Archives mensuelles : janvier 2009

Air Mauritius : les priorités

Il est futile de reprocher aux politiques d’escamoter les débats de fond pour privilégier les questions de forme. Car même les plus aguerris et réalistes d’entre eux se laissent volontiers aller à saupoudrer leur argumentaire d’une bonne dose de démagogie. Surtout quand il leur est demandé de monter au front sur un dossier difficile.

Xavier Duval, le ministre du Tourisme, n’échappe pas à la règle. Chargé par le Premier ministre de discuter d’un plan de restructuration avec « Air Mauritius » (AM), Duval marche sur des œufs. Mais ce communiquant plutôt habile a le défaut de sa qualité. Jusqu’ici, il semble d’abord vouloir faire dans le symbolique : quelques rencontres médiatisées, ainsi que des « mesurettes ». Comme l’annulation des billets gratuits accordés aux anciens membres du conseil d’administration.

Une conclusion s’impose : rien de ce qui a été fait ou annoncé jusqu’ici permet d’établir en quoi AM sera une entreprise viable, et profitable à l’horizon 2025. Car c’est bien cela l’objectif primordial du moment. La pire erreur que pourrait commettre AM et le pouvoir politique est de considérer que l’affaire du « hedging » est la priorité absolue. Car si l’opération « turn around » financier de la compagnie nationale réussit d’ici fin 2010 sans que les questions de fond ne soient réglées, AM finira encore éclaboussée par un autre scandale de caisse noire, de « hedge » ou de complot interne. Les mêmes causes produiront les mêmes effets…

Il n’y a pas à aller chercher loin pour établir les priorités. En quittant la compagnie en septembre 2007, Nirvan Veerasamy exprimait un regret : ne pas avoir eu le temps d’appliquer les conclusions du rapport Mc Kinsey. Près de 80 thématiques de réforme y sont identifiées. Le tout assurant potentiellement des économies pouvant aller jusqu’à Rs 200 millions à court terme.

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L’une des questions épineuses que cherche à solutionner le rapport est celle des ressources humaines. Les experts s’accordent à penser qu’environs 20 % des 2 500 employés de la compagnie sont surnuméraires et freinent son développement. Il y a fort à parier qu’une bonne partie de ces employés là sont des cousins, filles d’agents ou petits protégés divers que des gouvernements successifs ont placé là.

Mais organiser une opération « lev pake ale » d’envergure à AM n’est pas si facile que cela. Non pas parce que le gouvernement ou l’entreprise n’en sont pas capables. Mais parce que se posera ensuite la question de leur remplacement. Car virer un chauffeur de bus qui n’a d’autre qualité que son appartenance politique est facile.

Toutefois, certains protégés ont hérité, grâce à des interventions occultes, de postes de responsabilités stratégiques sans en avoir les compétences. Ceux-là, il faut leur demander de partir. Mais aussi les remplacer par des personnes compétentes essentielles au bon fonctionnement et à la pérennité de l’entreprise.

Du coup se posera la question des moyens à mettre en œuvre pour le recrutement. Deux séries de considérations sont importantes. D’abord, le gouvernement doit s’engager à laisser à AM la liberté totale de recruter les compétences qu’il faudra pour gérer l’entreprise. Et ne pas être tenté de caser des copains encore une fois. Parallèlement, la sagesse voudrait qu’AM consente à rémunérer comme il se doit les talents locaux et étrangers, qui seront appelés à la rejoindre. Pas d’économie à ce chapitre !

Des départements demandent à être profondément restructurés, du personnel licencié, mais aussi recruté. En même temps AM doit reconquérir son indépendance vis-à-vis du gouvernement. Ce sont ces signaux-là qui demain amèneront un partenaire stratégique à vouloir s’allier à AM. Ce sont ces changements qui conduiront des groupes locaux à vouloir participer sereinement au capital de l’entreprise.

Ce sont les vraies priorités du moment. Un mauvais « hedge », ça arrive. C’est même, au fond, excusable. Par contre, s’entêter à gérer une entreprise selon des méthodes dont l’inefficacité a été prouvée, cela, c’est criminel.


Que du vent!

Qui se souvient du discours prononcé le 14 octobre dernier par le Premier ministre ? Sans doute pas grand monde. Et nous avons même l’impression que Navin Ramgoolam a dû oublier l’idée force de son allocution devant le conseil exécutif de l’UNESCO. Ce jour là, posément et avec conviction, il avait expliqué en quoi Maurice Ile Durable (MID) est un projet « ambitieux » et « réaliste. » Quelques mois après, les belles paroles semblent s’être envolées. Le projet lui, reste. Il stagne.

Le MID est en panne d’actions. Celle-ci a une cause principale et profonde : le manque de volonté politique pour arrêter définitivement une stratégie globale afin de concrétiser ce projet crucial pour l’avenir de Maurice. Pour l’heure MID, c’est un fond. Avec de l’argent, beaucoup d’argent. Toutefois, on aura beau avoir Rs 1,3 milliards à dépenser. Mais s’il n’existe pas de structure administrative et juridique pour le faire judicieusement ; ainsi que des projets méritant réellement d’être financés, MID stagnera.

Pour éviter cela, on doit d’abord relever les erreurs. Le ministère des Energies renouvelables et des Utilités publiques (MERUP) n’est pas nécessairement l’administration la plus apte à gérer le projet MID dans sa globalité. Il ne suffit pas d’accoler Renewable Energy au libellé d’un ministère pour que la question devienne centrale dans son fonctionnement.

Rashid Bebeejaun, le ministre de tutelle, a eu l’honnêteté d’avouer qu’il est loin de maîtriser tous les aspects du développement durable. Et qu’il lui faudra « apprendre. » Pas que. Il faut carrément révolutionner le mode de pensée d’un ministère où la notion de développement durable est cantonnée, pour l’heure, à l’installation de quelques milliers d’ampoules économiques et de chauffe-eau solaires.

Cette approche parcellaire tranche avec celle, plus intégrée, que démontre le ministère de l’Environnement depuis plusieurs années déjà. Le National Environment Policy de 2007 et le National Programme on Sustainable Consumption and Production le démontrent. Il serait peut-être judicieux de permettre à ceux qui maîtrisent mieux le dossier de le récupérer pour le faire avancer.

Le maître d’œuvre n’est pas, toutefois, le seul à qui il faudra s’intéresser. Il convient également de s’attarder sur ceux qui sont chargés de décider à qui distribuer les sous du MID Fund. Là, on ne peut que plaindre le comité en charge. Les représentants des secteurs privé et public qui le composent sont submergés de responsabilités. Et souvent impuissants face à celles-ci.

D’abord parce qu’ils travaillent actuellement dans un vide juridique qui leur impose de ne traiter qu’avec des organisations gouvernementales. Ensuite, parce que faute de personnel et d’une structure développée, ils n’arrivent pas à identifier et à arrêter les projets publics et privés rentrant dans la stratégie MID. Et encore moins à décaisser les fonds tout en s’assurant de suivre l’avancée de ces projets. Il faut désormais doter le MID Fund d’un bras armé. Un peu sur le modèle d’Enterprise Mauritius ou de l’Empowerment Foundation. Ce n’est qu’ainsi que les projets avanceront.

Mais il y a projet et projet. Pour l’heure, la stratégie globale du MID étant gérée au petit bonheur, des aberrations indicibles se produisent. Ainsi, que dire de ce financement par le MID Fund d’une partie de la centrale électrique Waste to Energy (WTE) ? L’installation est coûteuse. Potentiellement très polluante, elle nécessite une main d’œuvre hautement qualifiée, indisponible à Maurice, pour son entretien. Cerise sur le gâteau, cette centrale n’aura même pas assez de déchets pour se « nourrir ».

Les centrales WTE utilisent essentiellement les déchets non-organiques pour produire de l’électricité. Or, 80 % des déchets à Maurice est organique. Donc inutilisable ! Que finance donc le MID Fund ? Une centrale qui va finir par importer des déchets des pays avoisinants pour produire suffisamment d’électricité ?

De toute cette incohérence, on est obligé de tirer une seule conclusion. Le politique a abdiqué. Il ne montre pas la direction dans laquelle le pays doit se diriger. Navin Ramgoolam et Rama Sithanen, le ministre des Finances, sont deux champions de la cause MID. Mais leur inaction sur le dossier devient inquiétante. Ils doivent reprendre la main.

Navin Ramgoolam aime se targuer d’avoir fait arrêter la construction d’une autoroute traversant la vallée de Ferney. Va-t-il laisser se construire une centrale WTE qui ne semble pas cadrer avec les besoins en développement durable du pays ? Sithanen n’est pas peu fier, à raison, d’avoir doté l’Empowerment Fund d’une structure organisationnelle solide qui lui a permis de concrétiser de nombreux projets intéressants en matière d’emploi et de lutte contre la pauvreté. Va-t-il laisser le MID Fund vivoter ?

Le temps de l’action – mais aussi celui des signaux symboliques – est venu. Ramgoolam, devant l’Unesco, disait vouloir donner « un signal au monde ». L’un de ces signaux est l’organisation en 2011 du Forum Ecologique Mondial, calqué sur le modèle Davos. Or, le Premier ministre semble avoir oublié qu’il voulait une telle rencontre. Et que celle-ci se prépare bien deux ans à l’avance. C’est sans doute pour cela qu’il n’a pas jugé utile d’en parler avec son « conseiller et ami », Joël de Rosnay, depuis des semaines. Un tel manque d’implication de Ramgoolam pourrait finir par décourager de Rosnay au plus haut point.

Le développement durable appelle des actions concrètes et urgentes. Si nous continuons à ne brasser que du vent sur plein d’idées non réalisées, tous nos efforts ne finiront qu’à faire tourner des moulins à vents. Et ceux là ne produisent même pas d’électricité… Autant pour les énergies renouvelables et le développement durable !

publié le 18 janvier 2009


Où courent-ils?

Des milliards. On court derrière les milliards! Ici pour éponger une dette pharaonique accumulée à la suite d’un “hedge” suicidaire. Là, d’un pari financier idiot. Ou là encore, d’un appétit trop prononcé pour les gros bénéfices financiers, de préférence à 10 chiffres, voire plus!

Il se serait bien marré, Raymond Devos, s’il était encore là! Puisqu’il est mort, contentons nous donc d’un de ses textes. Celui-ci date de plus de vingt années, je pense. Et déjà, il voyait clair. Enfin, il avait raison sur toute la ligne…sauf, justement, dans les dernières lignes…les banquiers sont aussi devenus fous!!

Excusez-moi, je suis un peu essouflé ! Je viens de traverser une ville où tout le monde courait…
Je ne peux pas vous dire laquelle… je l’ai traversée en courant.
Lorsque j’y suis entré, je marchais normalement, mais quand j’ai vu que tout le monde courait… je me suis mis à courir comme tout le monde sans raison !
A un moment je courais au coude à coude avec un monsieur…
Je lui dis : – “Dites-moi… Pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ?”
Il me dit : – “Parce qu’ils le sont !”;
Il me dit : – “Vous êtes dans une ville de fous ici… Vous n’êtes pas au courant ?”
Je lui dis : – “Si, si, des bruits ont couru !”
Il me dit : – “Ils courent toujours !”
Je lui dis : – “Qu’est-ce qui fait courir tous ces fous ?”
Il me dit : – “Tout ! Tout ! Il y en a qui courent au plus pressé. D’autres qui courent après les honneurs… Celui-ci court pour la gloire… Celui-là court à sa perte !”
Je lui dis : – “Mais pourquoi courent-ils si vite ?”
Il me dit : – ” Pour gagner du temps ! Comme le temps, c’est de l’argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent !”
Je lui dis : – “Mais où courent-ils ?”
Il me dit : – “À la banque ! Le temps de déposer l’argent qu’ils ont gagné sur un compte courant… et ils repartent toujours courant, en gagner d’autre !”
Je lui dis : – “Et le reste du temps ?”
Il me dit : – “Ils courent faire leurs courses… au marché !”
Je lui dis : – “Pourquoi font-ils leurs courses en courant ?”
Il me dit : – “Je vous l’ai dit… parce qu’ils sont fous !”
Je lui dis : – “Ils pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant…tout en restant fous !”
Il me dit : – “On voit bien que vous ne les connaissez pas ! D’abord le fou n’aime pas la marche…”
Je lui dis : – “Pourquoi ?”
Il me dit : – “Parce qu’il la rate !”
Je lui dis : – “Pourtant, j’en vois un qui marche !?”
Il me dit : – “Oui, c’est un contestataire ! Il en avait assez de courir comme un fou. Alors il a organisé une marche de protestation !”
Je lui dis : – “Il n’a pas l’air d’être suivi ?”
Il me dit : – “Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé !”
Je lui dis : – “Et vous, peut-on savoir ce que vous faîtes dans cette ville ?”
Il me dit : – “Oui ! Moi j’expédie les affaires courantes. Parce que même ici, les affaires ne marchent pas !”
Je lui dis : – “Et où courez-vous là ?”
Il me dit : – “Je cours à la banque !”
Je lui dis : – “Ah !… Pour y déposer votre argent ?”
Il me dit : – “Non ! Pour le retirer ! Moi je ne suis pas fou !”
Je lui dis : – “Mais si vous n’êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l’est ?”
Il me dit : – “Parce que j’y gagne un argent fou !… C’est moi le banquier !!!

(c) Raymond Devos


Merci Jumbo, je t’aime trop !

J’ai failli perdre à jamais l’envie de manger la poire belle Hélène sur laquelle je fantasmais depuis quelques heures !

Samedi soir, après le bouclage du journal, je passe à mon supermarché préféré ! Jumbo ! Je l’aime trop !! …pour m’acheter trois poires, une glace à la vanille…et une tablette de chocolat pour me faire mon dessert.

Jumbo, décidément, il m’aime trop. Et m’avait donc réservé une belle surprise. Que j’ai découverte en ouvrant ma tablette de chocolat. Des asticots. En bon créole : « ene tas moutouk !!! »

Pourtant, rien ne laissait deviner l’état de cette tablette. La feuille aluminium était intacte, tout comme l’emballage, qui indique d’ailleurs mars 2009 comme date de péremption.

Je vous laisse déguster, avec les yeux, les délicieuses photos de ces asticots. Prenez la peine de cliquer sur les photos pour les voir dans toute leur splendeur…

Ps : les poires n’étaient même pas sucrées !

pps : renseignement pris, il paraît que dans une contrée reculée de Bolivie, on prépare belle et bien la poire belle hélène en la saupoudrant généreusement d’asticots, au lieu des amandes effilées traditionnelles. Bon, je vous avoue que je n’ai pas pour autant envie d’essayer la recette de nos amis boliviens. Même si celle-ci m’est chaudement recommandée par mon ami Jumbo…que j’aime trop !

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La minute geek

J’ai essayé plusieurs fois mais je n’y arrive toujours pas. Google Analytics et WordPress, ça fait deux!

Je n’ai pas encore compris comment suivre les statistiques de ce blog avec Analytics. Alors, mes chers amis informaticiens et geek (je pense là à Sachin, Harry et compagnie…) si vous savez comment faire. Et surtout, où coller le fameux tag d’Analytics, dites le moi!

Sinon, entretemps pour m’amuser, j’ai trouvé ce petit bidule-machin-truc. Clustrmaps affiche une mappemonde détaillant d’où viennent les visiteurs d’un site/blog. Je viens juste de le mettre sur mon blog. Ça fera un peu d’animation, et on pourra voir d’où vous venez!

On verra ce que ça donne dans les heures qui suivent. Quand le compteur se sera actualisé…

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Encore une arrestation!

Détrompez-vous. Je ne vais pas vous resservir mon couplet habituel sur la presse qu’on assassine, sur les libertés qu’on piétine etc etc. Je trouve même toute cette situation un tantinet risible.

Il n’y a pas à faire une affaire d’Etat de l’arrestation du journaliste de la MBC après qu’il ait passé un coup de fil à la résidence du Premier ministre. Du moins, c’est mon opinion…

D’abord parceque Nadarajen Pillay n’a pas été arrêté après avoir dit ou fait quelque chose dans l’exercice de ses fonctions. Ensuite, parce que cette affaire découle, selon les versions qu’on a entendues jusqu’ici, d’une conversation privée !

Ramgoolam n’est pas le pacifiste le plus parfait de cette terre. Le gars peut avoir un caractère de cochon. Mais je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est devenu fou. Car ce serait en effet pure folie que de déposer une plainte contre une personne pour « annoyance » uniquement parce que celle-ci a daigné essayer de vous joindre au téléphone, le jour de l’an, pour vous dire qu’elle n’est pas du même avis que vous.

Depuis lundi, moi et bien d’autres, nous nous creusons la tête pour savoir ce que Pillay a bien pu dire aux policiers en faction à la résidence du PM pour susciter une réaction aussi forte.
Vous avez des pistes ?


Bruno Julie v/s Kendall Tang

Qui gagne si on organise un match opposant Bruno Julie à Kendall Tang ? L’express-dimanche a décidé que c’est l’industriel Kendall Tang ! Et ce choix en a surpris plus d’un. En effet, le Mauricien de l’année 2008 a pu dérouté certains d’entre vous. Surtout ceux qui croient que ce titre revenait logiquement à Bruno Julie, le premier sportif mauricien à avoir conquis une médaille olympique.

La presse réclame souvent de la transparence d’autres institutions. Il est donc logique que nous en fassions nous même preuve. Ackbar Patel, Jean Suzanne, Bert Cunnigham, Rama Sithanen, les employés du tourisme, voici quelques uns des récents Mauriciens de l’année de l’express. Pourquoi et comment les avons-nous choisis ?

Le Mauricien de l’année n’est pas nominé unilatéralement par une personne. C’est un panel composé de plusieurs journalistes et des rédacteurs en chefs de l’express et de l’express dimanche qui décide du choix. A l’issue d’âpres débats contradictoires. Chaque participant défend telle ou telle nomination, propose des arguments en faveur de son choix, soutient finalement le candidat d’un autre collègue ou bataille dur pour démontrer pourquoi un autre choix est injustifié.

Mais au delà de la méthode, il y a le raisonnement derrière la nomination. Un choix éditorial. Que ceux qui s’attendaient à voir Julie nommé homme de l’année se rassurent. Le boxeur figurait bien en haut du classement des nominés. Toutefois, face à Tang, nous avons conclu que Julie ne pouvait que perdre. Voici pourquoi…

Bruno Julie a, pendant les Jeux Olympiques, captivé l’attention de toute la Nation. Le « Mauritian Magician » a fait hurler des milliers de Mauriciens devant leurs télés. C’est le torse bombé que nous l’avons tous regardé recevoir sa médaille de bronze. Tous les titres de presse l’ont propulsé en couverture. Parlé de sa famille, de son coté bad boy, de ses hauts et de ses bas. De sa rage de vaincre et son sens du sacrifice qui l’ont menés si loin. De tout ce battage médiatique est né la capacité de Julie à inspirer des milliers de jeunes sportifs Mauriciens. Le message que nous aurions passé en nommant le boxeur l’homme de l’année aurait déjà été connu de tous depuis août !

En face de Julie, dans ce combat, se tenait l’illustre inconnu Kendall Tang. Tellement inconnu que la majorité du panel du « Mauricien de l’année », ne savait pas qui il était lors que nous l’avons proposé à la nomination ! Voila déjà une très bonne raison de le choisir…Le message de Julie avait été passé à de nombreuses reprises. Celui de Tang, bien qu’étant de première importance, était encore confidentiel dans une île Maurice qui ne saisit pas encore l’importance critique du développement durable.

Choisir Julie, c’était voler au secours d’une victoire déjà acquise. Proposer Tang, c’était tenter de convaincre en mettant sous les projecteurs le pragmatisme d’un entrepreneur visionnaire.

Quel entrepreneur ? Un industriel du textile! Un secteur qu’on dit voué, en 2009, à d’atroces convulsions causées par la crise financière internationale. « Le Mauricien de l’année » a toujours été un message qui consiste à dire «Vous faîtes du bon boulot ! Tenez bon ! » En nommant Cunningham – pourtant Canadien – Mauricien de l’année nous voulions démontrer que pour moderniser notre fonction publique, il était essentiel de faire appel à des expatriés n’ayant pas peur de donner des coups de pieds dans la fourmilière.

Quand nous avons choisi les employés du tourisme l’année dernière, nous voulions rappeler la contribution du tourisme et de ses employés dynamiques et perfectionnistes – à la bonne santé de l’économie locale. Cette année en nominant Tang, nous avons voulu dire deux choses. D’abord que tous les espoirs ne sont pas perdus dans ce secteur. Et ensuite démontrer, à travers cet entrepreneur, que les choses peuvent être faites différemment.

Mais au-delà du coté « félicitations » de l’article du mauricien de l’année, c’est le message plus global de Tang que nous avons voulu capter et rediffuser. Même si des fonds pharaoniques sont décaissés pour le développement durable. Même si des discours pleins de bon sens sont prononcés devant l’Unesco sur le sujet. Tout le concept de Maurice Ile Durable peut n’être qu’un énorme corpus de bla-bla politique et théorique. Il fallait un héraut de la cause. Un homme pont qui permette de réconcilier les grands discours avec la réalité. Kendall Tang est cet homme !

Comme un entrepreneur soucieux de dégager des profits à la fin de l’année, Tang a démontré que le développement durable n’est pas l’apanage de quelques écolos idéalistes. Il peut être pratiqué par des industriels dans un double objectif : dégager des bénéfices tout en recourant à des méthodes de production qui ne compromettent pas la capacité des générations futures à répondre à leurs besoins. Nous empruntons ici à la définition la plus connue de la notion de « développement durable. »

Une seule statistique des activités de l’usine RT Knits, suffirait à en convaincre plus d’un. Grâce à l’usage extensif de panneaux solaires et une orientation étudiée de ses bâtiments, cette entreprise réalise près de 30% d’économie d’énergie. C’est du développement durable…et concret. Loin, très loin des discours d’intentions !

En présentant ce que fait Tang et ses collaborateurs, nous avons voulu démontré que d’autres secteurs: l’hôtellerie, l’immobilier ou l’industrie peuvent prétendre adopter les mêmes méthodes. Mais ne focalisons pas sur l’énergie solaire. Le message le plus global que l’on retire de l’exemple de Tang, c’est que le développement durable peut se concilier avec les impératifs économiques de l’entreprise. Que nous POUVONS DONC Y ARRIVER !

Julie avait déjà fait réaliser à beaucoup de personnes que certaines choses étaient possibles. Tang n’avait pas encore eu l’opportunité de le dire. En le nommant Mauricien de l’année, nous avons fait passer le message.

publié le 4 janvier 2009


Bonne Année de l’express-dimanche

criz


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