Archives mensuelles : septembre 2009

La superfreakonomie! Ca, c’est du titre!

Les lecteurs peuvent être très gentils. Lundi, l’un d’eux, habitant Baie du Tombeau, a pris la peine de venir aux bureaux de la Sentinelle pour me déposer ceci :

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Merci M. F.A. En fait il m’a envoyé une « uncorrected proof copy » de Superfreakeconomics. Le bouquin, selon les sites de vente en ligne, sera disponible à partir du 20 octobre prochain. Vous remarquerez d’ailleurs que cette copie n’a pas la même couverture que le livre qui sera prochainement en vente. Ce lecteur se l’est sans doute procuré à travers des contacts dans l’édition ou le journalisme à l’étranger.

Je n’avais jamais entendu parler de ce bouquin, au titre tellement loufoque. Et à première vue, il vaut largement la peine d’être lu. Superfreakonomics est la suite de Freakeconomics, un best-seller paru en 2005. Les deux livres abordent des questions économiques sous un angle complètement décalé.

Voici quelques quelques sujet traités dans Superfreakeconomics:

Toothless sharks and bloodthirsty elephants
Why did oral sex get so cheap?
A variety of ways to postpone death
If you love the earth, eat more kangaroo

Freakeconomics n’était pas en reste. Avec des questions de ce type:

What do schoolteachers and sumo wrestlers have in common?
How did the legalization of abortion affect the rate of violent crime?
Which is more dangerous, a gun or a swimming pool?

Les deux bouquins ont été écrits par Steve Levitt, professeur d’économie à l’Université de Chigao et Stephen J. Dubner, journaliste au New York Times.


Un an sans concessions

Si Raoul ** savait ! C’est un peu à cause de lui que je me suis décidé à lancer ce blog. Il y a de cela pile un an, Raoul et moi discutions politique. C’était un samedi matin et quelques jours auparavant, il avait participé à une émission de radio. Durant laquelle il avait fait une analyse que je pensais être très pertinente. Je le lui faisais savoir quand il m’a rétorqué « de toute manière, les paroles s’envolent, les écrits restent. Crois-tu qu’on va se souvenir de ce que j’ai dit à la radio ? Ce qui importe c’est la trace qu’on laisse en écrit ! » Avant de m’enjoindre à aller consulter les articles d’opinion que j’avais écrits jusqu’ici. Afin de déterminer si mes analyses avaient été justes. Si ma pensée était restée cohérente au fil des années. Ces conseils ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd !

Profitant du temps libre dont je disposais durant ce week-end là, je suis allé consulter les archives de lexpress.mu. Le nouveau site n’existait pas encore. J’avais donc pu avoir accès à l’essentiel de mes papiers d’opinion de ces 4/5 dernières années ainsi qu’à plusieurs articles de fond que je considérais être importants. A l’issue de ce travail de compilation, j’ai donc poster un à un tous les articles. En le classant par catégorie, les taggant etc…

Mais restait une question essentielle. Je suis journaliste, pas bloggeur ! Qu’est-ce que j’allais pouvoir raconter (en dehors de ce que j’écris déjà dans l’express-dimanche )à ceux qui visiteraient mon blog?

La réponse coulait de source. Déjà, je ne peux pas écrire sur tout. Parfois des sujets que je considère intéressants pour mon édito passent à la trappe. Parce qu’ils ne sont pas suffisamment haut dans la hiérarchie de l’information cette semaine là. En d’autres occasions, c’est une petite anecdote dans l’actualité qui appelle spontanément un commentaire ou une petite analyse. Car bien souvent, si l’article n’est pas vite publié, il perd de sa pertinence…surtout quand le soufflet autour de cette actualité retombe rapidement. Dans d’autres cas, ce sont les coulisses du journal et du métier de journaliste qui sont intéressantes. Or, nos anecdotes, on se les garde habituellement entre nous. Il était temps que j’en partage certaines avec vous.

C’est dans cet esprit que j’ai écrit le premier article destiné spécifiquement pour le blog. Depuis, cahin-caha, les choses ont évolué. 194 autres articles ont été postés, ils ont recueilli environs 260 commentaires. Le blog n’est pas un aimant à visiteurs. En moyenne, il a reçu 30 clics par jour. Qui viennent essentiellement de Maurice, France, Grande Bretagne, USA et Canada.

Il y a bien eu quelques évènements qui ont amené les statistiques à crever le plafond. En décembre 2008, lexpress.mu a posté un lien vers mon blog. Résultat : 417 clics en une journée. Ce dimanche, la controverse autour de la photo de Navin Ramgoolam et d’Obama a également dopé les visites : 340 clics ce 28 septembre 2009. La photo de la discorde est d’ailleurs bien partie pour être l’article le plus consulté du blog. Pour le moment il est troisième. Derrière la partie « about » et un article sur l’avenir du secteur de la canne à Maurice, que j’avais écrit en juillet 2004.

Et maintenant, c’est quoi la suite ? Elle va être conforme à ce que je vous ai proposé jusqu’ici. Je vais continuer à partager avec vous mes éditos de l’express-dimanche et certaines de mes interviews sur Radio One. Tout en prenant le temps de vous fournir quelques bribes de ce qu’il se passe dans les coulisses de mon journal ainsi que dans le petit monde des gratte-papier à Maurice. Régulièrement, je tacherai aussi d’écrire des analyses et commentaires sur les questions économiques, politiques et sociales qui nous intéressent.

Voilà l’histoire de cette année passée. Le blog existe et fête sa première année d’existence grâce à vous. Alors je vous remercie pour vos visites régulières et pour votre participation sur le blog.

** Raoul est le deuxième prénom d’un individu qui en compte trois. Son troisième prénom étant Gervais. Certains le reconnaîtront!


La photo de la discorde

J’avais faux. Il y a bien eu une photo immortalisant la rencontre de Navin Ramgoolam et de Barack Obama à New York cette semaine. Depuis ce matin, les partisans travaillistes mais aussi ceux attachés à la rectitude m’ont fait remarquer la « gaffe » commise. Oui, mon article contient une information erronée. Mea culpa. J’assume.

Toutefois, il faut bien comprendre le contexte avant de décréter ma mauvaise foi (…de « semi-intellectuel » diront certains) ou celle de mon journal. Il y a des faits ! Quels sont-ils ? Le déjeuner de travail entre Obama et les dirigeants africains a eu lieu mardi dernier. En fin de semaine, la cellule de communication du Premier ministre nous a fait parvenir une mini-série de photos prises en marge de l’évènement. Aucune d’entre elles ne montre Navin Ramgoolam en compagnie d’Obama. Et pour cause, cette réunion s’est tenue à huit clos. Vendredi soir, j’ai essayé de faire une recherche sur le site de la Maison Blanche pour trouver une photo réunissant Ramgoolam et Obama durant l’évènement. Il n’y en avait pas. Je n’allais pas être plus royaliste que le roi. Si le site de la Maison Blanche et le service de comm’ du Premier ministre n’avaient pas encore fourni de photo, je n’allais pas persister à la chercher à 21h45 samedi soir, à l’heure du bouclage de l’express dimanche.

Ce que j’avais, par contre. C’était cette photo :
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Ramgoolam en conversation avec Robert Mugabe, le Président du Zimbabwe, l’un des chefs d’Etats les plus infréquentables de la planète ! Jeudi, j’ai montré ce cliché à mon équipe. En partageant mon étonnement. Pourquoi diable le service de communication du Premier a décidé d’envoyer à la presse une photo de Navin Ramgoolam en compagnie d’un individu aussi peu recommandable !? L’idée est partie de là. Écrire un article court et grinçant pour rappeler qui est Robert Mugabe. Journalistiquement, la photo de Ramgoolam à montrer cette semaine était celle où on le voit avec Obama. Mais nous ne l’avions pas. L’article sur « L’autre rencontre de Ramgoolam » demeurait donc tout à fait pertinent.

Car il faut le redire. Mugabe n’est pas un démocrate. Navin Ramgoolam, le Premier ministre de la République démocratique de Maurice, n’a pas à s’afficher avec un tel individu. « L’autre rencontre de Ramgoolam » n’était en rien un évènement à immortaliser en photo !

A NEW YORK
L’AUTRE RECONTRE DE RAMGOOLAM

Navin Ramgoolam ne rentrera pas au pays avec une photo souvenir le montrant en compagnie du président américain Barack Obama. Huit- clos oblige, aucune photo n’a pu être prise durant le déjeuner réunissant Obama et 25 chefs d’Etat de la région subsaharienne ce mardi. Un autre cliché témoigne toutefois du passage de Navin Ramgoolam à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies ( ONU). Celui où on voit le Premier ministre mauricien en compagnie de Robert Mugabe, le président du Zimbabwe.

Aucune information n’a filtré au sujet de leur conversation informelle. Néanmoins, Ramgoolam et Mugabe n’ont pas dû manquer de sujets de conversation. Ils accordent tous deux un vif intérêt à deux dossiers : la liberté de la presse et la démocratisation de l’économie. En 2003, Mugabe a eu raison de la presse indépendante dans son pays. Son régime a interdit au journal Daily News de paraître. Depuis, seul le Herald et le nouveau tabloïd H- Metro sont autorisés au Zimbabwe. Ils sont tous deux contrôlés par l’Etat.

L’action de Mugabe en matière de démocratisation de l’économie a été encore plus spectaculaire. Entamée en 2000, la « réforme agraire » du président zimbabwéen a fait fuir l’essentiel des 4 500 fermiers blancs de son pays. Prés de 3 millions d’autres Zimbabwéens leur ont emboîté le pas pour se réfugier dans les pays voisins ( Botswana, Afrique du Sud, Zambie).

La politique de Mugabe lui a valu la condamnation de nombreux pays et organisations internationales, comme la Southern African Development Community ( SADC). Lors de son discours devant l’assemblée générale de l’ONU vendredi, Navin Ramgoolam a salué la mise en place d’un gouvernement d’union nationale au Zimbabwe. Morgan Tswangirai, le principal opposant de Mugabe, a en effet été nommé au poste de Premier ministre en février dernier. A quand la photo Tsvangirai, Mugabe et Ramgoolam ?


Le futur conditionnel du MMM

Le romantisme autour du passé glorieux du MMM a assez duré. Au moment où le parti de Paul Bérenger fête ses 40 ans, la ligne qui sépare ce qui est de ce qui a été est devenue ténue. Pour « construire l’avenir », les mauves doivent se défaire de leur nostalgie. Car en ce moment, le futur du MMM se conjugue au conditionnel. Pour ne pas sombrer, ce parti doit à tout prix conquérir un nouvel électorat – celui des jeunes. Or, les 18-35 ans ne connaissent pas grand-chose du MMM et du parcours de Paul Bérenger. Ils ne s’y intéressent d’ailleurs pas. Si cette rupture perdure, le MMM deviendra à terme un parti vieillot mû par les nostalgiques d’un lointain passé.

Beaucoup de membres du MMM ne seront certainement pas d’accord avec ce diagnostic. Ils nous renverront aux jeunes qui posent cette semaine en couverture de l’express-dimanche. En affirmant que c’est la preuve que le parti se rajeunit. Mais il ne suffit pas d’avoir dans les rangs un quota de jeunes. Encore faut-il déterminer si ceux-ci disposent de suffisamment de latitude pour changer le parti de l’intérieur. Et en rajeunir les idées. Nous en doutons…

On le sent très bien chez les jeunes mauves : Paul Bérenger et l’histoire du parti sont des sujets tabous. Il est impensable pour un jeune mauve de remettre en cause publiquement ou à l’interne – les programmes et stratégies actuelles ou passées du parti. Pourtant, c’est le but même du renouvellement de toute institution. Les jeunes ont pour fonction de bousculer les idées et les pratiques des anciens. Et c’est justement cette confrontation qui engendre l’évolution.

On pourrait nous rétorquer que les idées peuvent également naître de débats non conflictuels. Mais pour arriver à ce cas de figure, encore faut-il que les jeunes soient suffisamment représentés là où la stratégie et les idées du parti mûrissent. Certes, Paul Bérenger s’est assuré de la présence de beaucoup de jeunes au comité central et au bureau politique du parti. Mais les pousses mauves y font souvent de la figuration. Même problème dans la quinzaine de Commissions chargées de définir le projet politique du parti. Seules deux d’entre elles sont présidées par des jeunes. Notamment Reza Uteem et Sailendra Gokhool. Les autres étant placées sous la tutelle de vétérans ou de « jeunes » âgés de 50 ans et plus…
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On n’en est pas encore à la sénilité. Par contre, le MMM sombre doucement dans la schizophrénie. Sinon comment expliquer son incapacité à tenir un discours cohérent. Le parti dit vouloir se tourner vers l’avenir. Mais cultive avec acharnement le culte du passé. La réédition du livre « L’histoire d’un combat » retraçant l’action du MMM de 1969 à 1983 en est l’illustration. Le devoir d’inventaire est utile. Il permet de mettre en perspective les actions du passé. D’en souligner les erreurs, afin de ne pas les commettre à l’avenir.

Or, le livre réédité sans mise à jour apparaît comme une vérité définitive qui n’a pas vocation à être contestée. A présenter les choses ainsi, le MMM rétrécit son auditoire. La génération qui a vécu « les années de braise » ainsi que les jeunes vraiment intéressés par la chose politique seront probablement les seuls à aller lire le livre. Les autres continueront à ignorer ce MMM prisonnier de son passé…

Pour s’en sortir sortir de son passé, il ne suffit pas non plus d’adopter de simples gimmicks modernes. Avoir un groupe de près de 3 000 membres sur facebook, twitter à tout va, et transmettre les congrès du MMM en livecast sur Internet n’aident pas vraiment à conquérir le cœur des jeunes. L’ère de la surinformation et du web 2.0 a fait vieillir l’idée de Marshall McLuhan. Le média n’est plus vraiment le message.

Il serait illusoire de croire que les jeunes, gavés de sources d’informations et de technologies, vont adhérer aux idées du MMM du seul fait que le parti leur parle dans un « langage technologique ». Pour attirer, le MMM doit recourir à davantage d’arguments de fond. Or, en ce moment, les moyens de communication sont rentrés en collision frontale avec Paul Bérenger et sa décision de mettre en œuvre « un programme fondamentalement identique à celui… défendu depuis 1969. » Une phrase à faire détaler un jeune de 25 ans en moins d’une seconde !

Tant que le MMM n’aura pas trouvé le moyen de le faire revenir, l’avenir du parti continuera à se conjuguer au conditionnel…

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Ramgoolam, Bérenger, des singes et des rasoirs.

Pas convaincants ! C’est à peu près ainsi que mes collègues et contacts m’ont décrit les trois « jeunes » membres du MMM qui étaient les invités de On Record hier sur Radio One. Je n’étais moi-même pas très convaincu de leur prestation. C’est d’ailleurs pourquoi je n’ai pas posté d’extraits de l’émission sur le blog. Je me raviserai peut-être…

Il y a des explications à cette performance moyenne. La principale étant le manque d’expérience avec les médias. Certaines interactions sont plus rassurantes. Un journaliste de la presse écrite intimide moins les jeunes politiques. Car ces derniers savent qu’ils ont la possibilité de répéter une phrase ou réexpliciter un propos flou avant la parution du journal. Mais point de filet de sécurité en radio ou en télé. Quand c’est en direct, ça pardonne encore moins. On se lance. Si on ne sait pas quoi ou comment répondre, tant pis. On bafouille, on improvise. Le résultat est parfois bon, très bon ou carrément médiocre.

Pour décontenancer ou décontracter mes invités, je leur joue parfois un tour en plein direct. Je décris, à l’intention de l’auditeur, l’exaspération, l’amusement ou la fébrilité qui peut parfois gagner l’invité en studio. Hier, ce que j’aurais décrit n’aurait certainement pas aidé nos trois jeunes à mieux faire. Car pendant l’heure qu’a duré l’émission, j’ai parfois croisé des regards me demandant « ai-je bien répondu à la question ? » J’ai vu des mains écrire frénétiquement sur un bout de papier les quelques idées approximatives qu’il fallait défendre autour de telle ou telle question. J’ai vu la panique chez certains lors que des phrases censées être apprises par cœur ne revenaient apparemment pas. J’ai vu des expressions de doute envahir les visages quand il fallait expliquer concrètement comment le parti allait changer la situation dans le pays.

Qu’on ne s’y trompe pas. Je ne me livre pas à un réquisitoire contre mes trois invités d’hier. D’autres jeunes d’autres partis auraient été tout aussi moyens! Voyons donc le bon côté des choses. L’exercice a du bon, car les auditeurs ont pu découvrir trois jeunes. Et se faire une idée de ce qu’ils ont dans le ventre. L’idée est sans doute fausse. Car, j’ose espérer que le trac et l’inexpérience les a empêché de donner le meilleur d’eux-mêmes. Plus nos trois mousquetaires seront rompus aux médias, plus ils deviendront convaincants et maîtriseront l’art de la langue de bois. Au grand bonheur de leurs aînés !
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Ceci m’amène à une faiblesse de taille chez les politiques à Maurice. Le Media Training, ils ne connaissent pas! Pourtant, on ne parle pas aux médias comme on parle aux électeurs au marché ou dans la rue. Il faut connaître le média, comprendre son mode de fonctionnement et par conséquent ses attentes. Le Media Training permet au politique de savoir clairement ce qu’il veut dire. Cela lui confère ensuite la possibilité de transmettre ses idées le plus efficacement possible. Mais malheureusement, ces fondamentaux demeurent inconnus de nombre de politiques à Maurice. Conséquence : ils improvisent leur relation avec la presse.

Parfois, ils s’avèrent être de bon communicants, sans se forcer. Cela, grâce à un esprit synthétique et à une capacité à être didactique. Le meilleur exemple dans ce domaine est Paul Bérenger. Les journalistes adorent ses conférences de presse. Il est carré, thématique et entame chaque point de sa conférence de presse avec des phrases d’attaque. Bérenger s’accorde également des moments de respiration pour mieux mettre l’emphase sur les idées clés qu’il veut transmettre. Le développement de ses idées en devient donc souvent très clair.

Le hic, c’est qu’une infime minorité de politiques locaux a ce genre de facilité. Les autres… improvisent. Leurs plus gros travers : croire que tutoyer le journaliste après 5 minutes de conversation, ça aide à faire passer les idées et créer un rapport amical. Faux ! Deuxième travers : réciter par cœur la leçon que le parti leur demande d’apprendre (souvent à grand renforts de « comme l’a fait ressortir notre Leader… »). Ensuite, il y aussi ceux qui se croient intelligents en se mettant à disserter sur tout et n’importe quoi. Alors que la question initiale, par exemple, était : « depuis quand avez vous rejoint le parti X ou Y ? » Ceux-là ont tous besoin d’être media-trained d’urgence.

D’ailleurs, on voit très bien ceux qui ont été formés aux techniques du Media Training. Navin Ramgoolam fait figure d’élève modèle en la matière. Un cabinet français et des amis ayant une excellente connaissance des médias ont fait de lui une redoutable machine à communiquer.

Ceux qui l’ont interviewé en tête-à-tête le confirmeront. Aussi belliqueux qu’il soit envers la presse, Ramgoolam sait être un interlocuteur affable, voire amical en tête-à-tête. Les questions embarrassantes, il les contourne par les bonnes vieilles techniques : reformuler la question à son avantage et répondre en biais. Aussi, sa décontraction devant l’objectif est stupéfiante. Au photographe présent durant l’interview, Ramgoolam jette toujours un regard. Il regarde ainsi droit dans la caméra, avec un léger sourire. De préférence accompagnée d’un geste de la main. Il a appris sa leçon par cœur.

Même rigueur en public. Ramgoolam a un calque. Regardez ses prestations télévisées devant une association socioculturelle ou un parterre de notables. Les mêmes gestes accompagneront les idées qu’il veut marteler. Dès le début ou la fin d’une phrase importante, un petit regard vers la caméra de télévision suffira à signifier au téléspectateur que le Premier ministre ne s’adresse pas qu’à la salle où il était…mais aussi à celui ou celle qui est derrière le petit écran.

C’est cela le Media Training. C’est une technique qui permet à l’homme politique de bien faire passer les idées qu’il juge importantes. Toutefois, une technique, si elle est mise au service de grandes idées produit de belles choses : avec du fond et de la forme. Le problème, avec Ramgoolam, c’est que la forme ne suffit pas à cacher la vacuité du fond. Dernièrement il a utilisé son excellente technique pour dire une bêtise incommensurable : « il faut du courage pour se suicider. » Le vieil adage local sied à la situation : « Ine donn ene zaco razoir… »***

***Quand on donne un rasoir à un singe, il fini par blesser les autres ou lui-même avec.


Obama tout (im)puissant

On aurait souhaité que Barack Obama soit Superman. Mais il ne l’est pas. Son discours d’aujourd’hui, sur le changement climatique à la tribune des Nations Unies en est l’exemple. Le Président américain aura beau être noir, jeune et progressiste, certaines choses resteront hors de sa portée. Parce qu’il dirige les USA. Et parce que pour diriger ce pays, il faut avoir la bénédiction ou, tout du moins, la coopération de ses puissants lobbys industriels, agricoles et militaires.

C’est justement cela le problème. Toute politique sérieuse de réduction de gaz à effet de serre doit passer par une remise en question des modèles industriels et des stratégies de développement des grandes industries américaines. Cette remise en question est loin d’être acquise. Et pour l’obtenir, il faudra oublier le passage en force d’une loi au Congrès. Après tout, ce sont souvent les finances et soutiens divers de ces mêmes lobbys qui assurent l’élection ou le maintien en place de bien de Sénateurs et de Représentants aux USA. L’opération s’avérerait coûteuse ! Devant cette implacable réalité, même l’homme le plus puissant du monde doit courber l’échine.
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Quelques extraits du discours :

(…)It is true that for too many years, mankind has been slow to respond to or even recognize the magnitude of the climate threat. It is true of my own country as well. We recognize that. But this is a new day. It is a new era. And I am proud to say that the United States has done more to promote clean energy and reduce carbon pollution in the last eight months than at any other time in our history(…)

C’est sûr que quand on commence à se bouger après des décennies d’immobilisme, l’on a forcément quelques « réalisations » à revendre !

(…)And so all of us will face doubts and difficulties in our own capitals as we try to reach a lasting solution to the climate challenge.

But difficulty is no excuse for complacency. Unease is no excuse for inaction. And we must not allow the perfect to become the enemy of progress. Each of us must do what we can when we can to grow our economies without endangering our planet — and we must all do it together. (…)

Il est honnête en parlant des « difficulties in our own capitals. » A ce sujet, Barack Obama est sans doute le chef d’Etat à devoir essuyer le plus de difficultés dans son propre pays.

Ce « when we can » tranche avec son « Yes, we can. » Obama donne l’impression de diluer l’urgence de la situation. Il n’y a pas de choix, il ne s’agit plus de changer « quand » on le pourra. Mais plutôt de changer le plus vite possible en définissant dès maintenant le calendrier de mise en œuvre des étapes à franchir pour que les Etats-Unis réduisent sensiblement ses émissions de gaz à effet de serre. Actuellement les Yankees rejettent environs un cinquième des émissions mondiales de ces gaz.

Et nous dans tout ça? Dieu merci, nous sommes une petite ile, perdue au milieu d’un grand océan qui n’émet pas des dizaines de millions de tonnes de CO2. Et nous avons même en prime un beau et visionnaire projet Maurice Ile Durable. Mais bien malheureusement, chez nous, ce ne sont pas des lobbys puissants (il y en a mais ils ne sont pas si coriaces que ça) qui empêchent l’avancée d’une politique de développement durable d’envergure. Mais plutôt quelques crétins au pouvoir et dans certains ministères…qui ne comprennent rien à la chose.

On sympathise avec toi Barack. Après tout, chacun porte sa croix!

Pour s’informer et agir…
Copenhague 2009, l’ultimatum climatique


Le ridicule ne tue pas

Petit florilège de choses lues ou entendues cette semaine. Si le ridicule tuait, nos cimetières seraient bien encombrés…

A tout seigneur, tout honneur. Commençons par Navin Ramgoolam, Mécontent de la presse en général ‑ de « l’express » et du « Mauricien » en particulier – le Premier ministre s’est encore laissé aller ce jeudi. Fielleux, il a attaqué avec véhémence la presse et les « semi-intellectuels » qui, selon lui, y pullulent. Sauf que Ramgoolam s’est sérieusement et lamentablement emmêlé les idées. En nous servant un argumentaire approximatif. Que son voisin de River Walk, Paul Bérenger, qualifierait volontiers « d’intellectuellement limité ».

« Ils écrivent sur le Parti travailliste (PTr) alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé », a tancé Ramgoolam en faisant référence aux journalistes. Un peu d’arithmétique s’impose. Navin Ramgoolam est né en 1947. Le PTr, lui, a été fondé en 1936. Du coup, si l’on suit la logique – bancale – du Premier ministre, il faudrait qu’il cesse dès à présent de parler de tout ce qui s’est passé au PTr avant 1947. Avouons-le, ce principe, s’il était appliqué aurait ses avantages. Cela nous épargnerait le culte de ce passé que James Burty David et Ramgoolam nous ressassent ad nauseam.
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***

En parlant de passé, intéressons-nous à celui du MMM. C’est étrange, plus un parti vieillit et plus il devient croulant, plus ses leaders se mettent à glorifier le passé. Paul Bérenger s’est pris à ce jeu cette semaine. C’est une déclaration à vous embarrasser un Rajesh Bhagwan, qui ne manque pas une seule occasion de nous rappeler que « le MMM est un parti tourné vers l’avenir ».

Ainsi, ce mardi, le leader mauve s’est lui aussi laissé aller au ridicule. Cherchez l’erreur dans la phrase suivante : « Nous voulons une équipe solide, sincère, propre et un programme fondamentalement identique à celui que nous avons défendu depuis 1969. » Vous avez trouvé ? Bien entendu, l’allusion au programme de 1969 est des plus incongrus. Car il contenait des notions qui sont devenus obsolètes. Le mot « nationalisation » figurait à profusion dans le manifeste électoral du MMM de 1976. Il était aussi question de fiscalité lourde envers les suppôts du capitalisme. Ces penchants en 2009, feraient froid dans le dos aux Chinois – ces vrais libéraux déguisés en faux communistes.

On attend désespérément du MMM qu’il nous dise ce qu’il va faire à l’avenir. Mais malheureusement, l’obsession actuelle du parti c’est de ressasser son passé. En guise de vision d’avenir, les mauves nous sortent de leur tiroir cinq thèmes prévisibles. Autour desquels tous les partis politiques décents des grandes démocraties articulent invariablement leurs programmes électoraux.

***

Pour terminer, parlons justement de la démocratie. Cette semaine nous avons assisté au démarrage des travaux du plus gros projet d’investissement étranger jamais réalisé sur notre sol. Les Rs 25 milliards investies par JinFei font tourner des têtes et soulever des suspicions. Pourtant, cette somme est ridicule. Elle représente 0,8 % du commerce extérieur chinois vers les 53 pays africains en 2008. Une valeur presque insignifiante pour l’empire du milieu.

Ce qui est moins insignifiant toutefois, c’est que la Chine bien que devenue une économie libérale, demeure un régime répressif. Certains parmi les milliers de travailleurs chinois qui viendront à Maurice connaîtront peut-être personnellement une personne qui aura été exécutée en Chine. Parce qu’elle a eu le malheur de croire en la liberté d’expression. Ou d’avoir une opinion contraire à celle imposée par le régime. Le ridicule des exécutions sommaires et arbitraires en Chine, Ramgoolam, Sarkozy, Obama ou Brown, ne le voient pas. Et pour cause, quelques « menues » entorses aux libertés fondamentales, ce sont finalement des contreparties bien ridicules comparées aux avantages du commerce avec la Chine. Oui, le ridicule ne tue pas. Sauf peut-être en Chine…

D’autres commentaires sur cet éditorial


Navin, arrête tes conneries!

Hier, le Premier ministre a eu quelques mots durs envers les journalistes du pays. Une petite précision s’impose. Je pense que cette remontrance s’adresse surtout et d’abord à tous ceux qui ne remplissent pas leur quota de dithyrambes et de flatteries envers Navin Ramgoolam. D’autres et moi-même, ne faisons pas ce métier pour être aimés des puissants. Alors tant mieux si la relation est conflictuelle. Mais le conflit ne doit pas mener à l’insulte.

Voici, en résumé ce que le Premier ministre pense de la presse à Maurice :

Certains que j’appelle des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas. Ils n’ont aucune humilité. Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé. Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile (…) Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

En reproduisant allègrement les propos insultants du Premier ministre, ceux – très sages – de Coluche me viennent en tête.

Les journalistes ne croient pas aux mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent! C’est pire

Je vais donc rectifier quelques mensonges, inexactitudes et incohérences dans les conneries dites hier.navinb

(…) des semi intellectuels écrivent sur des sujets qu’ils ne connaissent pas (…)Quand ils écrivent, que ce soit dans l’express ou Le Mauricien, c’est comme c’étaient les paroles d’évangile

Commentaires :
Intellectuel, semi intellectuel ou gratte papier. Peu importe la terminologie. Le journaliste n’arrive pas à l’apogée de sa carrière quand on dit de lui qu’il est un « intellectuel. » La fonction première d’un journaliste c’est de voir, écouter et lire ce qu’il se passe dans le pays. Ensuite, d’analyser tout cela pour le rapporter à ses lecteurs ou auditeurs. Certains franchissent un pas supplémentaire dans la réflexion en donnant leurs opinions et analyses personnelles afin d’alimenter le débat sur une actualité politique économique ou sociale. Tout cela constitue notre mission première. Seul un ignare peut remettre en doute cette fonction. Et seul un ignare peut feindre de ne pas voir que sondage après sondage, 88% à 92% de Mauriciens disent respecter l’institution qu’est la Presse !

(…)Ils écrivent sur le Parti Travailliste alors qu’ils n’étaient même pas nés quand ce parti avait été créé…

Commentaires:
Navin Ramgoolam est juriste et médecin, on aurait attendu un niveau de raisonnement bien plus élevé d’une personne aussi intelligente.  En effet, s’il est interdit à une personne de commenter et d’écrire sur des événements qui ont précédé sa naissance, Navin Ramgoolam serait lui-même dans de sales draps. Le Premier ministre est né en 1947. Tandis que le Parti Travailliste (PTr) qu’il dirige a été fondé en 1936. Doit-on en conclure que Navin Ramgoolam n’a pas le droit de gloser sur ce qu’il s’est passé au PTr et dans le pays avant 1947 ? Ce serait absurde ! Mais bon, Ramgoolam ne semble pas rechigner à recourir à des arguments absurdes. Après tout, il en a le droit. Car ne l’oublions pas, le ridicule ne tue pas!

Ils n’ont jamais rien réussi dans leur vie… demandez leur ce qu’ils ont accompli dans la vie…Mais ils tenteront de dire aux autres ce qu’il faut accomplir…

Commentaires :
Le propos est insultant. Retournons la question. Politicien professionnel ? C’est un métier ca ? Le CV du Docteur Maitre Ramgoolam indique que de 1985 à 1987, il a pratiqué la médecine à Maurice. Depuis 1993, il est avocat. Pourtant, on a énormément de mal à trouver quelqu’un qui dit avoir été guéri ou même ausculté par le Dr Ramgoolam. Pareillement, impossible de trouver un quidam pour certifier que Me Navin Ramgoolam est apparu devant nos magistrats pour défendre une affaire. C’est à se poser la question. Qu’est-ce que Navin Ramgoolam a accompli professionnellement?

Un « fils de » exilé en Angleterre ? Réimporté au pays par Gaëtan Duval ? Un leader de l’Opposition et un Premier ministre qui s’est vu servir ces deux postes sur un plateau ? Actuellement un chef du gouvernement puissant à cause d’une opposition lamentable ? Oui, il est tout cela. Mais être tout cela, c’est être un peu un opportuniste…

L’information par contre, elle n’est pas servie sur un plateau. Chaque jour, les centaines de journalistes du pays font leur boulot. Plus ou moins bien. Avec plus ou moins d’efficacité. Dans certains cas également, avec peu ou pro d’honnêteté. Mais ils bossent. Ils méritent leur salaire, qui, détrompez vous, n’est pas aussi mirobolant que vous le pensez. Ces journalistes, arrivent à fonder des familles, se construisent leurs maisons. Font en sorte que leurs enfants étudient. Tout en faisant le noble métier que celui d’informer. Navin Ramgoolam est non seulement mal inspiré, mais carrément arrogant et condescendant, en voulant faire croire qu’une personne qui arrive à faire tout cela n’a rien accompli de sa vie !


JinFei, le reveil du dragon

J’ai assisté aujourd’hui au lancement officiel des travaux du Mauritius JinFei Economic Trade and Cooperation Zone. Que nous connaissions précédemment, à Maurice, sous le nom Zone Économique Tianli.

En bon voisin, je me devais d’assister à la cérémonie. En effet, JinFei*** se trouve à Riche-Terre, soit à moins de 5 minutes en voiture du quartier général de La Sentinelle. Il faut aussi l’avouer, ce n’est pas tous les quatre matins que l’on assiste au démarrage d’un projet de cette envergure. J’avais donc d’excellentes raisons d’y aller.

Les moyens déployés étaient impressionnants ce matin. Toutefois, on n’avait pas l’impression que c’était surfait. La cérémonie elle-même n’avait rien d’extraordinaire. Un immense chapiteau bourré d’invités et d’ouvriers Chinois et Mauriciens. Ainsi qu’une inévitable demi-douzaine de discours officiels. Dont celui du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Qui , comme à l’accoutumée, n’a pas résisté à sa compulsion de se lancer dans des éloges de son père et des actions de celui-ci.

La cérémonie était sombre et efficace. Le seul moment un peu surréaliste était la pétarade. Elle a duré environs 25 minutes. Non stop.On se serait cru un 31 décembre à minuit à Maurice! Des centaines de milliers de pétards ont explosé. Toutefois, petit bémol pour le long feu d’artifice qui, malheureusement, n’était en rien impressionnant. On était en plein jour quand même!

Le projet est donc officiellement lancé. Actualité oblige, j’ai reçu Raju Jaddoo, le directeur du Board of Investment durant mon émission sur Radio One cet après-midi. On a parlé JinFei et aussi des deux autres gros projets en gestation dans le pays: la Land Based Oceanic Industry et la Ville Nouvelle de Highlands.

Voici deux larges extraits de l’émission:

Raju Jaddoo 1

Raju Jaddoo 2

*** JinFei est un mot composé . Jin, est le diminutif de Shanxi (la province chinoise d’où viennent les trois entreprises qui participent au projet). Fei est le nom que donnent les chinois à l’Afrique.


La classe pensante

C’est un sujet très vaste qu’aborde l’éditorial d’aujourd’hui. J’ai bien conscience qu’il y a plusieurs aspects de la problématique qui n’ont pas été traités dans le texte. Toutefois, je ne compte pas les développer à répétition dans l’express-dimanche. Il n’y aura pas de Classe Pensante II, puis Classe Pensante III. D’autres recourent à cette méthode. Mais je pense que cela lasse le lecteur à la longue. Ce n’est pas le but !

Aussi, je me propose de revenir sur la question régulièrement ici. En consacrant de temps à autre des articles complémentaires sur la problématique principale : Comment favorise-t-on l’émergence d’une (ou plusieurs) force(s) politique(s) dans un pays où quelques partis installés occupent tout l’espace politique ?

Ce qui est intéressant avec cette question, c’est qu’elle est universelle. Dans quasiment tous les systèmes démocratiques, des citoyens se posent la même question. Ainsi, ce serait très intéressant et enrichissant de lire les avis et analyses d’internautes d’autres pays sur ce débat. Si vous connaissez des personnes susceptibles d’avoir des idées ou des suggestions sur la question, passez leur le lien du blog.

La classe pensante

Merci la crise ! Le pays lui doit une fière chandelle. En 2006, une étude de Sofres avait mis à jour un phénomène inquiétant. Un cadre mauricien sur deux disait vouloir émigrer. Deux adultes sur trois souhaitaient voir leurs enfants grandir sous d’autres cieux plus cléments. Trois ans plus tard, cette mentalité demeure. Depuis un an, la crise de confiance mondiale a atténué les ardeurs d’expatriation de nos jeunes professionnels. Aujourd’hui, la reprise en Europe et aux Etats-Unis aidant, ils vont vouloir concrétiser leurs plans contrariés d’hier. Dès 2010 et les années suivantes, un nombre plus important de nos jeunes va aller vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs.A moins que…

Ne nous y trompons pas. Le phénomène d’expatriation est naturel. L’insularité et les perspectives professionnelles restreintes conduisent certains concitoyens à vouloir s’expatrier. Un ingénieur avionique ou un « warrant trader » de haut vol ne peuvent que difficilement s’épanouir sur le plan professionnel – à Maurice. Néanmoins, le phénomène d’expatriation n’aurait pas été inquiétant s’il ne touchait que des personnes sur-qualifiées dans des secteurs de pointe. Mais nos comptables, médecins, juristes ou professeurs d’université quittent également le pays !

Inutile de prétexter une quelconque qualité de vie lamentable pour cette catégorie de candidats au voyage. Ils ont des revenus corrects. Et jouissent d’une situation personnelle relativement confortable. Ce qu’ils craignent, c’est de ne pas pouvoir éduquer convenablement leurs enfants, de ne pas leur offrir les soins d’un système de santé performant. Ces personnes abhorrent également l’idée de vivre dans une île où les inégalités – sociales et économiques – empirent. Et où existe un regain de tension entre les différentes classes, castes et ethnies. Face à ce scénario catastrophe, une solution : démissionner et partir.

Si on en est là, c’est essentiellement à cause de la politique démagogique et faiblarde pratiquée par les gouvernements successifs depuis l’indépendance. Jusqu’ici, l’enjeu des permutations et combinaisons d’alliances a d’abord été la conquête ou la conservation du pouvoir. Rarement, la mise en œuvre d’une politique nationale responsable. Le dégoût que beaucoup de jeunes expriment au sujet de la situation dans le pays est ainsi avant tout un dégoût de notre classe politique.

On peut dire que ces dernières semaines, celle-ci n’a rien fait pour redorer son image. Des arrangements politiciens ont été conclus afin que chacun conserve son « bout ». Des partis bourrés de transfuges en ont allègrement accusé d’autres de recruter tout ce que le pays compte de rebuts politiques. Des alliances mortes et enterrées redeviennent négociables. Parallèlement, les Jocelyn Grégoire, Somduth Dulthummun et leurs pairs confortent tous ceux qui pensent qu’il faut disposer de parrainages religieux ou éthniques
pour réussir en politique.

Cette situation suscite les mêmes rengaines : « tous les mêmes » ; « nous avons les politiciens que nous méritons ». Cependant, ces phrases reflètent la réalité qui a été engendrée par une double démission. D’abord celle de la classe politique, qui a abdiqué devant la pression de la rue. Ainsi que sa propre incapacité à proposer et mettre en œuvre des programmes politiques courageux, innovants et durables. En face, notre classe pensante s’est résolue à laisser faire les politiques. Par dépit. Et par souci de ne pas se salir les mains en se joignant à la mêlée. Elle s’est lourdement trompée en pensant pouvoir faire une différence en misant sur le Parti travailliste, le MMM ou le MSM. Le « mainstream » politique du pays est dépassé. Il faut désormais hâter sa disparition.

Car politiquement et historiquement, l’émergence d’une nouvelle force politique devient possible. Il faudra toutefois investir le temps et l’effort nécessaires pour aboutir à ce résultat. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas de faire du neuf avec du vieux. On ne peut espérer constituer un mouvement politique neuf à partir d’idées portées par des cadres venus de vieux partis.

De quelles idées parle-t-on ? Le bon sens local reste loin du monde politique. On l’entend chez des travailleurs sociaux et des petits entrepreneurs dynamiques. On l’entend également chez ces professionnels et intellectuels qui pullulent au sein d’ONG écologistes, de clubs service divers et de loges maçonniques. Pourtant, tout ce petit monde inspiré,dynamique et déterminé reste loin de la politique. La peur de se salir les mains est tenace…

Cette classe pensante doit maintenant devenir agissante. Si on y pense,« Women In Politics » est un mouvement qui n’a pas lieu d’être ! La seule catégorie de personnes qui est vraiment mal représentée dans la politique locale, c’est celle des citoyens pensants, non partisans. Et qui ont des idées et la volonté de développer le pays. Mais qui rechignent à s’engager…

Le premier pas vers une nouvelle conscience politique nationale serait une plateforme. Appelons la « Citizens in Politics ». Qui regrouperait toute la classe pensante du pays. C’est cette classe qui doit dorénavant dessiner un projet politique, social et économique pour le pays. En se structurant, en peaufinant ses idées et leur mise en œuvre. Ce mouvement pourrait demain engendrer un ou deux partis politiques qui s’aligneraient enfin selon le seul clivage qui vaille. Les libéraux et les conservateurs : dans les sphères économiques et sociales.

Les grandes révolutions ont toutes été initiées par une poignée de personnes. L’île Maurice pensante n’a-t-elle pas quelques enfants susceptibles de lancer ce mouvement ? Nous osons croire que c’est possible…


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