandant « ai-je bien répondu à la question ? » J’ai vu des mains écrire frénétiquement sur un bout de papier les quelques idées approximatives qu’il fallait défendre autour de telle ou telle question. J’ai vu la panique chez certains lors que des phrases censées être apprises par cœur ne revenaient apparemment pas. J’ai vu des expressions de doute envahir les visages quand il fallait expliquer concrètement comment le parti allait changer la situation dans le pays.
Qu’on ne s’y trompe pas. Je ne me livre pas à un réquisitoire contre mes trois invités d’hier. D’autres jeunes d’autres partis auraient été tout aussi moyens! Voyons donc le bon côté des choses. L’exercice a du bon, car les auditeurs ont pu découvrir trois jeunes. Et se faire une idée de ce qu’ils ont dans le ventre. L’idée est sans doute fausse. Car, j’ose espérer que le trac et l’inexpérience les a empêché de donner le meilleur d’eux-mêmes. Plus nos trois mousquetaires seront rompus aux médias, plus ils deviendront convaincants et maîtriseront l’art de la langue de bois. Au grand bonheur de leurs aînés !

Ceci m’amène à une faiblesse de taille chez les politiques à Maurice. Le Media Training, ils ne connaissent pas! Pourtant, on ne parle pas aux médias comme on parle aux électeurs au marché ou dans la rue. Il faut connaître le média, comprendre son mode de fonctionnement et par conséquent ses attentes. Le Media Training permet au politique de savoir clairement ce qu’il veut dire. Cela lui confère ensuite la possibilité de transmettre ses idées le plus efficacement possible. Mais malheureusement, ces fondamentaux demeurent inconnus de nombre de politiques à Maurice. Conséquence : ils improvisent leur relation avec la presse.
Parfois, ils s’avèrent être de bon communicants, sans se forcer. Cela, grâce à un esprit synthétique et à une capacité à être didactique. Le meilleur exemple dans ce domaine est Paul Bérenger. Les journalistes adorent ses conférences de presse. Il est carré, thématique et entame chaque point de sa conférence de presse avec des phrases d’attaque. Bérenger s’accorde également des moments de respiration pour mieux mettre l’emphase sur les idées clés qu’il veut transmettre. Le développement de ses idées en devient donc souvent très clair.
Le hic, c’est qu’une infime minorité de politiques locaux a ce genre de facilité. Les autres… improvisent. Leurs plus gros travers : croire que tutoyer le journaliste après 5 minutes de conversation, ça aide à faire passer les idées et créer un rapport amical. Faux ! Deuxième travers : réciter par cœur la leçon que le parti leur demande d’apprendre (souvent à grand renforts de « comme l’a fait ressortir notre Leader… »). Ensuite, il y aussi ceux qui se croient intelligents en se mettant à disserter sur tout et n’importe quoi. Alors que la question initiale, par exemple, était : « depuis quand avez vous rejoint le parti X ou Y ? » Ceux-là ont tous besoin d’être media-trained d’urgence.
D’ailleurs, on voit très bien ceux qui ont été formés aux techniques du Media Training. Navin Ramgoolam fait figure d’élève modèle en la matière. Un cabinet français et des amis ayant une excellente connaissance des médias ont fait de lui une redoutable machine à communiquer.
Ceux qui l’ont interviewé en tête-à-tête le confirmeront. Aussi belliqueux qu’il soit envers la presse, Ramgoolam sait être un interlocuteur affable, voire amical en tête-à-tête. Les questions embarrassantes, il les contourne par les bonnes vieilles techniques : reformuler la question à son avantage et répondre en biais. Aussi, sa décontraction devant l’objectif est stupéfiante. Au photographe présent durant l’interview, Ramgoolam jette toujours un regard. Il regarde ainsi droit dans la caméra, avec un léger sourire. De préférence accompagnée d’un geste de la main. Il a appris sa leçon par cœur.
Même rigueur en public. Ramgoolam a un calque. Regardez ses prestations télévisées devant une association socioculturelle ou un parterre de notables. Les mêmes gestes accompagneront les idées qu’il veut marteler. Dès le début ou la fin d’une phrase importante, un petit regard vers la caméra de télévision suffira à signifier au téléspectateur que le Premier ministre ne s’adresse pas qu’à la salle où il était…mais aussi à celui ou celle qui est derrière le petit écran.
C’est cela le Media Training. C’est une technique qui permet à l’homme politique de bien faire passer les idées qu’il juge importantes. Toutefois, une technique, si elle est mise au service de grandes idées produit de belles choses : avec du fond et de la forme. Le problème, avec Ramgoolam, c’est que la forme ne suffit pas à cacher la vacuité du fond. Dernièrement il a utilisé son excellente technique pour dire une bêtise incommensurable : « il faut du courage pour se suicider. » Le vieil adage local sied à la situation : « Ine donn ene zaco razoir… »***
***Quand on donne un rasoir à un singe, il fini par blesser les autres ou lui-même avec.